Par - publié le 04 janvier 2007 à 03h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h21 - 16 commentaire(s)
Enfant bâtard post-Bad Boys 2 (plus c'est vulgaire, plus on rit), Crank, premier long de Mark Neveldine & Brian Taylor, deux cinéastes en herbe venus de la pub et bien azimutés du ciboulot, a toutes les stigmates d’un produit de divertissement américain qui porte bien son titre (krank en allemand signifie "malade"). En apparence, on a l’impression de voir une énième production Besson. Que nenni : autant l’une cherche à tout prix des contingences consensuelles pour caser son tas de viande en prime-time en tapant dans le dos du bon franchouillard à grands coups de vannes racistes et homophobes; autant ici le trait paraît incisif et méchant, assumant complètement sa beauf attitude et devenant ainsi on ne peut plus honnête ("Nous voulions faire un film dans la lignée de Speed, en remplaçant le bus par un homme. S’il s’arrête de bouger, il explose", dixit l'un des deux réals). Le film mené tambour battant par un Jason Statham aussi expressif qu’un bovin, devient malgré toutes ses infamies assumées très drôle quand il s’agit de se montrer impoli et insolent. La sortie française est prévue pour le 14 mars 2007. Preview express.



PARCE QUE CRANK NE TE PREND PAS LA TETE
Le bonheur au cinéma, c’est comme un bon coup d’adrénaline. Dès les premières scènes de Crank avec caméra subjective et agitation nerveuse, on sait très bien dans quelle contrée filmique on se trouve : celle de la machinerie cradingue qui n’en a rien à secouer du bon goût et qui au contraire revendique fièrement sa bêtise. Alors ? Alors, roulons-nous dedans : c’est le divertissement anti-prise de tête le plus fou de l’année. Le protagoniste est un écervelé glabre qui à cause d’un vaccin mortel injecté dans ses veines doit trouver de l’adrénaline pour survivre. Par tous les moyens. Grosso modo, il faut qu’il ait de la vitesse, du stress, de la peur et du sexe. C'est par exemple l'un des rares films de 2007 où vous pourrez voir l'acte le plus con de l'année, signé Jason Statham : mettre sciemment sa main dans un four à gaufres pour reprendre de l'énergie.



PARCE QUE LE FILM EST A L’IMAGE DE SON HEROS
Réciproquement, notre héros est un peu à l’image du film (stoïque et monolithique) : il doit aller à fond la caisse pour balayer toutes les baisses de régime. Ainsi, il ne se passe pas une minute sans qu’il n’y ait un rebondissement, une réplique mordante ou une idée de cinéma inconcevable. Du doc partouzeur vanneur à l’indic homo ébloui par la virilité de Jason et qui automatiquement fantasme de se le faire, les personnages secondaires qui ressemblent à des utilités ne semblent exister que pour tempérer ou augmenter l’excitation du personnage principal au sens propre comme figuré.


PARCE QU’IL Y A DES SURPRISES
D’une scène à l’autre, Jason passe de serial-killer à serial-baiseur face à des chinois à deux doigts de sortir leur appareil photo en plein Chinatown. Dans le film, le personnage féminin (jouée par Amy Smart) est ouvertement décrit comme une potiche feignasse bonne à traîner au pieu, à faire chauffer le four à gaufre et dont la principale préoccupation consiste à régler l’heure du micro-onde. De manière plus générale, elle sert à pousser des hurlements ou cas échéant à tailler une pipe au héros pour qu’il retrouve la saveur de l’excitation charnelle. Allons-y jeunesse. Et, très bizarrement, c’est quand elle apparaît que le film devient moins soutenu. Auparavant, on a quand même eu droit à un centre commercial mis à feu et à sang par une bagnole conduite par notre héros au téléphone et surtout un hôpital dévasté par un Jason qui n’a pas oublié que sous une blouse, on ne porte rien. C’est ce qui justifie par exemple la fameuse scène où il roule cul nu sur une moto bravant les pires cascades, en imitant quand il le peut Bruce Willis dans Incassable, les bras en croix, dans une belle posture christique… Avant de se rétamer la tronche dans un café et de se précipiter en sang sur son portable pour téléphoner à sa gonzesse qui, rappelons-le, ne le reverra peut-être plus, l’enjeu dramatique du film étant de savoir si notre héros trouvera ou non le vaccin du poison qui coule dans ses veines. L’image finale, complètement barrée, devrait répondre à cet insoutenable suspense.



PARCE QUE LES PARTIS PRIS DETONNENT
Le style visuel est au diapason de l’histoire : quelques effets spéciaux plus ou moins sophistiqués (on voit le cœur animé de Jason affaibli qui lutte pour battre) ; des idées qui ne servent à rien (des plans de tortues copulant, au bon souvenir des rats de Bad Boys 2) ; des mouvements de caméra sans queue ni tête ; du décadrage en veux-tu en voilà ; des facéties de montage cut ; de la bande-son speedée qui t’arrache les tympans de jeune que tu es (ou n’es plus, c’est pas grave). Et, plus généralement, des dialogues qui fouettent, des actes complètement gratuits (tout ce qui se passe dans l’hôpital où Jason renverse et bouleverse les malades, le taxi pakistanais qui est immobilisé par des vieilles dames quand il se fait traiter d’Al Qaïda, un nègre blanc qui se bastonne avec des blacks armés jusqu’aux dents). Bref, un remarquable objet d’abrutissement des masses, sans finesse dans un monde de brute, qu’il est impossible de prendre au premier degré et qu’on regarde avec la même stupéfaction bêtasse qu’un accident sur la route.



PARCE QUE CRANK EST BIEN KRANK
Tout ce laïus pour dire que cette série B qui lorgne généreusement vers le Z s’annonce aussi élégante qu’une bonne main au cul. Les deux réalisateurs, qui ont très bien compris qu’on n’écrivait pas un scénario de Crank comme une thèse de troisième cycle, ne trichent pas sur la marchandise : à condition de mettre ses neurones en stand-by, le film fonctionne tout seul sans chercher à éveiller quoique ce soit de néfaste chez le spectateur lambda si ce n’est le défoulement (ça fait du bien de relâcher la pression sociale et les emmerdes quotidiennes). Crank vise le divertissement simple et vulgos, calibré pour un samedi soir d’ennui où, la main dans le slip, on se demande s’il n’y a pas autre chose à mater que des émissions décérébrées à la télé. Au moins, on ne s’ennuie pas.
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