Alors que son excellent
Hard Candy va sortir fin septembre dans l’Hexagone (avec beaucoup de retard par rapport aux autres pays), David Slade tourne actuellement son nouveau long métrage:
30 days of Night, un film fantastique glaçant sur l’assaut de vampires furibards et assoiffés de sang dans une ville paumée en Alaska. Ça donne envie.
David Slade est un réalisateur rusé et chanceux. Particulièrement inventif et contemporain,
Hard Candy, produit par Lions Gate films, a rappelé qu’économie de moyens pouvait rimer avec efficacité immédiate et malaise durable. Non content d’avoir arpenté les festivals du monde entier (il était d’ailleurs en compétition au dernier festival du film américain de Deauville), le film qui narre la rencontre via Internet d’une jeune adolescente de 14 ans et d’un homme de 20 ans peut se voir comme une variation du jeu du chat et de la souris où le prédateur et la proie ne sont pas ceux qu’on pense. Le résultat mise sur l’empathie impossible pour deux personnages confrontés à une histoire de vengeance personnelle dépassant un spectateur qui peine à choisir le camp de la morale. Il en résulte un film amoral et paradoxalement moralisateur, comme pouvait l’être par exemple le récent
Saw, de James Wan. En réalité, on pense beaucoup à
Audition, de Takashi Miike, devant ce huis clos malaisant qui part d’une rencontre à fortiori innocente, dissèque le processus des apparences, plonge dans les névroses béantes de ses personnages, les confronte à leur passé douteux et instille une atmosphère délicatement malsaine. Par la grâce des interprètes chevronnés (l’impeccable duo Patrick Wilson et Ellen Paige), David Slade signe un film d’horreur acrobatique et troublant qui gagne en intensité au fur et à mesure qu’on y repense.

Alors qu’on pensait que le cinéaste allait reposer sur ses beaux lauriers, il a déjà commencé l’adaptation du comic
, écrit par Steve Niles et dessiné par Ben Templesmith, pour le compte de Columbia Pictures. L’histoire prend place à Barrow, une ville éteinte et reculée de l’Alaska, où le soleil se couche sans se réveiller pendant quelques jours. Pendant ce laps de temps, des vampires affamés et sadiques surgissant des ténèbres vont ensanglanter les rues d’une ville plongée dans le noir. Le seul espoir résidera en la personne du shérif et de sa femme, députée, qui vont être déchirés entre leur devoir civique et la volonté de se sauver eux mêmes. Ce qui était séduisant dans le comic d’origine venait du fait que les vampires étaient débarrassés de toute l’imagerie romantique et gothique et présentés comme des voraces aux babines sanguinolentes. Si David Slade mène à bien sa tâche, ce sera une réussite de plus dans le genre à ranger aux côtés des
, de Leong Po-Chih, trois variations cérébrales et très stimulantes autour du mythe. L’astuce vient également de cette malédiction selon laquelle les humains doivent se cacher et attendre que le soleil revienne pour que la ville soit dépourvue d’assaillants. Dans la bédé, Steve Niles s’est ingénié à confronter des éléments pragmatiques (les conditions climatiques) pour bifurquer adroitement vers l’irrationnel mais la façon dont Templesmith a conçu les vampires est très terrifiante.