Par Elodie Leroy - publié le 09 septembre 2005 à 05h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h34 - 8 commentaire(s)
Suite de l'aventure du festival de Deauville, ayant lieu actuellement, ou se sont rendues Elodie et Caroline Leroy. Le festival en direct, c'est ici !

Mercredi 5 septembre

Reprenons sur les dernières aventures de Elijah Wood, qui ne cessera décidément jamais de nous étonner par l'audace de ses choix de films. Après le succès du Seigneur des Anneaux, on pouvait en effet s'attendre à ce que notre Hobbit préféré surfe sur la vague et enchaîne des grosses productions. Mais au lieu de cela, ce jeune comédien au visage d'ange ne semble pas se soucier de son image et privilégie visiblement l'intérêt qu'il porte à un projet. Preuve en est que lorsqu'il ne se consacre pas à la récente concrétisation de ses rêves de monter une maison de disques, il n'hésite pas à jouer des seconds rôles comme c'est le cas dans Eternal Sunshine on the Spotless Mind et Sin City, ou à se lancer dans des productions risquées comme ce Everything is illuminated.


Le film raconte la quête de Jonathan (Elijah Wood), un jeune juif américain qui se rend en Ukraine pour retrouver la femme qui sauva son grand-père durant l'invasion nazie, un voyage entamé dans des circonstances absurdes et qui sera marqué par une étonnante suite de révélations. Si le film aborde des sujets graves, il n'en commence pas moins sur le ton de la comédie à travers une présentation des personnages principaux sur le mode de la dérision, qu'il s'agisse de l'Américain obnubilé par son idée fixe ou des deux Ukrainiens payés pour l'aider dans sa quête et qui ne comprennent rien à la culture de leur invité. Comme on s'y attend, cette recherche va transformer leur vie et le film va prendre une tournure plus dramatique. Si le thème de la quête des racines n'est pas nouveau, il se situe ici dans un décor totalement dépaysant pour le public américain, d'autant plus que le film ne rechigne pas à faire entendre la langue et des morceaux musicaux du pays. Le changement de ton progressif du comique vers le tragique s'effectue tout en douceur, sans virer vers le larmoyant, et les émotions sont davantage exprimées par l'alliance entre les images et le son que par les dialogues. Everything is illuminated trahit néanmoins quelques longueurs, notamment dans sa deuxième partie dont le rythme est un peu moins bien soutenu que dans la première. Mais cette oeuvre atypique laisse des images fortes et fait partie de ces films qu'il faut prendre le temps de laisser mûrir dans l'esprit.
Le film sort au début de l'année prochaine et des rumeurs d'oscars circulent déjà...

La journée de mercredi ne nous aura permis de ne voir qu'un seul film en compétition, Forty Shades of Blue de Ira Sachs, puisque la projection du film de l'après-midi, Reefer Madness de Andy Fickman, avait lieu en même temps que la conférence de presse du film Elizabethtown en présence du réalisateur Cameron Crowe et de l'actrice Kirsten Dunst. Entre les deux événements, notre choix est vite fait, choix qui nous aura aussi malheureusement fait manquer la projection spéciale de la version restaurée du Magicien D'Oz de Victor Fleming...


Revenons à Forty Shades of Blue, 5ème film en compétition de cette cuvée Deauville 2005. La séance est incontestablement la plus difficile de la sélection depuis lundi, au sens où l'on n'est pas forcément, à 11h du matin, dans l'état d'esprit requis pour apprécier un tel film à sa juste valeur, surtout lorsque l'on enchaîne chaque jour film sur film. Ira Sachs aborde en outre un sujet dont beaucoup préfèreraient ne rien savoir. Forty Shades of Blue raconte en effet l'histoire de Laura (Dina Korzun), une jeune femme russe qui vit à Memphis avec son compagnon Alan (Rip Torn), célèbre producteur de musique avec lequel elle a un fils de trois ans. Leur vie confortable mais monotone est bouleversée par l'arrivée du premier fils d'Alan, Michael (Darren E. Burrows)... Le film dresse le portrait de l'une de ces femmes russes qui suivent de riches Occidentaux dans l'espoir d'une "vie meilleure", des femmes dont on parle beaucoup mais que l'on ne veut pas connaître et que l'on s'empresse de juger avec mépris. Ira Sachs nous propose un autre regard sur l'une d'entre elles. Laura a fait le choix d'une vie aisée en sacrifiant tout espoir de bonheur. Son compagnon Alan a l'âge d'être son père et elle ne ressent visiblement aucune attirance pour lui. Imposant dans son art, Alan manque d'envergure dans sa vie privée, tant auprès de Laura qu'il traite comme une enfant, c'est à dire pas tout à fait comme une "personne", qu'avec son fils Michael qu'il ne cesse de rabaisser.


Forty Shades of Blue est tout sauf un film séduisant. La mise en scène précise et plus énergique qu'il n'y paraît est au service d'une narration extrêmement lente et atone, aussi peu attirante que la vie de cette femme. Les intentions d'Ira Sachs sont louables et si l'on reste concentré jusqu'au bout, on aura la chance d'être ému par une très jolie fin qui donne toute sa dimension au personnage de Laura, particulièrement attachante et superbement interprétée par Dina Korzun. Le personnage d'Alan lui-même finit aussi par nous prouver qu'il vaut mieux qu'il ne le laisse paraître. Mais il n'est pas certain que tout le monde soit prêt à faire cet effort, comme en témoigne le concert de claquement de sièges qui marqua tristement cette séance.


Nous enchaînons avec un événement très attendu de ce festival: la conférence de presse de Elizabethtown, en présence de Cameron Crowe et Kirsten Dunst. Cette conférence s'avère intéressante et Cameron Crowe répond avec franchise à nos questions, apportant ainsi quelques éclairages sur ses intentions en tant que réalisateur. Aussi lumineuse que dans ses films, Kirsten Dunst nous laisse elle aussi une excellente impression grâce à l'intelligence de ses réponses et la spontanéité de ses réactions. Elle s'impose très vite comme notre deuxième coup de cœur du festival après Joseph Gordon-Levitt qui avait illuminé la journée précédente.
Le soir, comme il n'y a rien de nouveau en projection (Cinderella Man au Casino et Rocky au Morny), nous nous offrons une seconde séance de Elizabethtown, toujours notre préféré à l'heure actuelle, mais au CID cette fois. Cette séance est l'occasion de bénéficier de la présentation par l'équipe du film mais aussi de profiter de pleinement de la puissance visuelle et sonore du film (que nous avions vu au Morny) sur un écran géant. Un délice.

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