Alors que la rédaction d'Excessif croise le fer depuis des semaines à chaque pause-déjeuner dans l'attente de ce 17 aout. Retour sur les origines de Conan, un film très attendu réalisé par Marcus Nispel avec Jason Momoa dans le rôle titre, et sur l'univers dont il s'inspire.

En lettres de sang : la plume ou le glaive ?
Sans pour autant tendre à l'exhaustivité, comme nous avons pu le faire pour notre dossier sur les différentes adaptations des aventures du cimmérien, il semblait nécessaire d'effectuer un rapide retour en arrière sur les raisons de la renaissance, cette année, du colosse barbare sur grand écran.
Un écrin culte
A l'origine du film que vous découvrez ce mercredi sur les écrans, des nouvelles aujourd'hui devenu pierres fondatrices de l' Heroic Fantasy. Sorti de l'imagination de l'écrivain Robert E. Howard né au début du 20e siècle, ces récits font partie d'une pléthore d'aventures et de personnages où s'entremêlent sauvagerie, récits aventureux plus ou moins sombres, et personnages charismatiques.
Ces derniers ont d'ailleurs, pour nombre d'entre eux, déjà fait l'objet d'adaptations cinématographiques : Solomon Kane, Kull, Conan bien sûr, ou Red Sonya réadaptée pour devenir Kalidor...
Les premières apparitions du barbare remontent elles à 1932, dans les pages du magazine Weird Tales. Ces différentes nouvelles, eu égard au format particulier d'un magazine, se verront plus tard rassemblées pour former différents ouvrages. Le succès lui, fera son apparition de manière assez inattendue, notamment par le biais de L. Sprague De Camp. En effet, ce dernier retoucha, diffusa, et modifia nombre des récits du talentueux écrivain, accouchant d'un héros aux multiples visages, entre brumes manuscrites et confuses rééditions...
On ne compte plus aujourd'hui les livres, bandes dessinées, comics, jeux vidéo ou produits dérivés s'inspirant plus ou moins ouvertement de notre célèbre héros. Mais ceci est une autre histoire...
Un univers unique
Les aventures du barbare, à l'instar de l'excellente série Game of Thrones, se situent dans un passé que l'on pourrait qualifier de « mythique ». Inspiré de lectures mythologiques, « l'âge hyborien » où se situent les différentes intrigues trouve sa signification entre la chute de l'Atlantide et l'essor de certaines civilisations aujourd'hui déchues, comme la Grèce antique par exemple.
Puisant son existence d'une contrée bien réelle située non loin de l'actuel Iran, le cimmérien et la vingtaine de nouvelles qui le narrent, se veulent un savant mélange de récits épiques à l'influence Lovecraftienne. Les deux auteurs entretiendront d'ailleurs une correspondance par l'entremise du magazine précité. Des récits qui, pour les plus réussis, entretiennent un certain pessimisme quant à la futilité de la civilisation et son inéluctable déchéance. Petit à petit, le récit se voudra malheureusement victime de son succès. Alignant les pastiches tous plus improbables les uns que les autres, les adaptations suivantes font d'un guerrier vif, agile, et à la volonté de fer : un analphabète aux muscles hypertrophiés et aux compagnes fort peu farouches... A la fin du 20e siècle, la parution des écrits (que l'on espère) originaux, notamment en France sous la tutelle de Bragelonne, redonnent à l'invincible ses lettres de noblesse.

Conan le barbare : une pellicule rouge-sang
Dans les années 80, John Milius, responsable de la première adaptation cinématographique du barbare souhaite développer une véritable franchise. Malheureusement, au regard du succès commercial relatif du film et aux difficultés financières du célèbre producteur Dino De Laurentiis, le chef d'œuvre de Milius ne connaitra qu'une piètre suite : Conan le destructeur.
Ne reflétant que peu les écrits originels, celle-ci est un véritable désastre artistique...
Nous reviendrons pourtant sur les deux œuvres précités et de manière plus exhaustive au cours de notre dossier leur étant consacré.
Alternances de références plus ou moins judicieuses (comme Les Sept samouraïs d'Akira Kurosawa), celles-ci auront pourtant le mérite de dévoiler au grand jour la futur star des années 80/90, et champion du monde de culturisme : Arnold Schwarzenegger.
Oliver Stone poursuivant le travail des auteurs de Marvel, John Milius : scénariste d'Apocalypse Now et Dirty Harry à la barre, Conan le barbare est aujourd'hui considéré comme l'un des plus beaux films épiques jamais réalisé. Mais qu'en est-il du métrage qui nous intéresse aujourd'hui ?
Genèse et caractéristiques d'une relecture originale
Difficile en effet de succéder à l'incroyable prestation du Terminator et à l'ambiance instaurée par John Milius. Il semble pourtant, malgré les pétitions réclamant l'arrêt de son développement, que le film de Marcus Nispel en mette bientôt plein les mirettes des spectateurs. Alors que Robert Rodriguez ou les frères Wachowski furent un temps envisagés, c'est donc au cinéaste Marcus Nispel qu'incombe la lourde tâche de redonner un second souffle à une franchise depuis longtemps érigé en porte-étendard du genre.
Pour le réalisateur, l'approche du cinéma par le vecteur du remake n'est toutefois pas une nouveauté. Déjà auteur des relectures de Vendredi 13 ou Massacre à la tronçonneuse (difficile de faire plus culte !), le metteur en scène s'en tire (au moins avec le second) avec les honneurs. Souhaitant rassurer les aficionados de la première heure, le réalisateur confie: « je souhaite donner aux spectateurs ce qu'ils veulent, mais pas forcément ce qu'ils attendent ». Un cabotinage bienvenu et intriguant. Loin d'édulcorer son propos, le film s'est vu interdit aux moins de 17 ans non accompagnés dans le pays de l'Oncle Sam. Voilà de quoi contenter les plus fébriles.
Pourtant, sans pour autant s'affranchir de révérence, la vision du cinéaste s'éloigne, tout comme le film de Milius, des origines littéraires pures du personnage. Une histoire somme toute classique, revenant aux sources du cimmérien dans son étude de caractère, mais dont l'intrigue ne se retrouve pas mot pour mot dans les écrits Howardien. Une quête vengeresse réclamant réparation après le meurtre du père et le massacre du village.
Le saviez-vous ?
Alors que Kellan Kurtz de Twilight ou, plus proche de l'obtention, Jared Padalecki (déjà vu dans le Vendredi 13 de Nispel) furent un temps envisagé, c'est donc Jason Momoa, le colosse aperçu dans Stargate Atlantis ou Alerte à Malibu (sic), qui recevra les faveurs des producteurs. Impossible en effet de ne pas se rendre compte de la prise de muscle insolente de l'acteur. Impossible également de nier une certaine souplesse et un jeu moins monolithique que son prédécesseur, se rapprochant pour le coup, du personnage créé par Howard. Bluffant le directeur de casting du Trône de fer avec un haka anthologique, celui-ci se retrouvant également à la direction d'acteurs de Conan, il n'eut pas longtemps à réfléchir avant de susurrer un nom à ses mécènes... Ne voulant singer son illustre ainé, Jason Momoa souhaite ainsi revenir à une interprétation plus proche des écrits originaux. Il rejoint en cela un réalisateur affirmant éclairer son film de manière graphique et « le filmer comme une peinture ».
Ne cachant pas son admiration pour le dessinateur Franck Frazetta, le cinéaste entend y apporter fulgurance visuelle et beauté formelle. Pour les plus dubitatifs, sachez que tout récemment, un tableau du dessinateur, lors d'une vente privée en marge du Comic-Con de San Diego, a été vendu 1,5 million de dollars. Inutile donc de préciser l'idée judicieuse que de s'inspirer du travail du peintre. Un artiste qui réalisa dans les années 70 des dizaines d'œuvres inspirées de l'univers de Robert E. Howard.

Un univers fascinant, où l'entrelacement de la pensée Nietzschéenne, de la force brute, et d'un univers inspiré, peut donner lieu à une expérience unique et définitive.
Implorons donc Crom pour que nos prières soient exaucées !

