VINCENT CASSEL
SES DEBUTS. Le fils de Jean-Pierre Cassel voit le jour en 1966. Le jeune Vincent veut s'exprimer, intègre d'abord l'école de cirque d'Anne Fratellini pour y devenir acrobate. On peut en voir l'influence dans sa manière particulière de se mouvoir à l'écran, sa gestuelle bien à lui. Cela participe à sa singulière beauté, à ce magnétisme qui s'est affirmé ces dernières années. Il choisit assez vite la comédie, va se former à New York (à l'actor's institute) avant de revenir dans l'hexagone. Là il se joindra un temps à la troupe de Jean-Louis Barrault. Il décroche des petits rôles au cinéma, encore anecdotiques, dans Les Cigognes n'en font qu'à leur tête ou Les clés du paradis de Philippe de Broca en 1991. Mais quelque chose est à fonder dans le paysage français d'alors.
LA REVELATION. Cassel se joint à une génération, une troupe et une bande de potes qui lui permet d'en être l'une des figures de proue. Il rejoint en 1993 son grand ami pendant longtemps, Mathieu Kassovitz, pour endosser un rôle dans son premier film, Métisse. Cassel s'est trouvé un courant artistique et de quoi déployer son jeu nourri d'influences diverses et protéiformes (de la B.D au hip hop). Un peu de temps s'écoule encore avant que cette nouvelle vague pétrie de nouvelle références, émancipée des mondes anciens, se présente, fière d'elle-même sur les marches du Festival de Cannes en 1995. On se souvient du prix de la mise en scène au film coup de poing, La Haine, et d'une génération brisant le protocole et les habitudes d'un cinéma parfois trop nombriliste. Même si Kassovitz comme Cassel ne sont pas issus des banlieues, leur film a été le premier à en pointer le malaise.
FILMS CULTES. Il revient en 1997 à un cinéma qu'il aime, irrévérencieux, déjanté, cartoonesque, novateur. Il incarne le tueur charismatique héros de Dobermann de Jan Kounen. Entre parodie et action débridée, Cassel en impose et épouse un univers dont la violence, mal comprise (comme toujours), soulève la controverse à sa sortie. La fougue de l'acteur, cette façon d'épouser corps et âme des personnages totalement atypiques le distingue de nouveau. Il dégage une force, presque sauvage, instable comme un mélange explosif. Tout de noir vêtu, le calibre en main, Vincent a belle allure. Il rejoint Nicolas Boukhrief et donne la réplique à Kassovitz dans Le Plaisir (et ses petits tracas). Grâce à l'Appartement et Dobermann, le nom de Vincent Cassel est connu hors de nos frontières.
SON DEFI LE PLUS AUDACIEUX. Irréversible en 2002, où l'on part de l'enfer d'une boîte écarlate et interlope pour aboutir aux débuts d'une histoire d'amour, saisissante d'authenticité, contée à l'envers par Gaspar Noé. Vincent donne de nouveau la réplique à sa compagne Monica dans leur plus belle collaboration. La plus audacieuse aussi. On se souvient du scandale cannois qui éclata après la projection du film. Cassel défendait fièrement, une fois encore, un cinéma français audacieux et dérangeant.
LE MOMENT DE SOLITUDE. Pouvant aller très loin dans l'outrance, on se souvient de son improbable apparition dans Sa Majesté Minor de Jean-Jacques Annaud en 2007.
IL A DIT: "Travailler avec Gaspar, ça a été une expérience incroyable. J'ai beaucoup de respect et d'admiration pour lui. Irréversible est un de ces films dont je suis très fier. C'est un auteur à part entière comme Kim. Le fait de jouer dans des films comme ça, ce n'est pas un calcul pour aller dans un sens ou dans l'autre, c'est vraiment lié à mes goûts. Je suis foncièrement attiré par ce genre de films même si j'ai encore un peu de mal à définir ce qu'est ce genre de films. Parce que j'ai l'impression que ce sont des films très différents les uns des autres. Mais il doit y avoir un dénominateur commun, quelque chose qui m'excite à chaque fois. C'est ce dont j'ai besoin pour me lancer dans l'aventure car ça prend beaucoup de temps pour faire un film. Et puis, après, il faut le promouvoir, en parler. Si tu n'es pas en accord et si tu ne te reconnais pas dans le film, ça devient un peu douloureux."
JOAQUIN PHOENIX
SES DEBUTS. Il débute véritablement dans Portrait craché d'une famille modèle de Ron Howard, où il incarne un ado à problèmes, qui refuse de parler à sa mère (Dianne Wiest), en pleine rébellion avec tout l'excès que suppose cet âge. Il était crédité au générique sous le nom de « Leaf Phoenix » (pour rejoindre la tradition familiale de se prénommer d'après les éléments naturels, comme sa soeur Rain et son frère River). Il est encore très jeune et pour tout dire assez peu reconnaissable dans le film. Cependant, il entrait déjà dans une oeuvre qui montrait le contraire d'une famille modèle, dans tous les problèmes que l'on cache, dans les névroses parfois sérieuses qui parsèment le quotidien, avec lesquelles il faut vivre. Il incarnait d'ailleurs déjà un archétype et s'en sortait avec brio, donnait de la profondeur au personnage.
LA REVELATION. C'est véritablement avec Prête à tout de Gus Van Sant que Joaquin Phoenix est révélé. Il y incarne un jeune lycéen marginal qui va tomber sous le charme d'une manipulatrice névrosée, obsédée par sa réussite télévisuelle. En face d'une Nicole Kidman grandiose et excentrique, il incarne à merveille le jeune taciturne franchement malsain que la belle aura soudoyé par ses charmes pour lui faire commettre un crime. Ce personnage est bête, introverti, sombre, marginal et assez repoussant. Une description assez peu engageante que Phoenix a le courage d'embrasser complètement, assumant ce rôle sordide avec une conviction inébranlable et touchante. C'est cette absolue bonne foi et cette absence de jugement qui font sa force en tant qu'acteur.
BAD GUY. Il peut s'immerger dans des milieux abjects. Dans le malsain 8mm de Joel Schumacher (plongée dans l'univers des snuff movies), il incarne un second rôle de vendeur dans un sex shop. Dans U-turn, il incarne le petit ami violent, hystérique, pleutre et jaloux de Claire Danes. A chaque fois il est investi, juste, on l'identifie totalement à son rôle, son personnage gagne une existence souvent assez troublante. Il apporte à chaque composition une authenticité rare, totale (qui n'est pas sans rappeler la puissance de jeu d'un Patrick Dewaere). Il est des comédiens qui vous embarquent, dont on ne voit pas les trucs. Phoenix insuffle de la profondeur à ses personnages et imprime la pellicule, quoiqu'il fasse. C'est bien-sûr le cas dans Gladiator avec Commode et sa frustration, la furie qu'il maintient toujours latente.
SON FILM CULTE. Two Lovers, de James Gray. Le profil d'un homme qui sort de l'ombre, un corbeau qui s'envole au loin, une démarche de plus en plus raide, des pas lourds et menaçants, une musique de fin du monde d'une pulsation ample et sourde comme le tic-tac anxiogène d'un cœur inquiet. Puis, un saut dans la mer. Pendant qu'un homme coule, des images remontent à la surface. On pense à la conclusion tragique du Démon, d'Hubert Selby Jr. On pense surtout à la beauté des plans, à l'émotion brute qui en émane, à la tristesse d'un personnage qui se manque. Il suffit de voir ces cinq premières minutes, bouleversantes, de Two Lovers pour comprendre que quelque chose de puissant va s'animer à l'écran pendant près de deux heures, va nouer notre cœur pour l'astreindre. Et c'est le cas : on en sort totalement bouleversés.
EPIPHANIE. Le saviez-vous ? Le réalisateur allemand Werner Herzog a sauvé Joaquin Phoenix d'une mort prématurée. Herzog conduisant paisiblement sa voiture fut spectateur d'un accident assez violent. Il sortit de sa voiture et porta immédiatement secours au conducteur de la voiture ayant fait un tonneau. Et la surprise fut de taille quant il s'aperçut que le conducteur n'était autre que Joaquin Phoenix, encore un peu sonné par le choc de l'accident mais essayant tout de même de s'allumer une cigarette malgré les goutes d'essences coulant sur lui.

L'histoire : Casey Affleck, jeune acteur, jeune réalisateur, filme Joaquin Phoenix, ex-acteur, nouveau rappeur.
