Par - publié le 02 avril 2007 à 09h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h32 - 1 commentaire(s)
Vilain petit canard dans la filmographie du grand William Friedkin, taxé de tous les anathèmes homophobes et épinglé à sa sortie par différentes ligues, Cruising peut être considéré aujourd’hui comme l’un des meilleurs films de Willy le cinglé. Il ressort dans les salles françaises en mai prochain.



A l’origine, le canevas de Cruising souffle - voire transpire - le chaud comme le froid s’inspire d’une série de crimes identiques qui ont été commis à New York entre 1973 et 1979. Un panneau d’annonce dans le prologue nous affirme que beaucoup d’entre eux sont restés des énigmes et qu’ils sont sans doute l’œuvre du même assassin. Or, faux sujet de faux thriller : le plus important dans Cruising n’est pas tant l’enquête policière qui sert finalement de prétexte au portrait ambigu d’un homme en proie à de sérieuses questions autour de sa sexualité. L’officier de police Steve Burnes (Al Pacino, tout jeune, à deux doigts de renier le film tellement il s’était mal entendu avec Friedkin) découvre un monde interlope dont il ne soupçonnait même pas l’existence et qui chamboule tous ses repères : moraux, sociaux, affectifs, sexuels. En réalité, cette descente aux enfers va lui permettre de traquer la bête enfouie en lui (en nous) et en même temps d’apprendre à endurer la souffrance de se sentir marginal. Ce récit initiatique très osé pour l’époque qui reprend la formule du témoin du mal était très convoité par les cinéastes de l’époque. Repéré avec son long métrage Sœurs de sang, Brian de Palma devait au départ mettre en scène cette adaptation du roman éponyme de Gerald Walker. Pour d’obscures raisons (financières), le réalisateur d’Obsession abandonna le projet pour le laisser à William Friedkin et s’en alla tourner à la place son superbe Pulsions. Torturé jusque dans une structure narrative épousant la vie schizophrène du personnage principal, Cruising est scindé en deux parties a priori très distinctes qui semblent même ne pas appartenir au même ensemble. C’est pourquoi le film ne convainc pas totalement : il se refuse à toute explication tangible pour laisser un voile d’ambiguïté sur tout ce que nous venons de voir. Cette confusion est appuyée par un dénouement très déconcertant. Mais, avec le recul, il est finalement cohérent dans la thématique de Friedkin (réflexion sur les apparences et l’ambiguïté des êtres) et, surtout, avec un genre qui n’aime rien tant que les surprises perverses.



Aux dernières nouvelles, Friedkin souhaiterait comme pour L'exorciste il y a quelques années remonter le film avec des scènes coupées inédites et des inserts hard pour une sortie en dvd ou peut-être au cinéma. Ce n'est pas nécessairement une bonne nouvelle. Tel quel, dans cette version, avec ses ellipses équivoques, c’est pourtant l’exemple parfait du chef-d’œuvre maudit. Ressortie le 2 mai prochain.
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