Par Arnaud Mangin - publié le 21 septembre 2004 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h09 - 21 commentaire(s)
Double défi pour ce Gang de requins : marquer autant les esprits que la dernière production Dreamworks, Shrek 2 énorme succès mondial, et réussir à nous faire oublier que Le Monde de Nemo se déroulait également en eaux profondes. Un défi partant du mauvais pied puisque l'aspect graphique de la chose et les premiers extraits, sans vendre un mauvais film, n'auguraient rien d'emballant. Qu'en est il réellement?

GANG DE REQUINS
De Eric Bergeron et Vicky Jenson
Avec les voix de Robert de Niro, Will Smith/Eric Judor, Renée Zellweger/Ludivine Sagnier, Angelina Jolie/Virginie Ledoyen, Jack Black/Patrick Timsit, Martin Scorsese/Jean Benguigui, Peter Falk

Sortie: 13 octobre 2004
Durée: 1h31


Will Smith et Angelina Jolie (Virginie Ledoyen en version française) dans GANG DE REQUINS

Oscar, jeune poisson nettoyeur voit sa vie changer du jour au lendemain lorsque suite à un quiproquo ce dernier passe pour un tueur de requin auprès de la faune locale. Parallèlement Lenny, jeune requin végétarien cherche à fuir sa famille qui le dénigre et passe alors un marché avec Oscar pour disparaître totalement. Ce que ce dernier a oublié d'ajouter c'est qu'il était le fils du parrain de la mafia, et qu'elle ne pourrait jamais laisser passer le crime d'un membre de leur famille surtout commis par un si petit poisson

La fameux studio d'animation Dreamworks a longtemps revendiqué s'adresser aux adultes, chose plus (un moyennement passable Fourmiz) ou moins (Spirit) confirmée et définitivement établie à travers cette dernière production dans laquelle aucun bambin ne se retrouvera vraiment. Gang de Requins joue donc à fond la carte de la comédie premier degré aux allures de théâtre de boulevard assez amusant sans pour autant vraiment provoquer de rire puisqu'il ne s'en dégage aucune surprise. Premier point noir : toute l'histoire du film est intégralement résumée dans la bande annonce jusque dans la scène finale (le repas dans l'épave du navire) en abordant le même ton.


Jack Black, Will Smith et Martin Scorsese dans GANG DE REQUINS

Le second désamorçage provient d'un scénario et d'un ton pré-établi, peu adéquat au cinéma d'animation et lorgnant plutôt vers la comédie théâtrale et ses nombreux clichés (quiproquos, mensonges, manipulations et personnages cachés derrière une porte). Un humour qui ne doit exclusivement sa réussite qu'à ses acteurs plus ou moins exposés, dont un Martin Scorsese assez déchaîné mais qui semble être le mobile du film puisqu'on exagère à outrance son image de papy contaminé par le jeunisme ambiant en enchaînant des "Yo man!" toutes les 15 secondes. Will Smith, bien à l'aise dans l'ambiance "Groovo-Funko-Hip-Hopo-RnBièsque" générale avec les 389 versions possibles de Car Wash (interprété par la méduse Christina Aguilera) nous refait Le prince de Bel-air non stop durant 90 minutes pour finalement s'incliner derrière ses confrères dont Renée Zelwegger très convaincante en poisson…




Aussi adulte soit-il, le film se noie dans une double morale outrancière rappelant que ce qui compte "c'est ce qu'on a dans le cœur et non l'image qu'on donne aux autres", ainsi que le devoir accepter nos proches quels que soient leurs goûts ou leurs orientations, alimentaires dans le cas présent.


Martin Scorsese (Jean Benguigui en vf) dans GANG DE REQUINS

Esthétiquement, rien de bien transcendant, et concernant le merveilleux outils que constitue l'image numérique, Gang de requins ne va certainement pas révolutionner le genre. Nous sommes là à des kilomètres des prouesses de Shrek ou Nemo puisque certains éléments graphiques s'avères assez désagréables, les colliers, chaînes ou tout se qui se porte autour du cou pour ne citer qu'eux. Comme pour Nemo (et oui, encore) on nous sort donc une énième fois une relecture aquatique de l'univers typiquement humain (1001 pattes et Monstres et Cie sont eux aussi passé par là) avec une version corail de New York et ses poissons taxis, poissons bus et autres joyeusetés souffrant d'un évident manque d'originalité. Si d'aspect tout cela est coloré, l'esprit dessin animé n'est pas vraiment au rendez-vous puisque absolument aucune péripétie ne vient épicer un film riche en longueurs et peu pressé de démarrer. Pour preuve, et c'est le comble : les deux personnages principaux ne se rencontreront qu'au second tiers de l'aventure.


GANG DE REQUINS

Si subsistent ici et là quelques moments de comédie éminemment sympathiques dus à un vrai travail d'acteurs inspirés (la version originale s'impose indiscutablement) et quelques personnages franchement drôles dont une pieuvre conseillère des plus hilarantes (Vincent Pastore des Sopranos), Gang de requins, sans doute par manque d'ambition, ne va jamais au bout des capacités qu'un film d'animation peut offrir en terme de péripéties et d'aventures, se contentant ainsi de placer des joutes verbales et chantées plus ou moins réussies. Dommage qu'en refusant de s'adresser aux plus jeunes, Gang de Requins oublie que le spectateur n'est rien d'autre qu'un grand enfant. Résultat : gros casting, gros budget, mais petit pétard noyé.




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