Aujourd'hui, dans notre "Classe/Pas Classe", retour sur la carrière de Pierce Brosnan, actuellement à l'affiche de Remember me, aux côtés de Robert Pattinson et, il y a un mois, de l'exceptionnel The Ghost Writer, de Roman Polanski.

C'est un fait, Pierce Brosnan était né pour interpréter, un jour, le rôle de James Bond. Pas qu'il ait été prédestiné par sa nationalité à pouvoir jouer l'agent 007 sur grand écran : fils unique, le comédien est né en 1953 en Irlande, mais a vécu dès son adolescence à Londres. Et c'est à peine âgé de 10 ans que son père, qui ne mesurait sûrement pas les conséquences de son acte, l'emmena voir au cinéma l'immortel Goldfinger. Le petit Pierce voit là son premier long métrage dans une salle obscure, et plus que fasciné par la classe internationale de Sean Connery, en décide ainsi : il sera acteur.
NOMADS CLASSE
Le film prend ancrage et s'inscrit dans un courant typique de l'époque, qui va de L'inspecteur Harry à Un Justicier dans la ville en passant par Assaut, Les Guerriers de la nuit et Vigilante, et qui s'intéresse à la montée de la violence urbaine. Sauf qu'avec le film de McTiernan, on est plus proche du travail d'un John Carpenter et Nomads ne prend à aucun moment le risque de se faire taxer d'objet réactionnaire. Comme dans Assaut, le thème abordé est rapidement vu sous l'angle du fantastique et le film confine progressivement à l'abstraction. Mais cette dose de surnaturel ne se départit jamais de considérations philosophiques et scientifiques chères au réalisateur du 13ème Guerrier, puisque le film regorge d'obsessions toutes mctiernaniennes qui lui confèrent toute sa richesse (notamment la multiplicité des lectures possibles). Ainsi, la déliquescence et la violence urbaines dont sont témoins les personnages correspondent à une déshumanisation des villes et à la naissance d'une nouvelle faune urbaine, barbare et vindicative, dont la sauvagerie, la bestialité et l'incivilité renvoient aux temps immémoriaux et marquent un retour en arrière. On reconnaît bien là le goût du réalisateur pour l'animalité originelle qui tapit en chaque être humain. Son alter ego fictif joué par Pierce Brosnan, un anthropologue qui a sillonné le monde à la recherche des fameux nomades du titre, n'est-il pas d'ailleurs un portrait du cinéaste qui signifie là son intérêt fervent pour les mythes et les civilisations anciennes ? Mais Nomads traite aussi de la liberté de l'individu contre la société. Le groupe dépeint par le film n'obéit plus à aucune règle sociale, les individus le formant se sont libérés de toute structure coercitive, c'est-à-dire de la société. En considérant cela, la fin du film apparaît alors plus positive que négative, plus optimiste que désespérée, puisque le personnage de Pierce Brosnan, devenu à son tour nomade, a finalement acquis une liberté nouvelle, liberté à laquelle semble adhérer et aspirer fortement et sincèrement John McTiernan.
LE QUATRIEME PROTOCOLE CLASSE
Bien avant de devenir 007, Brosnan avait déjà un petit penchant pour le cinéma d'espionnage à l'anglaise. Dans ce sympathique exemple de film de guerre froide, c'est l'impeccable Michael Caine qui mène la danse en espion british. Pierce, lui est du mauvais côté de la barrière en agent du KGB manipulé. Et s'en tire presque aussi bien que Caine en ce qui concerne le flegme.
LE COBAYE UN PEU CLASSE
Jobe Smith, simple d'esprit et souffre-douleur de la ville, interesse vivement un de ses voisins, le docteur Angelo, genie de l'electronique, qui est l'inventeur d'un programme qui stimule l'intelligence des animaux. Inspiré de Daniel Keyes, Stephen King a tiré un roman incroyable, proposant un voyage infernal au bout de l'enfer sur fond de religion, de violence domestique et de télékinesie. Brett Leonard en propose une adaptation honnête, d'autant que l'on retrouve Pierce des années avant James Bond. Résultat : une petite série B bien sympatoche qui a certainement pris quelques rides fictionnelles mais qui, on n'en doute pas, n'en reste pas moins un authentique plaisir coupable de nerd. En revanche, dommage que Leonard n'ait pas continué sur cette lancée...
MADAME DOUBTFIRE CLASSE
Madame Doubtfire est l'un des plus gros succès de Robin Williams au box-office avec plus de 200 millions de dollars engrangés. Grimé en gouvernante irlandaise, l'acteur cabotine comme si sa vie en dépendait mais pour le plus grand plaisir de ses fans. Ce film familial a même eu les honneurs de remporter l'Oscar du meilleur maquillage (amplement mérité) en 1994. Pierce incarne le beau-père riche et sexy, cherchant à remplacer leur ancien père (Robin donc) dans le coeur de la petite famille. On revoit ce film avec toujours autant de plaisir d'autant que les occasions de rire ne manquent pas. Quant à Pierce, il se moque déjà de son look de play-boy macho. La classe, c'est le film mais c'est lui aussi.

GOLDENEYE UN PEU CLASSE
Comme tous les épisodes faisant intervenir un nouveau Bond, Goldeneye est un épisode charnière sur un plan historique, ouvrant la porte sur le célèbre agent secret à toute une nouvelle génération, pullulant de références et rappelant que l'on sait rester dans la tradition tout en modernisant le mythe. Le problème, c'est que le film de Martin Campbell se contentera de s'appuyer sur ce type d'acquis pour signer un film d'action basique à l'intrigue probablement un poil démodée dans son contexte et à la narration jamais audacieuse. On est loin des innovations cinématographiques auxquels pas mal des épisodes précédents nous ont habitués. Parce qu'il signe un produit joliment emballé plastiquement (la poursuite en tank dans les rues de Saint-Pétersbourg conserve son efficacité), en s'amusant avec les extrapolations de la série - un hélicoptère sortant d'un train, la parabole géante surgissant d'un lac - Goldeneye reste plaisant à découvrir, mais n'arrive pourtant jamais à imposer une identité propre. A l'époque de son grand retour, on attendait un peu mieux de la part de notre espion favori...
MARS ATTACKS! TRES CLASSE
Mars Attacks, au casting plus qu'incroyable, réunit une galerie de personnages plus abrutis les uns que les autres. Entre un président cabotin, le porte-parole de la maison blanche qui fait venir des prostituées dans le bureau ovale, un chef des armées plus con tu meurs et une bonne louchée de neuneus, le portrait de l'Amérique n'est pas fameux. Si l'on ajoute à ça les maisons de retraites, casinos et autres réunions de sectes, on se retrouve avec une population qui finalement mérite bien l'extinction. Les humains sont grotesques jusque dans leur mort. C'est alors que deux personnes vont cependant se détacher de la foule. Un ado prétendument raté et sa grand-mère en fauteuil roulant. Leur arme pour défier l'invasion extra-terrestre : un standard de musique kitschissime, absolument inaudible pour une civilisation supérieure, dont l'intelligence ultime ne peut supporter un morceau d'aussi mauvaise facture. Pierce Brosnan tombe amoureux de Sarah Jessica Parker et tous les deux sont relookés comme des héros des films de science-fiction des années 50.

LE PIC DE DANTE UN PEU CLASSE
Bienvenue dans la petite ville du Pic de Dante, où sommeille un volcan qui va bientôt entrer en éruption avec une force dévastatrice. Qui pourra survivre à cet enfer qui détruit tout sur son passage. Il y a quelques années, le film de catastrophes revenait sur le devant de la scène et comme par le plus grand des hasards, deux films sur les volcans furent mis en chantier ; le Pic de Dante fut l'un deux (le second étant le triste Volcano). Pour se faire, Roger Donaldson s'empare d'un scénario comportant (malheureusement) tous les clichés du genre, s'octroie une grosse vedette masculine et un pendant féminin qui eut son moment de gloire et s'attèle à un projet qui sur le papier ne payait pas de mine. Résultat, le film est à l'image du projet ! Néanmoins, en bon faiseur d'images, le réalisateur parvient à rendre le spectacle sympathique et même si les effets spéciaux ont aujourd'hui fait un bon dans le spectaculaire, le résultat tient la route et malgré quelques énormités, on se prend au jeu, on rigole parfois (ah le sauvetage du chien !) et le divertissement prend le pas sur le suspense pour au final nous faire passer un moment pas vraiment déplaisant.
DEMAIN NE MEURT JAMAIS UN PEU CLASSE
Demain ne meurt jamais s'impose assurément comme l'un des films de la saga esthétiquement les mieux soignés. La spectaculaire scène de pré générique remplissant à elle seule le minimum syndical d'un film d'action complet accuse d'une rythmique et d'un entrain immersif immédiat, tout comme la photographie générale de l'oeuvre, froide, métallique mais également explosive atteignant son apogée dans la scène finale. Si avec ses scènes prises indépendamment les unes des autres, le 18ème Bond possède tout du cinéma populaire à grand spectacle, il souffre néanmoins d'une narration tout simplement absente, faisant de cette mission une succession de scénettes qui en jettent assurément, mais dont on se fiche totalement. Un hélicoptère par ci, une voiture par là, tout y passe chronologiquement et soigneusement en attendant le prochain fracas rarement justifié par un prétexte de poids. Parce que plagiant dans ses grandes lignes On ne vit que deux fois, qui n'est vraiment pas le meilleur exemple à suivre, le film du duo Roger Spottiswoode et Vic Armstrong se laisse platement suivre pour n'être qu'un divertissement passe-partout, loin des enivrements passés. Au mieux, un bon DVD de démo...
COUP D'ECLAT UN PEU CLASSE
Brosnan semble s'être familiarisé aux rôles de monte-en-l'air. Cette fois-ci il fait équipe avec Salma Hayek pour aller chaparder des diamants. Woody Harrelson s'ajoute à cette paire en agent du FBI avec qui ils jouent au chat et à la souris. Le vrai braquage du film ? Hormis celui opéré par Brett Ratner, toujours en service minimum niveau réalisation, ce sont les comédiens qui l'ont commis, avec ce gentil nanar qui a plus l'air de vacances tous frais payées aux Bahamas que d'une comédie policière.

THOMAS CROWN SUPER CLASSE
Le casse de l'année par Mc Tiernan. Ou comment voler un matériau pré-existant pour le transformer en oeuvre personelle. Qui l'eût cru, en réalisant le remake improbable voire impossible, du légendaire The Thomas Crown affair de 68, Mc Tiernan a parfaitement réussi son pari. Sa version est non seulement élégante et virtuose, un divertissement de haute volée, mais aussi une oeuvre intelligente qui se fond parfaitement dans la thématique de ses films précédents. Une commande transformée en film personnel quoi ! Ceux qui ont vu Medicine man se souviendront longtemps de la magnifique séquence de l'ascension sur la cîme des arbres. Cette scène était sans doute une des plus majestueuse car une des plus fluide. On y sentait tout à coup l'émerveillement, malgré sa peur, de Lorraine Bracco et la plénitude de Sean Connery. Elle était surtout un tournant dans le film : le personnage féminin comprenait enfin l'homme qu'elle avait en face de lui. Dans The Thomas crown affair, Mc Tiernan remplace la scène du polo du film original par une scène de catamaran où Crown flotte littéralement dans les airs, heureux comme un gosse. Le réalisateur prolonge cet état de grâce, en remakant LA scène de son Medicine man, lors de la magnifique séquence du planeur. Il nait à ce moment, une véritable osmose entre les 2 personnages. Oui, en incluant le personnage féminin dans LA figure de style de l'original (le planeur), Mc Tiernan se l'accapare et la fait sienne. En définitive, le film de Mc Tiernan est-il meilleur que celui de Jewison ? Il faut bien avouer que la version de 68 avec son casting de rêve et sa musique inoubliable possède un charme fou qui manque par moments à la version 99. Et puis, rien ne remplace l'original me direz-vous. Mais, comme nous venons de le voir plus haut avec ces quelques exemples, d'un strict point de vu thématique et cinématographique, le film de Mc Tiernan est supérieur et beaucoup plus personnel malgré son statut de commande. Pourquoi ? Parce que le scénario semble avoir été (r)écrit pour lui et par lui. Et parce qu'il a ensuite, déployé ses talents de grand metteur en scène qu'il est pour faire de ce film un classique du genre. Tout simplement.
LE MONDE NE SUFFIT PAS MOYEN CLASSE
Tel un métronome, voici venir les nouvelles aventures du célèbre agent secret de Sa Majesté.
Premier verdict : le 19ième James Bond est fidèle à l'attente du spectateur. On y trouve le lot habituel de séquences d'action explosives, un humour pince sans rire mais légèrement graveleux (les toujours savoureux échanges verbaux entre Miss Moneypenny et Bond), des gadgets loufoques (la boule de protection, ou le bateau armé jusqu'aux dents), des james bond girls sexy (Sophie Marceau et surtout Denise Richards) , un méchant coriace et avide de pouvoir (Robert Carlyle). Tout d'abord, Pierce Brosnan s'est définitivement installé dans les chaussons de l'agent secret le plus célèbre de la planète (nous faisant ainsi déjà regretter sa prochaine retraite). Il s'impose comme le digne successeur de Sean Connery, retrouvant le côté animal et machiste de ce dernier. Les personnages qui gravitent autour de Bond ont pour une fois des rôles à défendre. A commencer par la James Bond girl en titre, notre française Sophie Marceau. Elle peut même se vanter d'avoir le seul rôle féminin d'envergure dans l'histoire déjà longue des James Bond. Son Electra King est touchante et plus complexe qu'en apparence. Face à elle, James Bond fait preuve de sentiments jusqu'ici insoupçonnés. On ne peut malheureusement pas en dire autant de l'autre girl de service. Denise Richards n'est absolument pas crédible dans son rôle de savant (surtout lorsqu'elle se balade en mini short et débardeur moulant) mais Dieu qu'elle est sexy. Rendons grâce d'ailleurs à Michael Apted, le réalisateur de nous la montrer dans des positions qui mettent en avant ses formes généreuses. Une autre excellente initiative nous vient du méchant joué avec une certaine jubilation par Robert Carlyle. Quant au duel final dans un sous-marin nucléaire, il tient en haleine même s'il finit un peu trop rapidement. On regrettera cependant l'absence de poursuite en voitures (mais le bateau fait office de remplaçant), l'utilisation réduite des gadgets, un trop grand nombre d'explosions au détriment de combats à mains nus. Mais si on ne fait pas la fine bouche (des scènes d'action comme celles des James Bond, on en voit désormais quasiment tout le temps et souvent de bien meilleure qualité) ce nouveau 007 remplit haut la main son objectif : nous distraire pendant plus deux heures en attendant les prochaines aventures.
LE TAILLEUR DE PANAMA UN PEU CLASSE
Tailor of Panama est avant tout un contre-pied total aux sempiternels films d'espionnage. Pierce Brosnan étonne d'ailleurs dans ce rôle d'espion obsédé par le sexe et l'argent, sans aucune morale (bien loin du beau et irréprochable James Bond). A ses côtés, Geoffrey Rush incarne le petit tailleur du coin, à la fois dépassé par les évènements et sachant en profiter. Jamie Lee Curtis (sevrée de rôles intéressants depuis True Lies) absente une bonne partie du film nous prouve néanmoins qu'elle reste une excellente actrice en collant le plus justement à son personnage. Toute cette ribambelle de personnages s'enfile à la perfection dans le scénario de John Le Carré, riche en rebondissements et faisant preuve d'une retenue fort appréciable (il aurait été facile de plonger dans le film d'action pur et dur). Le récit rocambolesque trouve un allié parfait en John Boorman. Sa mise en scène réussit à être à la fois efficace, élégante (certains plans sont magnifiques) et expressive. Elle est uniquement au service de la narration du film, à la fois si simple et si précise (à noter la présentation des 2 «héros» pendant le générique de début qui est un modèle du genre). Au final on obtient un des films d'espionnage le plus intéressants et sans doute les plus passionnants du genre.
SERAPHIM FALLS UN PEU CLASSE
Seraphim Falls, western atypique sorti directement en DVD en France, et qui le met dans la peau d'un capitaine sudiste traqué sans relâche par un ex-colonel confédéré (Liam Neeson, parfait). Le film joue sur la réelle ambiguïté qui lie ces deux personnages ayant tout perdu dans la guerre, y compris une bonne raison de vivre. Même s'il pêche par excès de mysticisme dans son dernier acte, Seraphim Falls est une vraie expérience, immersive et primitive, dans la lignée ô combien viscérale d'un Vorace. Brosnan y fait une fois de plus des merveilles dans un rôle difficile, pas vraiment attirant ni sympathique, mais attachant par son infatigable instinct de survie.
MEURS UN AUTRE JOUR PAS CLASSE
Meurs un autre jour (2002) a été renié du bout des lèvres par sa star qui regrette le trop plein d'effets visuels au détriment de l'intrigue - qui reste cantonnée, ô surprise, au classique complot planétaire pour dominer le monde, via cette fois un satellite à l'énorme puissance de feu.Bond, James Bond. Arrêtez, ça suffit ! Il est temps de laisser la place à Ethan Hunt ou à ce sacré triple X. Il faut se rendre à l'évidence, de l'espion au service secret de sa Majesté, il ne reste plus que le double zéro de son matricule. Le 7 est parti dans le souvenir d'un Jamais plus jamais, où Sean Connery enterrait le mythe avec un dernier pied de nez, celui d'être l'officieux de la série. Il est loin le temps où l'agent secret faisait recette dans le cœur de ses fans, où son cynisme et son flegme britannique emportaient tous les suffrages. Prendre le méchant de Rocketeer pour relancer une turbine emmêler dans la moumoute vieillissante d'un Roger Moore fatigué, n'est pas l'idée la plus brillante de ses auteurs. Permis de tuer (Le mythe ?) ou Tuer n'est pas jouer (en résumé tout sauf un Bond) n'ont pas convaincu. Reste ce petit gars, charmant au demeurant qui nous harcèle par le biais d'une flopée d'épisodes de Remington « Style », du sous James cathodique, pour espérer gagner encore un peu de pognon. A défaut d'autre chose, on va en tout cas s'en servir comme faire valoir de ce qui a fait le succès de la franchise, et surtout ne lui laisser aucune liberté quant à son personnage.
THE MATADOR UN PEU CLASSE
Le film semble avoir été écrit pour Pierce Brosnan avec comme dessein revendiqué de casser le mythe James Bond. Sur ce plan, le résultat est nettement plus probant que Le tailleur de Panama (John Boorman, 2001) qui sur fond de John Le Carré tentait la même démarche sans convaincre. Tout repose sur les épaules de l'acteur qui semble vraisemblablement s'en donner à cœur joie dans le registre de l'autodérision. Mais, comme souvent dans ce genre d'exercice, le film de Richard Shepard, réalisateur de l'intéressant Oxygen, a les qualités de ses défauts. Si The matador excelle dans le portrait à la fois humble, tendre et sensible d'un personnage voué à la solitude, il n'en est pas de même pour le scénario qui repose essentiellement sur l'atmosphère. L'absence de rebondissements est presque justifiée par la relation entre les deux personnages qui se passe de coups de théâtre superflus. Les deux protagonistes savent qu'ils peuvent compter l'un sur l'autre quelle que soit la situation. Accessoirement, le film rappelle avec ses modestes moyens que toutes les amitiés, aussi imprévisibles soient-elles, sont possibles et belles. Sa conclusion en devient alors plus qu'émouvante.
MAMMA MIA ! MOYEN CLASSE
Certains cinéphiles particulièrement sagaces reconnaîtront peut-être là l'argument d'un mélodrame intitulé Buona sera, Mrs. Campbell dans lequel Gina Lollobrigida se retrouvait elle aussi confrontée à ses amours passées. Mamma Mia ! le film est un tour de force narratif, s'inspirant lui-même d'un spectacle bâti autour d'une vingtaine des chansons les plus célèbres du groupe suédois Abba, lesquelles n'ont jamais été conçues dans ce but, leurs paroles ayant d'ailleurs nettement moins marqué les esprits que leur musique. L'adaptation et la réalisation du film tiré de cette comédie musicale ont été confiées à la scénariste Catherine Johnson et à Phylllida Lloyd, metteuse en scène qui s'efface prudemment derrière son sujet et confie à un chef opérateur grec le soin de donner à cette île paradisiaque un glamour de carte postale. Côté messieurs, le film associe trois comédiens qu'on n'imaginait pas nécessairement se trémoussant en veste à paillettes et pantalon à pattes d'éph' : le très British Colin Firth, l'ex-James Bond Pierce Brosnan et l'acteur suédois Stellan Skarsgård. Ils sont eux aussi impeccables en pères de la mariée poussant la chansonnette.

THE GHOST-WRITER LA CLASSE ULTIME
Ceux qui vont crier à l'académisme devant le sublime The Ghost-Writer risquent de passer à côté de l'essentiel : un trompe-l'oeil, une œuvre-somme qui, à la manière du Pianiste, résume la carrière de Roman Polanski. Pour saisir les enjeux de ce théâtre de l'absurde où l'on trouve ce que l'on cherche en trois clics sur Google et où l'on perd pied sur une île mortifère, il faut revenir aux sources, notamment aux premiers longs métrages du cinéaste, tournés en Pologne (Le couteau dans l'eau), en Grande-Bretagne (Répulsion et Cul de sac) et en France (Le Locataire). En découvrant The Ghost-Writer, qui revient vers ces terres, le fan est en terrain connu : le huis clos a été utilisé à plusieurs reprises (Répulsion, La Jeune Fille et la mort). Tout comme il faut inéluctablement relier l'action à une actualité brûlante. Dans les années 70, certains n'ont pas hésité à trouver dans son adaptation de Macbeth une relation au meurtre de son épouse Sharon Tate par les disciples de Charles Manson et dans Tess, ceux de son procès alors avorté pour détournement de mineure. Le grand sujet de The Ghost-Writer, c'est l'exil (l'homme politique joué par Pierce Brosnan est invisible, toujours en déplacement, forcément louche) et ce n'est pas anodin si les personnages principaux (le nègre et l'homme politque) sont deux fantômes qui se suivent dans l'ombre. L'exil, c'est aussi celui de Polanski, aujourd'hui assigné dans son châlet en Suisse après avoir élu différents territoires (Pologne, France, Grande-Bretagne, Etats-Unis).
PERCY JACKSON : LE VOLEUR DE FOUDRE UN PEU CLASSE
Après avoir initié la très lucrative saga Harry Potter, Chris Colombus adapte Percy Jackson, un bestseller en plusieurs tomes qui s'est écoulé à des millions d'exemplaires outre-Atlantique. L'univers de cette nouvelle franchise a l'originalité de puiser chez les grandes figures mythologiques de la Grèce Antique, le tout saupoudré d'une pointe de romance et d'un zeste de comédie. Sur le papier, cette production s'annonce comme un savoureux cocktail laissant supposer la présence à l'écran d'un bestiaire antique titillant l'inconscient collectif des spectateurs de tous âges. Et rien que l'idée d'avoir des combats entre les dieux et découvrir le mont Olympe ou la vision apocalyptique de l'Enfer rendait enthousiaste. Hélas, ce premier opus laisse une impression de frustration tant les enjeux dramatiques manquent d'envergure. Avec un background aux pouvoirs évocateurs proprement jouissif, on se retrouve devant une production bien trop bon enfant, qui manque d'authenticité. L'univers cinématographique de Percy Jackson est à mi-chemin entre le teen movie fantastico-romantique tendance Twilight, l'esthétique aseptisée du Monde de Narnia et l'incontournable touch Harry Potter.

L'histoire : Fils d'un important businessman new-yorkais, Tyler Hawkins est coincé dans une phase de son existence où rien, études, travail, famille, ne semble a[…]
