A l’origine pièce mise en scène par Isabelle Nanty, CRAVATE CLUB est porté à l'écran par Jardin avec le duo d'acteurs initial. L’adaptation cinématographique d’une pièce de théâtre est toujours plus intéressante lorsqu’elle cherche au maximum à se dissocier du théâtre filmé. Malheureusement malgré les efforts de dynamisation du réalisateur, le film reste une pièce de théâtre filmée. Dans ce cas, mieux vaut aller voir la pièce pour profiter de la magie du direct.
CRAVATE CLUB
De: Frédéric JardinAvec : Edouard Baer, Charles Berling
France
Durée : 90 min
Date de sortie: 3 juillet 2002
Bernard et Adrien sont associés au sein d’une petite entreprise d’architecture qu’ils ont montée ensemble. Cela fait cinq ans qu’ils se connaissent et chacun pense tout savoir sur l’autre. Bref, ils sont de vrais amis.
Du moins le pensent-ils jusqu’à ce qu’un incident éclate au moment où Adrien déclare qu’il ne pourra assister aux quarante ans de Bernard. Les relations se dégradent rapidement lorsque Bernard ne rentre pas chez lui ce soir là…
Le réalisateur tente dans la mesure du possible d’utiliser l’outil cinématographique afin d’apporter un certain souffle à son film. Il adopte ainsi la méthode Oscar et varie constamment les plans (gros plans sur les visages, sur les yeux, plans d’ensemble, vues en plongée). il s’amuse avec les profondeurs de champ, n’oublie pas l’utilisation du champ/contre champ pour les dialogues, la caméra prend même la place d’un des acteurs…
Le réalisateur démontre même une volonté de recherche esthétique et formelle (tous les éléments du décors sont exploités, les acteurs sont filmés à travers la réflexion d’un miroir, d’une vitre de micro-onde ou le reflet d’une fenêtre).
Le duo, assez réussi, Berling-Baer fait son maximum pour occuper l’espace. Toujours en mouvement, ils vont et viennent devant la caméra - nous avons même droit à un ballet de tabourets – lorsque ce n’est pas la caméra qui tente de les suivre avec parfois de la réussite comme ce long travelling panoramique dans la cave.
Malheureusement, tous ces efforts se révèlent en pure perte. On pourrait même aller jusqu’à dire que le réalisateur se retrouve victime de ses efforts. La volonté de dynamiser un scénario qui reste dans l’ensemble ennuyeux quand il ne sombre pas dans le ridicule (voir la fin grand guignolesque digne d’un mauvais téléfilm) ne fait en général pas de miracle. De plus, l’utilisation massive de l’outil cinématographique provoque une totale redondance avec la technique du théâtre : A savoir, des dialogues assez pointus écrits justement pour montrer ce que le spectateur ne peut deviner sur le visage des acteurs. Or là, le visage des acteurs on le voit. Il y a donc double emploi.
Même la bande originale - pourtant plus proche d’une vraie musique de film à suspense que la traditionnelle suite de notes aussi impersonnelle que transparente qui en règle générale accompagne les pièces de théâtre- ne change pas la donne.
Le soi-disant suspense est totalement inexistant. L’histoire du club on s’en fiche et contre fiche. En ce sens, on serait proche du personnage d’Adrien qui ne comprend pas pourquoi Bernard en fait tout une histoire. La construction en forme d’énigme: Bernard qui cherche à comprendre ce qu’est le club, Bernard qui fait une fixation dessus jusqu’à l’obsession puis la folie (meurtrière) laisse le spectateur sur place. Jamais on ne rentre dans la tête des personnages. On reste extérieur à l’ensemble de la même façon que si on était au zoo à contempler des singes en cage en train de se chamailler.
Restent de bons moments, isolés, comme celui où Bernard totalement ivre court après un poussin mécanique qu’il tente d’exploser à coup de chaussure. On s’amusera également des clins d’œil très appuyés à REAR WINDOW de Hitchcock ou encore THE SHINING de Kubrick.
Un film qui se fait oublier malgré lui.