Cette semaine à l’affiche du premier chapitre sur Jacques Mesrine (prononcez « Mérine »), la comédienne belge la plus française de toutes réussit une fois de plus à nous étonner dans le rôle surprenant de Jeanne Schneider, la Bonnie du Clyde français. Véritable passionnée de théatre, elle quitte son pays natal à l’âge de dix-septs ans pour venir s’installer à Paris et entamer des études d’art dramatique. De 1992 à 1994, la jeune comédienne enchâine les stages et se rend ensuite Rue Blanche où Dominique Besnehard, l’agent le plus couru de la capitale, la repère. S’ensuit alors une série de courts métrages, de seconds rôles puis de premiers rôles pour le cinéma pour ensuite devenir l’une des actrices les plus demandées de sa génération.
Cécile de France possède déjà une filmographie impressionnante pour son jeune âge (33 ans et presque autant de longs-métrages) mais dans notre petit jeu du 5X, nous avons selectionné pour vous les immanquables de la comédienne... Action !
L'AUBERGE ESPAGNOLECécile de France explose aux yeux du grand public avec le film de Klapisch, sorte de patchwork BD agrémenté d'une excellente bande originale rythmant parfaitement les divers changements de ton de l’œuvre (Daft Punk, RadioHead...).
L'auberge espagnole se présente comme autant de scénettes à multiples entrées qui s'imbriquent les unes dans les autres et qui vont bien au delà du simple sketch. Les personnages sont attachants, drôles, cosmopolites et bordéliques et le cinéaste, toujours enclin à cerner le superficiel dans ce qu’il a d’essentiel parvient alors à créer un ensemble absolument déléctable. Se prenant au jeu, le spectateur participe activement à la vie en communauté de cet appartement espagnol où règne un foutoir pas possible et où tout le monde peut cependant trouver sa place. Ainsi, chaque personnage a droit à son heure de gloire : la petite française coincée (
Judith Godrèche, dans un rôle peu flatteur mais qui joue le jeu de façon admirable) et son mari (excellent Xavier de Guillebon déjà vu dans
Le goût des autres), la petite anglaise (Kelly Reilly) aux prises avec son petit copain arrivé à l'improviste à un moment très inopportun,
Romain Duris, méconnaissable en petit garçon trop sage qui va commencer à se décoiffer, à l'image du désordre ambiant de l'auberge et bien sûr la belle belge lesbienne,
Cécile de France qui bien qu'ayant puisé toute sa part de masculinité pour ce rôle, n'a jamais été aussi sexy et désirable... Cédric Klapisch nous donne à voir un fouillis visuel qui n'existe en fait qu'en apparence. Car, jamais on ne se sent perdu en chemin. On est plongé avec le personnage principal au coeur de ce boxon et avec lui on s'étonne devant la facilité à s'y adapter. L'ambiance est euphorisante. Elle traduit à n'en pas douter celle régnant sur le tournage. Un vrai bonheur qui continuera avec
Les poupées Russes où les personnages, plus mûrs mais bien plus fragiles, nous rendront une fois de plus le sourire.
HAUTE TENSIONCécile de France n’est pas une chochotte et le prouve sous l’oeil carnassier d’Alexandre Aja... S’il y a un film d’horreur français de ces dix dernières à voir, c’est certainement celui-ci. Sans concessions, absolument terrfiant et particulièrement sanglant,
Haute Tension emprunte tous les bons éléments du film d’horreur américain pour nous plonger dans un cauchemar interminable où la chasse à l’homme est menée par une
Cécile de France bien décidée à reprendre le pouvoir sur la situation. Si les apparences sont trompeuses, le film lui ne se moque pas de son spectateur et lui offre une frousse assez honnête (on regrettera peut-être le twist final assez artificiel) de bout en bout. Mais le film n’aurait jamais été le même sans la prestation incroyable et ambigüe de la comédienne belge qui se lâche littéralement et explose les conventions de jeu du genre pour mieux nous suprendre. Finalement autant bourreau que victime, son personnage va jusqu’au bout de ses actes et l’actrice semble prendre un malin plaisir à jouer les wonderwoman en débardeur. Tigresse aux allures de folle vengeresse, elle sort l’artillerie lourde pour nous convaincre que les grosses gouttes qui lui coulent sur le front, c’est pas du chiqué. Et cela fonctionne. Ne perdant jamais ses moyens, maîtrisant de bout en bout un rôle qui pourrait souvent frôler le ridicule ou la caricature,
Cécile de France assure aussi bien qu’une Jamie Lee Curtis dans
Halloween et prouve que les acteurs français savent aussi crier. Tous les amteurs du genre ont depuis un rêve enfoui, celui de retrouver l’actrice dans un film du même accabit... Pourquoi pas répond-elle. Affaire à suivre.
LES POUPEES RUSSESSuite directe de l’Auberge Espagnole et introduction d’un prochain
Casse-tête chinois,
Les Poupées Russes est un film générationnel particulièrement réussi où les petits adultes du premier opus ont pris de la bouteille pour gagner en intensité dans leurs relations, en cynisme sur le regard qu’ils portent à leur existence et en tendresse dans leur manière de vivre avec les défauts de tous et de chacun. Alors que la plupart des habitants de l’auberge ne reviennent pas ou peu dans ce second épisode, Klapisch fait le choix de se concentrer sur les quatre protagonistes interprétés par
Romain Duris, Kelly Reilly,
Audrey Tautou et
Cécile de France. L’actrice, qui pousse un peu plus loin son interprétation d’Isabelle pour l’emmener vers des hauteurs comiques inimaginables, s’amuse à jouer de sa séxualité et de son caractère. On se souviendra plus particulièrement de la séquence où Xavier la présente comme sa petite copine afin de satisfaire son grand-père et où elle perd finalement le contrôle de ses gestes et retrouve sa vraie nature. Forcément caricatural mais profondément tendre, le film regorge de petites scènettes particulièrement jubilatoires où la comédienne ne manque pas de nous émouvoir quand elle ne nous fait pas rire. Même chose pour le reste du casting et mention spéciale pour Kelly Reilly qui a réussi en un rien de temps à faire chavirer les coeurs de tous les « frogs » de France.
FAUTEUILS D'ORCHESTRECécile de France confirme sa place dans le petit monde du cinéma français en rejoignant en 2006 le casting de
Fauteuils d'Orchestre qui réunit une brochette de comédiens assez enviable. Valérie Lemercier, Albert Dupontel, Claude Brasseur, Christopher Thompson, Laura Morante et Suzanne Flon sont tous à la porte de la brasserie tenue par la jeune serveuse jouée par
Cécile de France... Elle est le liant entre tous ces personnages fragilisés par la vie et semble petit à petit, mine de rien, recoller délicatement les morceaux. Danièle Thompson serait-elle las du microcosme du Paris bourgeois, ce monde où le luxe fait la loi ? C'est du moins le cas des personnages de son film, tous fatigués, assommés par leur popularité, leur pouvoir, leur gloire et dont les frustrations viennent heurter les espoirs d'une jeune fille dont la seule force est sa générosité, sa capacité à se tourner vers les autres, à les aimer. Remise en question, voilà le terme exacte qui les caractérise tous. Une actrice populaire qui ne supporte plus son image et rêve d'échapper au registre du boulevard pour jouer Simone de Beauvoir. Un célère pianiste qui se sent de plus en plus étouffé par ce luxe qui le sépare des réelles valeurs de la vie. Un collectionneur d'oeuvres d'art qui balance ses souvenirs aux enchères pour mieux respirer. Trois personnages dont les destins se croisent et se rejoignent autour d'une même soirée, trois personnages qui se retrouvent au bar d'un même café face à une petite serveuse dont le sourire et l'innocence les réconfortent d'une certaine façon. Un bain d'angoisses, de réflexions sur la vie que Danièle Thompson orchestre ici avec une enthousiasmante fraîcheur, parvenant à nous faire rire, à nous émouvoir sans jamais sombrer dans le cliché.

QUAND J'ETAIS CHANTEURLorsque
Cécile de France tourne sous l’oeil de Xavier Gianolli, la jeune et candide jeune fille devient vraie femme, mère paumée et pourtant aimante qui ne sait pas vraiment comment on élève un enfant.
Quand j'étais chanteur, c'est l'histoire de deux âmes en peine, c'est l'histoire d'une belle amitié, c'est une histoire d'amour comme on en fait plus. Le manichéisme, évidemment, reste au placard enfermé à double tour. Les bons côtés de chacun sont montrés avec une grande finesse et une justesse qui évite didactisme et redondance. Il n'existe pas un mais des traits de caractère, et ce dernier ne porte donc jamais à la caricature. De même, les démons intérieurs des personnages n'apparaissent pas gratuitement, mais en réaction face à des situations qui les révèlent. Les évènements comme la succession d'émotions coulent de source, dans une sorte de fatalité brillamment feinte. L'interprétation, enfin, se doit de recevoir les honneurs.
Gérard Depardieu réalise ici une performance tout simplement exceptionnelle. Exceptionnelle parce qu'il y a bien longtemps que l'acteur n'avait pas fourni une prestation aussi remarquable. Lui qui avait tendance à cabotiner ces derniers temps, se fond ici entièrement dans le rôle. Magistral. Ce qui relève encore l'interprétation de
Cécile de France, qui parvient à se mettre au niveau. Quand j'étais chanteur, outre ses qualités indéniables, a donc pour mérite de réveiller un grand acteur qui semble-t-il sommeillait quelque peu. Une scène résume le film, la dernière, belle à pleurer, où le pragmatisme rencontre la poésie, la douleur rencontre le bonheur, un homme rencontre une femme, le spectateur rencontre un grand film.
Kevin Dutot (avec la collaboration de Laurent Tity)