Coursier, c'est la comédie d'action explosive de ce début d'année, avec Michaël Youn en tête d'affiche. Rencontre avec un acteur satisfait

Par Lucie PEDROLA - publié le 22 février 2010 à 15h04 ,
MAJ le 23 février 2010 à 12h29 - 0 commentaire(s)

Coursier, c'est la comédie d'action explosive de ce début d'année, avec Michaël Youn en tête d'affiche. L'ancien trublion du Morning Live met de côté le show pour faire l'acteur en incarnant Sam, coursier pris dans une affaire de crime organisé un peu trop imposante pour son deux roues, le jour du mariage de sa belle-sœur pour ne pas arranger ses petits problèmes de couple... Michaël Youn ne cherche pas la métamorphose et ne joue pas au faux Tchao Pantin. On le rencontre simplement en acteur satisfait d'un projet qui devrait sortir une partie de son talent de la confidentialité.
 
Vous vous êtes engagé assez tôt dans Coursier. Qu'est-ce qui vous a interpellé et donné envie de faire partie de cette histoire ?
Michaël Youn : En fait, ça fait très longtemps que je suis sur ce projet, ils m'avaient envoyé le scénario en 2004 ou 2005. Je ne l'avais pas lu et puis on m'a dit que c'était super bien. Le temps que je le lise, que je rappelle, [Hervé Renoh] avait pris un autre acteur pour le rôle de Sam. Finalement le film n'a pas pu se faire pour des raisons de budget, etc. Et il m'a rappelé trois ans plus tard pour me dire : « Si tu es toujours sur le coup, moi aussi ». Nous avons fait beaucoup de réunions, pas de réécriture mais plus du brainstorming sur la direction que devait prendre le scénario. Parce qu'à la base, le film qui m'avait plu était un peu plus noir, sombre, plus sur la société tentaculaire qu'est la Sphère. On se disait : « Ça va être difficile d'aller chercher la comédie », donc nous avons essayé de renforcer l'histoire d'amour, renforcer la comédie tout en gardant la sincérité des personnages, un jeu en retenue. J'étais toujours autant amoureux de cette histoire. Ça me plaisait de pouvoir me dire que je pouvais être John McClane, un average guy à qui il arrive des choses extraordinaires, qui, à la base est plutôt, comme je le dis, un « enfulte » : un mélange d'enfant et d'adulte, une espèce d'ado attardé qui va devoir se dépasser, devenir actif, prendre ses responsabilités, devenir un homme, avec ce que ça demande de testostérones, de courage pour pouvoir sauver celle qu'il aime. Ça me plaisait de me battre, pas que pour faire rire les gens, d'ailleurs dans le film, c'est plutôt Géraldine qui assure la comédie. Ça me plaisait de me battre pour une histoire d'amour, quelque chose, sans aller jusqu'à de la profondeur, de dense, de vrai. 

 


Le mélange comédie, action, histoire d'amour est étonnant. On ne voit pas beaucoup ça dans les comédies françaises.
Je crois que c'est parce que c'est difficile à réaliser. J'espère que pour nous, c'est réussi, mais le dosage est compliqué. Il faut se dire : « L'action, il ne faut pas trop en mettre, mais un petit peu quand même... ». Parce que c'est ce qui renforce aussi la dramaturgie de l'histoire, montrer qu'il se passe des choses vraies, dures et incroyables. En même temps il faut que ça reste une comédie, un divertissement. Mais tout ça n'a pas de sens si derrière, il n'y a pas quelque chose de fondamental, en l'occurrence, l'amour que Sam et Nadia se portent.

 

 

"Ça me plaisait de pouvoir me dire que je pouvais être John McClane"

 


On croit vraiment à ce couple, c'est une des parties réussies du film, il est amusant et attachant.
Avec Géraldine, je ne sais pas si elle vous en a parlé, on ne se connaissait pas. J'ai insisté pour que ce soit elle qui soit prise pour le rôle, et aussi pour que son personnage soit développé un peu plus à l'écriture. Puis, dès qu'elle a été choisie, j'ai voulu qu'on se voie, pour passer du temps ensemble, pour travailler mais pas que pour travailler, pour la voir faire ses imitations de Sara Forestier ou Lara Fabian, pour rire avec elle. Ensuite, cette espèce d'échange, de communion entre nous existait sur le tournage. Nous n'avions pas besoin d'entendre « Action ! », nous étions dans la même énergie en dehors ou pendant les scènes. Notre couple existait et d'ailleurs ça n'a pas changé aujourd'hui. C'est une fille que j'aime, que je trouve immensément talentueuse. Je crois que c'est quelqu'un qui va beaucoup compter dans le cinéma dans les années qui viennent et ce qui est génial, c'est qu'elle n'a pas besoin de susciter le désir des autres, elle sait écrire les choses elle-même. Je suis très fier d'avoir croisé sa route et d'avoir fait un film avec elle. Ca me donne envie aussi d'être encore plus curieux et d'aller dans des univers qui ne sont pas forcément les miens. Je n'étais pas sûr d'être le mec idéal pour tourner dans une comédie romantique, maintenant je me dis : « Pourquoi pas ? ».Avec Géraldine en tout cas !
 
Une des caractéristiques du film, on va beaucoup vous en parler, c'est de vous donner un rôle plus sobre que d'habitude. Ce changement de registre est-il important pour vous ?
Je ne vais pas dire que c'est important et je ne vais pas dire non plus que c'est un changement de registre, parce que ce sont des choses que j'avais déjà faites avant mais qui avaient peut-être été plus confidentielles. J'ai joué notamment dans Héros (thriller de Bruno Merle sorti en 2007 avec aussi Patrick Chesnais, ndr), un film très noir, très dur. J'ai fait aussi du théâtre mais c'est vrai que maintenant ça remonte aux calendes grecques. Je suis malheureusement quelqu'un qui se lasse très, très vite. C'est important que je continue à m'amuser, à me faire plaisir. De changer d'univers, d'être curieux, d'aller à gauche, à droite, de chanter, de faire de la scène, de la comédie, après un film qui n'est plus une comédie... J'ai toujours eu l'impression d'être multi groove et pluriculturel. Maintenant... Il y a beaucoup de gens qui m'aiment et beaucoup de gens qui ne m'aiment pas du tout, je laisse rarement indifférent, soit on aime mon outrance, soit au contraire on la déteste. Je suis ravi si maintenant je peux susciter une espèce de « milieu » et que des gens qui n'aiment pas trop mon humour peuvent m'aimer dans un rôle un peu plus premier degré, plus sincère, dans la retenue. Je ne fais pas ce métier que pour être aimé, je le fais aussi parce que j'ai des choses à dire, que j'ai une quête personnelle. Mais je suis ravi si je peux susciter un peu plus d'amour chez les gens, oui, avec plaisir.
 
Vous dites que c'est Géraldine Nakache qui assure la comédie, c'est vrai que votre personnage est en définitive très préoccupé...
Il n'a pas le temps ! Il n'a pas le temps de s'occuper de la comédie !
 
Avez-vous envie de jouer des rôles véritablement plus sombres ?
Comme je vous le disais, je l'ai fait dans Héros qui, malheureusement, n'a pas été beaucoup vu. C'était un film tellement « spé », aussi... Ca me plairait parce que j'ai beaucoup de violence en moi, je ne vais pas dire que derrière chaque comique se cache quelqu'un de très noir mais en tout cas, j'ai une rage. Parfois je dis : « Je ne suis qu'un cri ». Et je suis sûr que ça pourrait être exploité par quelqu'un mais il faudrait que j'aie entièrement confiance en lui, que je puisse accepter d'être totalement désinhibé, de me mettre à poil au sens figuré, véritablement. Il faut des gens avec beaucoup de talent, il faut un Chéreau, un Audiard. Et pour l'instant, je ne vais pas vous mentir, ils ne m'appellent pas. Mais ce n'est pas grave, j'ai d'autres quêtes, tout aussi importantes. Je n'ai pas forcément besoin de faire mon Tchao Pantin. Si un jour, ça arrive, je serai ravi mais je ne suis pas désespéré.

 

 

"Je n'étais pas sûr d'être le mec idéal pour tourner dans une comédie romantique" 

 


Avec Géraldine Nakache, vous passez tous les deux à la réalisation.
Nous en parlions beaucoup, mais ce qui était délicat, c'était pour Hervé. Parce que quand vous avez deux jeunes réalisateurs dans vos deux rôles principaux, ils sont très, très chiants, ils sont en train de commencer à angoisser pour leur film, ils extériorisent un peu leurs angoisses en vous les passant. Moi, j'allais voir Hervé, je lui parlais du rythme des scènes, de la caméra, pourquoi il la plaçait comme ça, etc. Géraldine,  elle allait lui dire « Le dialogue ceci, le dialogue cela. Lui, il ne joue pas bien, est-ce que tu ne crois pas qu'il faudrait... ». Donc, ça devient vite compliqué pour lui. Pour nous c'était bien parce qu'en fait, sans s'en rendre compte, on était en train de réaliser notre film sur le film de quelqu'un d'autre. Donc c'était un peu un galop d'essai. Tout le prestige revient à Hervé qui nous a supportés. Surtout me supporter, moi, parce que Géraldine est quelqu'un de... Je ne vais pas dire respectueux parce que ce serait vraiment dire des saloperies sur moi, mais j'ai du mal à garder ma langue dans ma poche, je suis assez direct, donc quand quelque chose ne me plaît pas, je ne vais pas tourner autour du pot, j'y vais tout de suite. Géraldine est un peu plus diplomate. Je sais qu'Hervé a souffert avec moi, mais en même temps, je me battais pour le film, pas pour mon égo, pour mon personnage, ou ma carrière ou quoi que ce soit. Je me suis toujours battu pour le film, dans le sens de l'histoire, ça s'est encore fait au montage et là pour le coup on s'est battu du même côté et aujourd'hui je continue d'être très fier du film. Je le trouve tendre, même pour une comédie d'action, je le trouve sans prétention et bourré d'énergie.

 

Coursier de Hervé Renoh
 
Ce serait amusant de voir s'il y a une influence de Coursier sur Fatal, votre film.
Est-ce qu'il y a des scènes de Coursier dans Fatal ? Non, parce que moi j'ai d'autres références qui sont plus proches de Will Ferrell ou de Ben Stiller, d'univers de comédies américaines... Maintenant, je suis sûr que d'avoir cet œil alerte sur Coursier m'a permis de ne pas trop faire d'erreurs sur Fatal. Même s'il y en a forcément sur un premier long-métrage. Je discutais avec le producteur du film, j'ai tournée cent heures de rushes, il m'a dit : « Elle est là ta première erreur, tu as trop tourné, trop d'angoisse ». Mais, oui, ça m'a sans doute aidé. Moi, j'ai décidé de passer à la réalisation après très peu de films. J'ai fait une douzaine de films et je me suis dit : « Bon, maintenant j'en suis capable ». Je ne dis pas que je suis un cinéaste, je n'ai pas forcément un propos sur l'image, mais j'ai en tout cas un propos dans Fatal, et je crois qu'il n'y a personne de mieux que moi pour le transmettre. Je ne veux pas donner mon bébé à quelqu'un d'autre parce que forcément, il va y avoir une déperdition dans la formation, dans le sens, etc. Donc oui, je me suis inconsciemment servi de Coursier pour savoir ce que j'allais faire sur Fatal. Forcément.
 
Pour revenir à Coursier, il y a de nombreux seconds rôles de qualité...
Didier Flamand a fait des trucs supers, il joue mon père. Et puis, deux mecs du Comedy Club, Fatsah (Bouyamed, ndr) et Frédéric Chau qui sont aussi très, très sympas.
 

 

"c'est ce que j'ai envie de faire dorénavant, de trouver une idée et de passer un an et demi, deux ans sur un projet pour présenter mon bébé

 


Est-ce qu'il y a eu une rencontre particulière pour vous ?
Ça a été vraiment une aventure humaine pendant le film. A part avec Géraldine, on ne s'est pas vraiment revu depuis. Mais c'est vrai que ça s'est fait vraiment dans l'harmonie, avec beaucoup de lectures le week-end. Alors au début, tu y vas en traînant les pieds. Les acteurs français n'aiment pas répéter. Moi non plus d'ailleurs, parce que je suis un acteur français, voilà. On n'aime pas répéter parce que c'est dur et puis c'est ingrat les répétitions. On s'est un peu tous pris par la main. Tous les samedis, tous les dimanches, nous allions faire des lectures, même pendant le film. Et puis nous avons commencé à s'échanger des lignes de dialogue, des intentions. C'est super quand tu fais ça, sans aucune hiérarchie, nous étions tous au même niveau. Géraldine n'hésitait pas à me donner des idées, moi j'en donnais aussi à Fred et Fatsah. Nous avons vraiment échangé comme ça, sans problèmes d'égos, c'était très reposant, parce que ce n'est pas toujours le cas. J'ai fait d'autres films collégiaux que je ne citerai pas, où ça devient très vite le concours de celui qui va être le plus drôle et c'est épuisant ! C'est tellement mieux quand ça se passe comme ça, dans l'harmonie, où tout le monde donne à tout le monde.
 
On se demande souvent quelle est l'atmosphère sur le plateau des comédies. Votre personnage est stressé d'un bout à l'autre du film, comment ça se passait pour vous ?
De toute façon, moi, sur un tournage je suis stressé, je suis dans une angoisse qui, j'espère, est créative. Mais je suis dans une angoisse parce que j'ai envie de bien faire, je suis dans la composition, la recherche. Donc quand on cherche on n'est pas « Ah ! Je cherche... ». On est plutôt (le visage concentré) « Ah ! Je cherche ! »... (Rires) Ça, ça va être facile à écrire. Maintenant, ce qui était bien, c'est que, c'est la crise, il n'y a plus d'argent, donc le tournage est restreint en nombre de jours. Entre les prises, il y avait beaucoup d'énergie et ça tombait bien parce que pendant les prises on devait avoir aussi cette énergie. Ca me permettait de rester constant et pendant les trois mois du tournage, j'étais sur la même énergie à partir du moment où je me levais, jusqu'au soir où je rentrais chez moi. C'est pratique quand on n'a pas à faire de soudure entre le in et le off, d'être constant, d'être ton personnage même quand tu rentres dans ta voiture pour rentrer chez toi. Quand ce sont des rôles avec deux amants qui se déchirent et que tu rentres chez toi, tu retrouves ta femme avec qui tout se passe bien, il peut y avoir des problèmes de dualité. Là, avec ce personnage stressé, tendu, quand je suis sur un tournage, de toute façon je suis stressé, tendu, c'était pratique, pour une fois.

 

Coursier de Hervé Renoh
 
Vous avez beaucoup évolué dans l'audiovisuel. Qu'est ce qui vous intéresse aujourd'hui, dans le cinéma ?
Je suis très content de pouvoir faire rire les gens, c'est quelque chose que je trouve assez noble et généreux, même si je ne veux pas faire que ça, j'ai vraiment envie de continuer et en être à l'initiative, encore plus. J'ai eu une expérience terriblement difficile et en même temps enrichissante avec l'écriture et la réalisation  de mon propre film, parce que c'est dur. Mais c'est ce que j'ai envie de faire dorénavant, de trouver une idée et de passer un an et demi, deux ans sur un projet pour présenter mon bébé. J'espère qu'au bout d'une semaine, ce ne sera pas rangé dans une poubelle parce que c'est ça qui peut être dur aussi. Quand au bout d'une semaine, déjà, ça y est c'est fini, après y avoir consacré deux ans de ta vie. Mais j'ai envie, en tout cas, de construire des projets plus solides et plus larges et pour ça, de m'y mettre dès le départ.
 
 
Propos recueillis par Lucie PEDROLA
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