Le clash de la semaine oppose Scarlett Johansson à Sean Penn, à l'affiche de This Must Be the Place, de Paolo Sorrentino. C'est la fin d'un des plus beaux couples glam de l'année.

Par La REDACTION - publié le 23 août 2011 à 00h56
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SCARLETT JOHANSSON

 

LES DEBUTS. Née en 1984, la jeune Scarlett débute sur les planches très tôt, à 8 ans. Elle fera ainsi quelques apparitions au cinéma (notamment dans Juste cause). C'est Robert Redford qui révèle d'abord le potentiel de l'adolescente dans L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux en 1998. Pour la jeune fille de 14 ans, le rôle est délicat. La jeune actrice exprime déjà cette gravité, une sorte de mélancolie et d'inquiétude qui caractériseront beaucoup de ses compositions. Elle est d'abord une jeune insouciante puis devient une ado prostrée. Au fil du film, sa souffrance va se révéler, elle va se laisser atteindre, mettre à jour ses doutes, sa culpabilité et gagner sa rédemption.

 

MANTE RELIGIEUSE. Cette gravité et cette profondeur s'intègrent parfaitement dans The Barber, l'homme qui n'était pas là des Frères Coen. Dans cet hommage au film noir, elle est la seule à émouvoir Ed Crane, lorsqu'elle se met à jouer une sonate de Beethoven. Lui qui se tient à distance de tout, qui assassine l'amant de sa femme presque par inadvertance alors qu'il était venu lui soutirer de l'argent, il est touché par la grâce de cette jeune fille en qui il voit une incarnation de pureté.Davantage encore que le meurtre, c'est cette nymphette pas si pure que cela qui cause la perte finale du héros. Elle est de plus très lucide sur ses capacités limitées de musicienne. Elle prête de nouveau à son rôle un cynisme bienvenu, en contradiction avec son apparence d'innocence. C'est ce décalage étrange qui marque ses premiers rôles. Cela trouvera son aboutissement dans Ghost world de Terry Zwigoff en 2002. Enid (Thora Birch, la gamine à problèmes d'American Beauty) est l'amie inséparable de Rebecca (Scarlett qui cultive volontiers un côté légèrement marginal dans ses rôles). Elles se tiennent totalement à l'écart des autres lycéens de leur âge. Avec un cynisme dévastateur et une dérision qui ne se dément jamais, elles s'amusent aux dépens de leurs semblables, tous ennuyeux, pathétiques et ridicules. Mais leur entente parfaite est bientôt bouleversée.

 

LOST IN TRANSLATION. En face de Bob Harris, acteur anciennement glorieux venu piteusement tourner une pub au Japon (Bill Murray mélancolique, paumé et attachant), il y a Charlotte, fraîchement mariée à un photographe sans substance. La jeune femme, à la sortie de ses études de philosophie (branche où « il y a du fric à se faire » lui dit Bob Harris), est prise dans le vague des passions, ne sachant pas quelle direction donner à son existence. Elle pressent qu'elle veut écrire mais a encore des réserves sur quelle forme adopter, elle sait que sa vie ne lui convient pas mais ne sait pas exactement pourquoi. Ainsi elle partage le désoeuvrement du clown triste qu'incarne Bill Murray. Leurs deux errances conjuguées dans le palace puis dans Tokyo forment une très belle rencontre, deux crises existentielles à deux périodes de la vie qui finalement se répondent. L'approche de Coppola est impressionniste. On sent que l'acteur a perdu ses illusions. Charlotte est en train de renoncer aux siennes. L'incompréhension qu'ils ressentent est beaucoup plus profonde qu'il n'y paraît. Ce sont avant tout leurs deux existences qui sont désorientées, qui ne savent plus comment se traduire. Ensemble ils reprennent leur souffle et un peu de courage dans une parenthèse où leurs solitudes et leur désarroi se réconfortent.

 

LE ROLE DE LA MATURITE. Woody Allen avec Match Point a saisi la métamorphose de la comédienne. En changeant de cadre et passant de New York à Londres, il s'est trouvé une nouvelle égérie, comme il n'en avait pas eu depuis Mia Farrow. Auprès d'elle, son inspiration se ressource et une nouvelle facette du cinéaste (déjà entrevue dans Crimes et délits) se dévoile. Jonathan Rhys-Meyers est un ancien joueur de tennis qui veut se faire une place dans la haute société londonienne. Il se fiance à Emily Mortimer et a tout du gendre idéal. Mais il tombe bientôt sous le charme d'une actrice américaine, liée à son futur beau frère. Cédant au charme cette jeune femme belle à se damner et s'engageant dans une liaison torride avec elle, il compromet l'avenir qu'il s'était tracé. Premier rôle de femme fatale pour Scarlett Johansson, elle crève littéralement l'écran.

 

BLOCKBUSTER. Avec sa carrière qui s'enrichissait de toutes ses réussites assez variées (de Lost in Translation à La jeune fille à la perle en passant par Match Point), il était naturel qu'Hollywood propose à Scarlett son premier blockbuster, The Island, en 2005. Sous l'oeil de Michael Bay, on pouvait craindre qu'il n'y ait pas beaucoup de place pour développer un personnage au milieu des explosions. Pourtant c'est le cas. L'histoire est d'abord assez originale et plutôt plaisante à revoir. Steve Buscemi est un allumé, Sean Bean est un méchant traître (pourquoi c'est toujours lui ?), McGregor un jeune premier un peu falot, Djimon Hounssou un personnage mystérieux d'une incroyable prestance... Bref ces acteurs savent quoi faire et le font bien. Cela reste un popcorn movie avec des punchlines parfois totalement stupides (« ne jamais laisser une carte de crédit à une femme »), d'énormes ficelles... Mais la blonde Johansson y est crédible et remplit bien son rôle, parvenant même à être émouvante au milieu de cette grosse machine.

 

CONCLUSION. Scarlett Johannson n'est pas seulement un sex-symbol, l'une de ces beautés qui sont, le temps de quelques saisons, des héroïnes de celluloid étalées en une des magazines. Depuis son plus jeune âge elle a choisi ses rôles avec discernement, dessinant une carrière d'une grande cohérence, cultivant les personnages multiples, mystérieux, ambigus et complexes.

 

 

SEAN PENN

 

LES DEBUTS. Sean Penn est un enfant de la balle. Son père Leo Penn était un réalisateur blacklisté, sa mère comédienne. Chris Penn son frère sera également acteur. Il est issu d'une famille de cinéma. Après avoir passé le bac, il rejoint une troupe théâtrale pour laquelle il met en scène une pièce. Il étudie l'art dramatique en héritier de l'actor's studio et part à New York tenter sa chance au théâtre où il se fait repérer. Il apparaît dans sa prime jeunesse dans divers téléfilms et séries télévisées, mais c'est véritablement dans Taps de Harold Becker qu'il attire l'attention pour la première fois (notamment aux côtés d'un autre jeune acteur prometteur, Tom Cruise). Le film est académique mais la révolte qu'il met en scène plutôt inhabituelle: des jeunes militaires se mutinent pour que leur base ne ferme pas. Le paradoxe étant que la rébellion a d'ordinaire pour vocation de bouleverser l'ordre, non de le conserver.

 

LA REVELATION. C'est véritablement dans Comme un chien enragé de James Foley, que le potentiel d'acteur de Sean Penn est révélé. Il trouvait là un rôle où il pouvait exprimer toute sa rage, cette rébellion retenue et toujours prête à exploser qui allait fonder son registre d'acteur. La première image qui vient à l'esprit lorsqu'on évoque Sean Penn est celle d'un écorché vif, taciturne, avec une souffrance à fleur de peau. Il semble l'exprimer, la suggérer en permanence, la porter en lui. Beaucoup de ses compositions sont fondées sur le mal-être de ceux qui n'ont pas pu trouver leur place dans la société où qui en sont exclus par la force des choses. C'est également un thème permanent dans son travail de réalisateur. Avec ce rôle, il exprime tout cela. Il est un fils qui renoue avec son père, Bud senior. Mais ce dernier fait partie d'un gang impliqué dans des vols de voitures. Soucieux de lui plaire, son fils prend exemple sur lui en fondant sa propre gang et en volant des tracteurs. Mais son père est un véritable salopard: il a tué les jeunes émules de son gang pour ne pas avoir de témoins compromettants quand l'étau de la police se resserrait autour de lui. Sean Penn donne ici la réplique à l'excellent Christopher Walken. Les deux acteurs vivent intensément leurs personnages. Il y a les tourments, la rage de Sean Penn, son visage ouvert et marqué par la douleur. Il peut pousser très loin cette émotion, aller même jusqu'aux limites de l'expressivité

 

SEX, ROCK & LOVE A cette gravité et cet engagement dans son art vient s'ajouter une dimension plus rock n' roll et déjantée. C'est une autre façette de Penn. Il fut l'ami de magnifiques outsiders de la culture américaine comme Marlon Brando et surtout Charles Bukowski, des grandes figures insoumises. Il est leur héritier et n'a jamais craint d'être considéré comme un « bad boy » sulfureux. Comme il l'a dit une fois, George W.Bush étant considéré comme un « good ole boy », il ne voyait pas d'inconvénient à être son négatif. Il a donc longtemps passé pour un enfant terrible, incontrôlable et difficile. Ainsi, il est également une figure de rebelle classique à la James Dean.

Après un premier mariage houleux avec Madonna, il est connu des tabloïds et devient incontournable à Hollywood. Mais Penn n'est pas un people. Il n'aurait pu acquérir pareille légitimité s'il n'avait pas été remarqué avant. Sous la caméra de Dennis Hopper, il donne une fois encore dans Colors toute la mesure de sont talent. Il se constitue une famille de cinéma et une identité artistique (Hopper apparaitra dans son premier film The Indian runner). Sa carrière et sa trajectoire trouvent une cohérence. Il ne fera pas souvent dans l'évidence. Il osera visiter les coins sombres. Ici il est une jeune recrue allié à un vieux filc (Robert Duvall), dans un L.A rongé par le crack et la violence des gangs. C'est âpre comme un roman de James Ellroy.

 

ROLES FORTS. Il veut explorer dans ses choix la noirceur et la complexité de l'âme humaine. Il souhaite s'y consacrer en réalisant ses films. Il redevient pourtant acteur pour Brian de Palma. Il est méconnaissable en Kleinfeld, l'avocat véreux de Carlito Brigante dans l'Impasse. Il est celui qui causera l'échec de la rédemption. Son personnage est un loser sans éclat, pathétique, cocainé et corrompu. Penn n'a jamais rechigné a endosser des rôles ingrats pour pointer ce que l'humanité peut avoir de trouble, de tourmenté et parfois d'abject.

Outrages de Brian de Palma s'inscrit dans cette lignée. Il fait partie des films qui dénonçaient la barbarie dans laquelle étaient plongés les soldats américains pendant la guerre du Vietnam. Comme dans toutes les débâcles, dans le désoeuvrement d'un combat absurde, la nature humaine se dévoile sous ses pires aspects. Sean Penn y incarne un soldat qui a perdu tout repère, toute notion de bien ou de mal. Il se livre aux pires exactions (le viol) et a perdu la raison. Michael J.Fox est un jeune idéaliste qui s'oppose à ces agissements. Penn apparaît dans ce rôle dominé par la folie, ne se souciant que de sa survie, agissant comme dans un cauchemar et commettant des actes ignobles. Il explore dans beaucoup de ces rôles les rejetés, les bannis, ceux qui ne sont pas acceptés ou admirés par la société. Ses rôles ont parfois valeur de prises de position, comme celui qu'il tint dans La Dernière marche de Tim Robbins aux côtés de Susan Sarandon.

 

IL A JOUE DANS DES CHEFS-D'OEUVRE. Clint Eastwood livra un chef d'oeuvre -un de plus- avec Mystic River. Il impose Sean Penn comme la manifestation la plus pure et la plus expressive de la douleur et du deuil. Une image est violente, bouleversante et restera probablement dans l'histoire du cinéma: la douleur enragée de Sean Penn, son hurlement de bête sauvage lorsqu'il apprend la mort de sa fille, toute cette furie qu'il libère d'un coup et qu'une horde de policiers ne parvient qu'avec peine à maitriser. Puis c'est la stupeur qui suit les grands chocs, comme s'il fallait un long moment de réaction avant d'accepter l'innommable, avant de pouvoir pleurer (comme Sean Penn finit par le faire aux côté de son ami d'enfance brisé, Tim Robbins). Enfin, il y a la douleur froide, permanente, de ceux qui ont perdu leur étincelle et réclament vengeance, avec cette détermination glacée que rien ne saurait détourner. Le comédien traduit toutes les manifestations du deuil, passe par toutes ses étapes.


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