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Colin Firth : le flegme britannique

Par Marion THUILLIER - 21 février 2010 - 0 commentaire(s)

En lice pour la récompense du meilleur acteur aux prochains Oscars, Colin Firth semble bien décidé à tourner la page des seconds rôles dans les comédies romantiques. Son personnage de professeur dévasté par la mort de son compagnon dans A Single Man de Tom Ford, en salles le 24 février, lui offre enfin l'occasion de montrer la mesure de son talent après avoir interprété pendant des années le gentleman au grand cœur hérité de ses origines britanniques.

 

A Single Man de Tom Ford
 
Un adepte des films en costumes
Né en 1960 dans le Hampshire en Angleterre, Colin Firth passe sa petite enfance au Nigeria aux côtés de ses parents professeurs et de ses grands-parents missionnaires. De retour sur sa terre natale, il prend goût au théâtre sur les bancs de l'école, puis fréquente le Centre d'arts dramatiques de Chalk Farm. C'est d'ailleurs au théâtre que le jeune comédien se fait remarquer en jouant Hamlet. Il décroche alors son premier rôle dans la pièce Another Country de Julian Mitchell, qui lui permet de faire ses débuts sur grand écran avec Rupert Everett dans la version cinéma de Marek Kanievska (1985), intitulée en français Histoire d'une trahison.
L'acteur fait le choix de poursuivre sa carrière à la fois au cinéma et à la télévision, et rencontre le succès avec deux films en costumes, prémices d'une longue série. Dans l'adaptation éblouissante des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos par Milos Forman (1989), il interprète ainsi le séduisant Vicomte de Valmont qui donne son nom au film et pervertit la jeunesse innocente et les femmes mariées en compagnie de la sournoise Marquise de Merteuil. Puis l'acteur devient pour toute une génération de téléspectatrices l'orgueilleux Mr. Darcy dans l'adaptation culte par la BBC d'Orgueil et préjugés (1995), le roman le plus célèbre de Jane Austen.  
Colin Firth collectionne ensuite les seconds rôles. Il incarne Geoffrey Clifton, le mari trompé et désespéré de Katharine (Kristin Scott Thomas) dans Le Patient anglais d'Anthony Minghella (1997). Et poursuit sa carrière avec le méchant Lord Wessex, repoussé par sa promise Lady Viola pour les beaux yeux de William Shakespeare dans Shakespeare in Love de John Madden (1999). Des personnages d'amoureux délaissés qui lui colleront à la peau dans la majorité de ses films suivants.

 

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L'éternel amant éconduit
Colin Firth revient sur le devant de la scène en damnant le pion à Hugh Grant dans l'adaptation du best-seller Le Journal de Bridget Jones par Sharon Maguire (2001). Un rôle prédestiné puisque la romancière Helen Fielding avoue s'être inspirée du comédien pour créer le personnage fringuant de Mark Darcy. Le succès du film le conduira à reprendre le flambeau dans Bridget Jones : l'âge de raison de Beeban Kidron (2004), puis à enchaîner les comédies romantiques.
L'Importance d'être constant d'Oliver Parker (2003) lui permet de renouer avec le théâtre et les costumes d'époque, en jouant le gentleman très british de la pièce d'Oscar Wilde aux côtés de Rupert Everett. Il devient ensuite un écrivain au coeur brisé dans Love Actually de Richard Curtis (2003), un jeune veuf débordé par l'éducation de ses sept enfants dans Nanny McPhee de Kirk Jones (2006), un père divorcé attentionné dans Une Histoire de famille de Helen Hunt (2008), le futur mari abandonné d'Uma Thurman dans Un Mari de trop de Griffin Dunne (2008) et enfin le beau-père sarcastique d'une aventurière des années 20 dans Un mariage de rêve de Stephan Elliott (2009), où il se retrouve de nouveau marié à Kristin Scott Thomas.
Entre-temps, l'acteur s'aventure discrètement vers quelques rôles plus audacieux. Il change de registre pour le drame avec La Jeune fille à la perle de Peter Webber (2004), dans lequel il se glisse avec justesse dans les habits du peintre flamand Johannes Vermeer, sombre et impulsif, mais fasciné par la sensibilité de sa servante Griet. Il s'essaye aussi au péplum avec La Dernière légion de Doug Lefler (2007), où il interprète le loyal commandant Aurelius, chargé de protéger le dernier des César par le maniement de l'épée. Il va même jusqu'à pousser la chansonnette dans la comédie musicale Mamma Mia ! de Phyllida Lloyd (2008) et se mettre à la performance capture pour un petit rôle dans Le Drôle de Noël de Scrooge de Robert Zemeckis (2009).
Colin Firth semble donc multiplier les rôles sans grande envergure, mais l'acteur attend tout simplement son heure et sa patience va bientôt être récompensée.

 

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La consécration
Ainsi abonné aux personnages de comédies légères, on en oublierait presque sa première incursion dans le cercle fermé des « acteurs de composition ». La vérité nue d'Atom Egoyan l'entraîne en effet dès 2005 vers davantage de gravité. Ce thriller sulfureux lui permet d'entrer dans la peau de l'insaisissable Vince Collins, un comique célèbre aux Etats-Unis pour son duo avec Lanny Morris qui fit à la fois hurler de rire et pleurer d'émotions l'Amérique de la fin des années 1950. A l'apogée de leur carrière, les deux compères verront leur réputation ternie durablement par la mort mystérieuse d'une jeune femme dans leur suite.
Cependant, c'est le couturier Tom Ford qui révèle toute l'étendue de son talent dans son premier film A Single Man (24 février 2010). Colin Firth crève l'écran en professeur d'université guindé, la soixantaine affirmée, incapable de surmonter la disparition brutale de son compagnon. Un rôle bien éloigné de la réalité puisque Colin Firth est marié à la productrice italienne Livia Giuggioli depuis 1997, père de trois enfants et n'a même pas 50 ans. Cette prestation tout en retenue et en émotions rentrées lui a déjà valu la Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise, une nomination aux Golden Globes et peut-être bientôt un Oscar.
Une grande nouveauté, malgré le fait que l'acteur reste une fois encore associé à son allure british distinguée. Et ça ne risque pas de s'arranger puisqu'il n'interprètera rien de moins que le Roi d'Angleterre George VI, père de l'actuelle Reine Elizabeth II, dans le prochain film de Tom Hooper intitulé The King's speech. A croire qu'il le fait exprès pour qu'un simple rôle d'ouvrier lui permette un jour à coup sûr de se faire remarquer. Reste à trouver le réalisateur qui osera proposer ce contre-emploi moins valorisé à un acteur de cette qualité.

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