Par E. Leroy & C. Leroy - publié le 14 décembre 2007 à 00h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h32 - 1 commentaire(s)
Mercredi 28 mars.
Le festival est sur le point de débuter et Deauville est plongé dans le brouillard. Nous arrivons in extremis pour assister à la cérémonie d’ouverture, après un petit détour par le lounge bar où nous croisons coup sur coup Park Chan-Wook, Lee Yoon-Ki et Ryu Seung-Wan… la soirée débute donc sous les meilleurs auspices. Rassérénées par un verre de soda (aux agrumes), nous pouvons aller nous installer confortablement sur les sièges de la grande salle du CID et prendre connaissance des traditionnels discours d’ouverture du maire de Deauville et du président du festival, avant que n’entrent en scène les membres des deux jurys.



Le film de ce soir n’est autre que l’Ours d’Or du tout récent Festival International du Film de Berlin, Le Mariage de Tuya. Le réalisateur Wang Quan’An et la comédienne Yu Nan n’ont malheureusement pas pu faire le voyage comme cela était prévu, et le film démarre donc sans eux. Autant dire que le dépaysement est complet. Après avoir contemplé durant une bonne partie de l’après-midi les paysages champêtres bordant l’autoroute A13, nous nous retrouvons catapultées à l’intérieur même des étendues arides de la Chine Mongole. Ce qui frappe dès les premières images, c’est l’incroyable harmonie de la photographie chatoyante en dépit de conditions de tournage certainement pénibles. Une qualité que l’on avait déjà pu observer dans des œuvres telles que Kekexili, la patrouille sauvage ou encore Mongolian Ping Pong. Le montage du Mariage de Tuya est dynamique, de même que les mouvements de caméra, variés, épousant à merveille les émotions des personnages. Malgré la distance qui nous sépare de ces derniers, on se sent immédiatement proches d’eux. Depuis que son mari Bater s’est blessé à la jambe en tentant de creuser un puits, Tuya est en charge de tous les travaux de la ferme, tout en continuant à nourrir la famille. Elle finit par se heurter à ses propres limites physiques et n’a plus le choix : il lui faut divorcer et trouver un nouveau mari qui acceptera non seulement de nourrir ses deux enfants, mais aussi Bater, qu’elle tient à garder près d’elle… Ce beau film, très sobre, parvient à émouvoir à plus d’une reprise et l’on saluera la prestation remarquable de l’actrice Yu Nan. On aurait peut-être, pourtant, aimé voir le Festival s’ouvrir sur une note plus fantaisiste… Mais les prochains jours viendront certainement assouvir notre soif de délires imaginatifs, si l’on en juge par la qualité de la sélection 2007.



Jeudi 29 mars.
La première journée commence en beauté avec le dernier Apichatpong Weerasethakul, réalisateur thaïlandais qui nous avait déjà fortement impressionnées avec le fascinant Tropical Malady. Son nouveau long métrage, Syndromes And A Century, confirme qu’il est l’un des cinéastes majeurs du renouveau thaïlandais. L’histoire nous plonge tout d’abord en pleine campagne, dans un milieu proche de celui dans lequel l’auteur a grandi, puis dans une mégalopole. Deux univers, deux modes de vie, deux manières d’envisager le destin des personnages. Le film se déroule en effet en deux temps et met en scène les mêmes individus dans ces deux décors qui semblent s’opposer. Débutant de manière très similaire, par un entretien d’embauche dans un hôpital, les deux parties prennent toutefois des directions très différentes, et cela même si le réalisateur s’amuse à semer quelques effets de symétrie. Si les récentes productions thaïlandaises tendent à privilégier une logique d’opposition quelque peu simpliste entre les modes de vie campagnards et citadins (le fameux cinéma Nang Yon Yuk très en vogue depuis la crise de la fin des années 90), Apichatpong Weerasethakul s’en éloigne en portant un regard nuancé sur la modernité. Outre sa fascination pour la nature (si palpable dans Tropical Malady), on ressent son attachement à la chaleur et à la spontanéité qui régissent les rapports humains à la campagne. Toutefois, sa fascination pour l’univers de la mégalopole s’avère elle aussi perceptible, notamment au travers des quelques passages hypnotiques qui ponctuent le film, parfois non sans une certaine brutalité. Les scènes très quotidiennes qui composent la plus grande partie du métrage reposent sur le naturel du jeu des comédiens mais aussi sur une mise en scène très sobre et un montage sans fioriture. La compétition Long Métrage s’annonce plutôt bien.


En parallèle s’ouvrait la compétition Action Asia avec le très fun Dragon Tiger Gate, le dernier Wilson Yip avec Donnie Yen, Nicholas Tse et Shawn Yue, que nous avions déjà vu mais que nous espérons trouver l’occasion de revoir sur grand écran d’ici la fin du festival.



La suite s’avère légèrement moins réjouissante puisque nous enchaînons successivement avec Route 225, petit film japonais et petite déception de cette journée, puis avec le film de sabre fantastique The Restless, le moins bon cru de la journée. Route 225 nous invite à suivre l’errance de deux enfants projetés dans un univers alternatif qui ressemble comme deux gouttes d’eau à leur monde, à quelques détails près puisque leurs parents semblent ne pas y exister. Si le concept très 4e dimension promettait un scénario stimulant, le film ne parvient jamais réellement à s’envoler, ce qui s’explique notamment par l’immense platitude de sa mise en scène et par l’amateurisme des comédiens – à l’exception de la petite Mikako Tabe, interprète principale. Un film gentillet, sans plus, et donc une petite déception. Mais la pire déconvenue reste à venir avec The Restless, film de fantasy sino-coréen avec dans le rôle principal le troublant Jung Woo-Sung (Musa). On l’attendait, ce film dont la bande-annonce laissait présager de joutes martiales étourdissantes teintées de romantisme. Soyons honnête : The Restless possède d’indubitables qualités esthétiques et techniques et tient largement ses promesses en termes de fusion entre arts martiaux et effets spéciaux. Mentions spéciales à la poursuite dans les bois qui exploite avec dynamisme les armements des personnages, et à la bataille finale, époustouflante. Malheureusement, en dépit des efforts du comédien principal, non seulement les enjeux peinent fortement à intéresser mais même l’histoire d’amour ne parvient jamais à décoller. La comédienne Kim Tae-Hee n’y est pas pour rien dans cette histoire : les yeux constamment écarquillés et emplis de larmes, elle ne parvient jamais à convaincre dans l’action – on est loin de Yoon Soy dans Shadowless Sword, jolie réussite dans le genre présentée elle aussi en compétition Action Asia.



Nous terminerons la journée avec Teeth of Love, en attendant les poids lourds de la journée de vendredi qui débutera avec Je Suis Un Cyborg, de Park Chan-Wook qui se verra consacrer un hommage vendredi soir. Nos attentes les plus ardentes se tournent néanmoins vers le dernier Takashi Miike, Big Bang Love Juvenile A, présenté en compétition long métrage. Mais nous brûlons aussi de découvrir Dog Bite Dog avec Edison Chen, qui concourt pour le prix Action Asia, ou encore A Nightmare Detective (Shinya Tsukamoto), projeté en section Panorama. On conseillera vivement d’aller jeter un coup d’œil à l’excellent City of Violence de Ryu Seung-Wan, ainsi qu’à King And The Clown qui se voit accorder l’honneur d’une projection au CID le samedi soir…
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