La sortie d’une version plus longue de presque une demi heure de
Da Vinci Code avait de quoi exciter la curiosité. Qu’en est il ?
Adaptation du roman de Dan Brown, la version cinéma laissait en suspens de nombreuses questions liées à la conspiration ainsi que des personnages clefs tels que le commissaire Fache et surtout l’inquiétant moine Silas. Les fameuses minutes supplémentaires annoncées rendent le film encore plus le film intéressant pour ceux qui n'auraient pas lu le livre et encore plus fluide pour les fans les plus assidus ayant noté de nombreuses failles.
Pour ceux qui fantasmeraient sur l’apparition de séquences totalement inédites, il faudra passer son chemin, hormis une scène entière avec Etienne Chicot qui a pour conséquence de mettre plus de lumière sur l’étrange Teabing et une autre présentant Jean Réno sous une nouvelle facette. Constituée essentiellement de séquences rallongées, cette nouvelle version prend le parti de développer des personnalités à peine effleurées dans la version cinéma, et cela à travers 3 protagonistes :
Homme de main particulièrement sans pitié dans le roman, Silas n’était qu’un "simple tueur" aux origines obscures dans la version ciné. Et pourtant, le potentiel de ce personnage était énorme et avait de quoi susciter beaucoup d’interrogations et d’attirances. Rallongeant ainsi les flashs back sur ses conditions de détention, sur son passé de "tueur" et sur son arrivée au sein de l’Opus Dei, cette nouvelle version donne une autre dimension à Silas. Sans pour autant excuser la cruauté de ses crimes, le personnage devient malgré tout plus humain et crée même un sentiment de pitié à son égard chez le spectateur, à l'instar de ce que pouvait ressentir le lecteur du livre. Approfondir les origines tragiques de Silas est, en soi, une excellente initiative qui comble l’une des principales sources de frustration des fans du film.

Teabing (excellent Ian McKellen) se trouve, indirectement, un peu plus étoffé par le biais de l’excellente analyse du tableau de la cène (séquence maîtresse du film). Beaucoup plus fournie en explications (rajout essentiellement de lignes de dialogues très courtes), cette scène installe définitivement Teabing dans son rôle de passionné mais aborde aussi un coté un peu plus sombre de sa personnalité. Sans être flagrant par rapport au montage original, les contours d’un autre Teabing se dessinent furtivement, par le rajout de regards, gestes et autres phrases à double sens. Amené discrètement, ces rajouts concourent à rendre plus opaques les desseins de ce curieux personnage.
Dans une moindre mesure, le commissaire Bézu Fache fait l’objet d’un traitement plus profond avec quelques saynètes qui vont accentuer son coté froid et énigmatique. Au fil de l’histoire, le personnage de Jean Reno se développe, apparaissant tour à tour inquiétant, dangereux mais aussi en proie au doute et à la peur de faire fausse route. Il quitte un peu plus son étiquette de classique « Bad Guy » à la solde d‘une sombre organisation. A ce sujet, son implication au sein de l’Opus Dei devient plus compréhensible et plus claire. Sa traque de Robert Langdon prend un sens nouveau. Vers la fin du film, une toute nouvelle séquence va permettre de réhabiliter Fache au yeux du public...
Etienne Chicot a même droit à sa toute nouvelle séquence, mais qui a pour but de souligner un peu plus (un peu trop ?) la révélation du vrai méchant de l’histoire.
ConclusionLa version longue alterne donc des prolongements de séquences très intéressants mais aussi de simples plans "chocs" tels qu’un plan furtif sur les blessures de Jean Pierre Marielle, des flashs-backs avec les templiers un peu plus explicites ou encore la séquence au bois de Boulogne rallongée de quelques plans de prostitués absents du montage initial.
Cette version longue offre un prolongement cohérent de l’intrigue en insistant surtout sur les personnages. Le film, étant déjà très exhaustif au niveau de l’adaptation, ne pouvait pas être modifié avec de toutes nouvelles séquences sans cohérences avec l’ensemble que tout le monde connaît. Ainsi, ce nouveau montage a donc l’intelligence de se démarquer des nombreuses "fausses director’s cut" que l'on trouve parfois en DVD, en proposant une vision plus fine. Et cette finesse passe évidemment par un traitement encore plus soigné des personnages et notamment le plus charismatique de tous, le moine Silas.