Hervé Renoh voit sa comédie d'action comme une fusion d'influences très diverses pour un mélange résolument moderne

Par Lucie PEDROLA - publié le 24 février 2010 à 16h24
0 commentaire(s)

Le réalisateur de Coursier a décidé de se faire plaisir et espère bien vous faire plaisir. Après avoir suivi son héros exténué dans les rues de Paris, nous avons rencontré celui qui a fait cavaler Michaël Youn. Plein d'un enthousiasme gourmand, Hervé Renoh voit sa comédie d'action comme une fusion d'influences très diverses pour un mélange résolument moderne.


Coursier confronte des trames multiples, un couple en mauvaise posture, une relation père-fils difficile, un homme qui tente d'évoluer dans son travail et une embrouille mafieuse. Qu'est-ce que vous teniez à raconter dans votre film ?
Au départ, il y a l'envie de se faire plaisir, de retrouver le plaisir complètement enfantin et ludique du cinoche. Je voulais raconter toutes sortes d'histoires à la fois qui n'en fasse qu'une seule, j'aimais bien l'idée de fusionner plusieurs genres cinématographiques. Coursier, c'est une comédie, un film d'action, un film policier et c'est aussi l'histoire d'un couple. C'est mon côté gourmand.

 

Coursier de Hervé Renoh
 
Justement, comment fait-on ce mélange, comment le théorise-t-on, s'il y a lieu ?
Dans Coursier, il y a ce que j'appelle l' « approche fusionnelle ». Il existe la cuisine fusion, la musique fusion... Cette fusion, je trouve que c'est la modernité du film, ce que je voulais faire, c'était trouver ce qui me plaît le plus dans chacun de ces ingrédients pour en faire ma propre cuisine et réaliser un film qui me plaise avant tout à moi, en tant que spectateur. On a la chance formidable aujourd'hui, en tant qu'artiste, d'être libéré de toute contrainte. C'est-à-dire que le public est tellement éduqué dans ses goûts qu'il peut accepter des idées qui viennent aussi bien du cinéma Bollywood, que du cinéma russe, français... On a la liberté de tout mélanger, de tout faire. Ce qui est formidable, c'est de prendre tous ces ingrédients et d'en faire ce qui symbolise, je crois, le propre de nos cultures modernes, une espèce de métissage, de temps zéro où tout devient possible. Et en même temps, il faut inventer chaque jour une forme nouvelle de cinéma. Dans les succès récents, que ce soit Le Concert, Slumdog Millionaire, I love you Phillip Morris qui va sortir et est parti pour faire un carton... ce sont les films les plus improbables, des ovnis, qui attirent le public, parce que les gens ont envie de voir quelque chose qui correspond à l'époque. Aujourd'hui, l'époque est totalement fusionnelle. Par exemple, dans la musique, depuis qu'il y a le téléchargement, les gens écoutent du rap, de la world music, du jazz, du classique, de la pop en même temps, tout mélangé. C'est ce qui fait, je pense, le propre de notre époque... Coursier est dans cette démarche là, dans l'idée de fusion des genres, des influences, il y a du film hollywoodien, un côté Piège de Cristal avec le héros à la John McClane qui n'arrête pas de se faire tirer dessus ; il y a de la comédie française traditionnelle, façon Rabbi Jacob ou les films de Philippe de Broca, L'homme de Rio, cet amour pour la comédie de dialogues. Mais il y a aussi de la comédie italienne des années 1960-70 avec tous ces personnages extrêmement volubiles. Il y a de la comédie Hollywood des années 1930. Tous ces mélanges font un film qui, à mon avis, est moderne parce qu'il s'est affranchi de tout ça et trouve sa propre identité.

 

"retrouver le plaisir complètement enfantin et ludique du cinoche"
 
On sent aussi pas mal de Guy Ritchie dans vos influences...
Complètement. Sans comparer ce qui n'est pas comparable, des cinéastes comme Tarantino ont ouvert la voie en recyclant du cinéma qu'ils aimaient pour en faire leur propre cinéma. Aujourd'hui, ce n'est pas une démarche consciente, mais on a au moins cette liberté de se dire « Je me permets de piocher, de faire du sampling » un peu comme les video-DJ qui font du sampling visuel. Et c'est ce mélange là qui rend moderne, qui fait notre culture et notre identité.
A propos de la scène dans l'ascenseur avec les Japonaises choquées, c'est très particulier comme forme d'humour et c'est ultra moderne. Ce n'est même pas traduit, et le plus drôle, c'est qu'on ne comprend pas ce qu'elles disent, c'est quand même un peu spécial comme humour (rires). Il n'y a pas besoin, on comprend très bien juste à leur expression.
 
Le film s'amuse à désamorcer l'héroïsme de tous les personnages, comme Louise qui apparaît comme une James Bond girl avant de se montrer plus sensible, ou, bien sûr, Sam, qui peut raccrocher au nez de ceux qui le menacent en leur disant « Je te rappelle plus tard »...
Je voulais que le film soit ancré dans le réel, qu'on se dise à tout moment que cela peut vraiment arriver. On assiste à une histoire incroyable qui arrive à un pauvre gars qui pourrait être notre meilleur pote. Je voulais qu'on soit en temps réel avec lui, il ne devait pas y avoir de distanciation. Donc c'est important que les personnages réagissent de la façon la plus vraie possible. Mon film est basé sur la sincérité ; quand j'ai écrit le scénario, quand nous l'avons retravaillé avec Michaël ou avec Pierre-Ange le Pogam, le producteur, à chaque fois nous nous disions : « Ok, c'est une situation de cinéma, le mec se retrouve pris dans une fusillade. On s'attend à ce qu'il dise : « Barrez-vous ! Je vous couvre ! ». Maintenant dans la vraie vie, qu'est-ce que tu fais ? Dans une fusillade, on te tire dessus de tous les côtés... (en riant  et en criant) : Je me barre !! ». Mais c'est ça qui est drôle, la part de nous qui est là-dedans. Assumons-le, Sam, ce n'est pas un héros, c'est vraiment nous. Faisons quelque chose qui nous ressemble, qui ne soit pas dans un calcul mais dans la sincérité. Je pense que c'est ce qui touche les spectateurs du film. Dans ce genre de cinéma très codifié, on a tellement vu ça des milliers de fois, les méchants qui tirent sur le héros, etc., si on ne brise pas les codes, on n'amène rien de nouveau. Nous avons brisé les codes tout en gardant ce qui nous éclate dans ce cinéma-là.
  

Coursier de Hervé Renoh


Il y a cette sincérité aussi dans la partie comédie romantique avec le couple de Sam et Nadia.
C'était l'enjeu clé du film. Il repose sur l'attachement qu'on a pour ce couple. C'était très important que dès le début on ait envie d'aimer ce couple, qu'il lui arrive de bonnes choses. C'est vrai que ça s'est passé dans une rencontre entre deux comédiens. Comme on dit, c'est la magie du cinéma, ça se fait ou ça ne se fait pas. Là, ça s'est fait, parce que Michaël était présent aux essais, il a joué avec [Géraldine Nakache], comme avec d'autres comédiennes mais il sentait bien qu'il y avait un truc qui se passait, ils étaient sur la même longueur d'ondes. Quand on les voit côte à côte dans la vie, il y a une évidence. Ces deux là auraient pu être en couple, ils ont de l'humour, ils ont le même genre de volonté, ils sont très honnêtes, très passionnés, ils ont des personnalités qui se ressemblent. A l'arrivée, on peut avoir quelque chose qui paraît sincère, réel.
 
Dans Coursier, on sillonne Paris, le Paris touristique comme celui des Parisiens. Vous aviez envie de filmer la capitale ?
C'était une des volontés du film. J'adore Paris, je suis un amoureux de cette ville, je suis en deux-roues moi-même toute la journée (rires), je kiffe sur mon deux-roues, je me balade. C'est la plus belle ville du monde et en même temps, je trouve qu'on la représente souvent au cinéma, pas comme je la vis moi. On la prend comme une belle carte postale, pas comme la vit un Parisien, dans les embouteillages, le stress, les gens qui gueulent. Paris fait partie des personnages du film, de la même façon que les autres. On a tout le côté sublime, avec Montmartre la nuit, la basilique éclairée, Notre-Dame à la fin du film avec ce grand ciel bleu derrière, c'est magnifique. Et puis, la plupart du temps, on est dans les embouteillages, on est coincé boulevard Sébastopol, c'est pollué, c'est sale, ça gueule de partout (rires). J'aimais bien faire coexister tout ça parce que c'est le Paris que j'aime.

 

"Faisons quelque chose qui nous ressemble, qui ne soit pas dans un calcul mais dans la sincérité"
 
Vous avez des comédiens très créatifs comme les acteurs du Comedy Club Fréderic Chau et Fatsah Bouyamed. Vous avez laissé de la place à l'improvisation ?
Bien sûr. Nous avons beaucoup travaillé aux répétitions en fait. En tant que metteur en scène je me dois d'offrir un espace de jeu dans lequel les comédiens viennent et peuvent s'exprimer. Mon travail à moi c'est de faire en sorte que cet espace soit le plus libre possible pour que chacun puisse amener ce qu'il sait faire, des improvisations de dialogue, de gags, d'idées... Ça se fait en répétitions, avant le tournage, et une fois qu'on est sur le tournage, tout le monde est très préparé et on sait exactement ce qu'on a à faire.
  

Coursier de Hervé Renoh


Une des spécificités du film est de montrer Michaël Youn dans un rôle  moins exubérant. C'est une comédie mais il n'y est pas comique. Vous êtes content de lui avoir proposé ce rôle ?
C'est une rencontre qui s'est faite au bon moment. Nous nous sommes rencontrés au moment où Michaël avait envie de ce genre de rôle, où il était prêt à le faire parce que je pense qu'il a évolué dans sa vie, il a mûri en tant qu'être humain, il est plus âgé, il n'a plus 20 ans, il a une espèce de maturité nouvelle aujourd'hui qui fait qu'on le sent plus capable de se poser, de fonder une famille. La rencontre s'est faite très naturellement entre le rôle et le comédien. Il y a eu une évidence. Dès que je l'ai rencontré, il était très loin de l'image un peu caricaturale qu'on peut avoir de lui dans certains médias. C'est quelqu'un d'extrêmement humble, très bosseur, très courageux, terre à terre. Je me suis dit que c'était vraiment le personnage du coursier parisien, c'est lui. Ce n'est pas évident pour un comédien de se débarrasser des artifices qu'il a pu utiliser jusque-là dans sa carrière. Michaël a beaucoup travaillé sur les masques, il se déguisait, il se cachait derrière des personnages très forts. Là, il devient un personnage.
 
 
Propos recueillis par Lucie PEDROLA

 

 

RETROUVEZ L'INTERVIEW DE MICHAEL YOUN

 


Vos réactions


logAudience