Ils se connaissent depuis leur enfance, ils ont fréquenté la même école, ils nourrissent depuis toujours les mêmes passions, les mêmes envie, ils ont grandi avec les mêmes films et se sont très vite saisis d'une caméra pour tourner leurs propres petits courts-métrages dés. Julien Lacombe et Pascal Sid s'inscrivent dans une école de cinéma et se retrouvent par hasard dans la même section, un beau hasard qui leur permet de poursuivre leur aventure commune, un même chemin en se dirigeant ensemble également vers la mise en scène dés leur sortie de l'école. Ils investissent alors toutes leurs économie dans la production de courts-métrages jusqu'en 2006. Remarqués par des producteurs, ils signent un premier contrat, celui de Derrière les murs. Retour avec eux sur cette aventure, leur première grande aventure derrière la caméra. 
Entre 2006 et 2010, plusieurs années se sont écoulées, un projet qui a été difficile au final à mettre en place ?
Entre la signature du projet et le tournage, le film a traversé effectivement de nombreuses étapes, il a fallu quatre ans pour l'imposer entre l'écriture d'un premier scénario, une première mise en financement, des changements de producteurs... C'est très long, produire un film est vraiment très compliqué. Les boites de production lance dix projets pour en sortir un seul. Actuellement nous avons d'ailleurs plusieurs autres films en cours d'écriture. Il faut se lancer dans ce métier sur plusieurs projets en parallèle, c'est vital. Les scénarios ont également besoin de murir, il faut prendre du recul, ce qui permet de se rendre compte de ce qui ne convient pas.
Qu'est-ce qui vous a amené vers ce récit ?
Nous sommes très attachés aux films de divertissement, films fantastiques, thrillers, films de genre en général, le genre n'étant pas lié en fait, contrairement à la définition qui lui est donné en France, aux films d'horreur. Ce sont des films ayant de très forts potentiels émotionnels et pouvant être réalisés dans un cadre financier réduit, une mise en scène simple avec une unité de lieu, de décors, mais qui fonctionnent très bien. Nous voulions ce type de positionnement, avec un personnage suffisamment puissant pour habiter le récit. Nous avons mis toute notre énergie sur le personnage de Susanne. Il nous fallait un cadre qui soit viable pour réaliser le film.
Vous parliez des films qui vous attiraient, quelles sont les œuvres sur lesquelles vous vous êtes reposés ?
Cette histoire s'est trouvée surtout influencée par nos lectures. Il y a quelques années nous avions envie d'adapter le Horla de Maupassant, nous n'avons pas pu le réaliser et Derrière les murs est en quelque sorte une adaptation cachée, détournée de la nouvelle de Maupassant. Nous abordons les mêmes thèmes au travers d'un personnage féminin. Nous nous sommes appuyés également sur l'oeuvre d'Edgar Allan Poe, les nouvelles de Théophile Gautier qui flirtent avec le fantastique, comme celles de Maupassant, on y trouve des ambiances légèrement étranges. Nous avons essayé de les retrouver en adoptant un fantastique très ténu, très peu démonstratif. Nous nous sommes centrés sur le côté humain, ce qui nous intéressait. Le but pour nous c'était de raconter l'histoire de cette femme, sa descente aux enfers. Nous nous sommes également reposés sur l'univers de Lovecraft, écrivain fantastique du début du XXème, un fantastique plus hardcore et nous avons retiré de ces écrits, quasiment inadaptables, l'environnement des années 20, afin de marquer une forme d'isolement autour du personnage. Elle est seule dans cette propriété, les routes sont mauvaises, il n'y pas de téléphone. Pour les apparitions des enfants, nous nous sommes parallèlement référés à certains films japonais comme Ring, espagnols, comme L'orphelinat et surtout Shinning. Ils ne nous ont pas forcément influencés pour les thèmes mais plus pour l'imagerie. C'est dans cette direction que nous pouvions aller le plus loin sans sombrer dans le gore, après on a toujours plus peur de ce qu'on imagine, c'est la raison pour laquelle nous avons voulu jour sur l'attente.
Le personnage de Susanne s'est construit progressivement ?
Nous n'avions à l'origine qu'une seule certitude, le désir de construire l'histoire autour d'un personnage féminin, plus fragile, plus crédible du coup, et nous espérions également de cette façon toucher un public plus large. Nous voulions un personnage qui puisse plaire autant aux hommes qu'aux femmes. Puis le personnage s'est imposé au fil des écritures. AU début, nous étions sur un personnage beaucoup moins rongé par la culpabilité et nous avons pris conscience que pour donner du corps au récit il fallait lui créer un passé traumatique et surtout jouer sur le thème du deuil, très souvent mis en valeur dans le cinéma fantastique. Sa personnalité s'est dessinée par strates.
Passer à la mise en scène, une étape qui fut douloureuse ?
Finalement cela fait de nombreuses années que nous réalisons, il y avait une évidence, ce qui n'était pas le cas pour l'écriture en fait. C'était en effet une nouvelle approche pour nous, une demande à laquelle nous avons répondu. C'est dans la culture française d'écrire ses propres scénarios, il y a très peu de films de commande. Nous avions un bagage littéraire et écrire s'est très vite révélé un réel plaisir, nous ne l'avons pas vécu comme une frustration, même si nous étions liés à certaines contrainte. C'est finalement intéressant d'écrire l'histoire que l'on va mettre en scène, on sait déjà ce que l'on cherche dés l'écriture et l'on peut passer ensuite plus facilement à la réalisation. Ce qui fut très agréable c'est le rapport avec les comédiens qui s'est ensuivi. Ils ont enrichi, surtout Laetitia, notre vision des personnages. Elle a remis en cause certains traits, certaines réactions, elle nous a poussés parfois dans nos retranchements.
Laetitia Casta pour incarner Susanne, une comédienne qui vous inspirait ?
Ce fut une rencontre, elle a entendu parler du projet, son agent nous a contactés pour nous prévenir qu'elle voulait absolument nous voir. Nous n'étions pas convaincus, mais nous avons été immédiatement saisis, touchés par la façon dont elle nous a parlé du film, du personnage. Nous connaissions très peu son travail, nous avons du coup regardé tous ses films et nous avons trouvé qu'elle s'imposait, qu'elle était Susanne. Elle jouait beaucoup sur sa fraîcheur, sa douceur, nous recherchions plus de froideur mais, en même temps, une comédienne qui devait réussir à provoquer l'empathie du public, pas par rapport à sa notoriété mais par rapport à sa présence, ce que nous avons ressenti en elle lorsqu'elle s'est retrouvée face à nous. Et ce fut une véritable tornade, elle a débarqué sur le tournage pleine d'idées, de propositions. Elle a apporté d'incroyables émotions à Susanne, certaines aspérités, elle l'a ancrée dans sa névrose. Je pense que certaines angoisses se croisaient avec les siennes en tant que femme et, du cou,p elle le ressentait de manière assez puissante. Elle a vraiment posé son propre regard sur le récit et l'évolution de Suzanne, elle s'est appropriée cette héroïne avec intelligence et émotion, ce qui est merveilleux pour un réalisateur.
Un tournage qui reste lié à certaines frustrations ?
Un tournage génère toujours des frustrations, c'est un compromis permanent. On ne tourne pas un film seul, il y a une équipe, de nombreuses personnes avec leur caractère et des tas d'éléments qui viennent vous déstabiliser. Vous avez imaginé un plan ensoleillé, il pleut le jour du tournage, vous avez imaginé une scène avec de nombreux figurants, vous n'en avez finalement que très peu, pas assez de budget... des contraintes, des déceptions que connaissent tous les cinéastes, même les plus grands ayant des budgets plus conséquents. Nous avions essayé de nous limiter dés l'écriture pour minimiser les déceptions, du coup le film s'est quand même construit dans l'harmonie. Nous avons recherché la simplicité.
Pourquoi alors vous êtes tournés vers la 3D pour un récit qui ne s'y prêtait pas forcément à l'origine ?
Pour nous c'est un outil au service du réalisateur, au même titre que tout ce qui a été inventé pour l'image ou le son. Le relief est associé au spectaculaire, aux films d'action. Mais si l'on s'en réfère à Sanctum d'Alister Grierson, produit par James Cameron, le film se passe dans une grotte et la 3D le rend très immersif. L'idée n'est pas de se présenter comme les pionniers du relief, mais cela fait vraiment plusieurs années que nous réfléchissions à cet axe, avant la sortie d'Avatar. C'est une révolution qui nous passionnait et l'utiliser devenait abordable, pourquoi du coup ne pas en profiter. Nous voulions une 3D immersive, qui donne l'impression d'être dans la pièce, un relief très neutre, sans jaillissement d'objets. Nous aimerions sincèrement tourner tous nos prochains films en relief, cela amène une réelle puissance. En revanche le matériel n'est pas facile à manipuler, la caméra est très lourde, il faudrait qu'il y ait des améliorations. Il faut attendre, voir comment la 3D va évoluer, si d'autres films vont opter pour le relief, actuellement après nous, il n'y a qu'Astérix qui se tourne en 3D. Il y a une problématique de coût également, qui se ressent plus sur un film onéreux, mais cela risque de plus en plus d'être abordable.
Qu'est-ce que vous retenez aujourd'hui de cette aventure
C'est une première expérience, un moment unique. Nous avons commis des erreurs, nous espérons ne plus les refaire. C'est une expérience qui nous a apporté également une certaine assurance, nécessaire pour avancer. Je me souviens de nos rêves lorsque nous étions enfants, ce film est un accomplissement et, en ce sens, c'est une immense satisfaction. Ensuite nous espérons rebondir, nous avons un prochain film qui se met en place autour de la Seconde Guerre mondiale, à mi chemin entre la réalité et le fantastique, des soldats de la légion étrangère qui, alors qu'ils s'exercent en Corrèze, se retrouvent, après avoir traversé un tunnel, en 1943. Le but étant pour nous de montrer ce que des gens ordinaires vont faire confrontés à une situation extraordinaire.
Propos recueillis par Sophie Wittmer

L'histoire : La première Guerre mondiale est terminée depuis quatre ans. Suzanne est une jeune et belle romancière à succès, mais rongée par la tragique dispari[…]
