Avec Derrière les murs, une femme est confrontée à l'horreur comme beaucoup de ses consoeurs avant elle. Oui, mais qui sont-elles ?

Par Benjamin MURIOT - publié le 07 juillet 2011 à 09h00 ,
MAJ le 07 juillet 2011 à 09h41 - 0 commentaire(s)

En salles cette semaine (et en 3D !), Derrière les murs voit la pauvre Laetitia Casta faire face à une menace surnaturelle qui ne va pas tarder à la plonger en pleine horreur, comme c'est arrivé à beaucoup de ses consoeurs auparavant. Les femmes et le cinéma horrifique entretiennent ainsi un rapport privilégié - enfin "privilégié", ça dépend pour qui - et à Excessif, cela nous a donné envie d'étudier quelques-uns des principaux archétypes dans lesquels le second aime à piéger les premières. Courage, mesdames.

Derrière les murs

La victime idéale

 

Avant d'en venir aux rôles de la femme dans le cinéma d'horreur, il serait bon de rappeler brièvement pourquoi le beau sexe y tient une place si particulière. Tout d'abord il faut bien reconnaître que c'est un genre éminemment masculin, pour ne pas dire misogyne quand on se laisse aller aux raccourcis grossiers, tant l'acte de tuer est d'ordinaire davantage le fait d'une pulsion masculine que féminine. Eros et Thanatos n'étant de plus jamais très loin l'un de l'autre, les femmes y sont un objet de désir qu'on atteint par l'agression (repensez à Dee Wallace dans Hurlements, piégée dans un sex-shop par un loup-garou) ou par la séquestration (Captivity en est un exemple flagrant) avant d'en venir au meurtre à proprement parler, ou tout du moins la tentative. Comme depuis toujours, les femmes souffrent donc de l'attention des hommes et même quand elles semblent se chicaner entre elles, bien souvent un mâle se cache en réalité derrière (Apparences, Gothika...).

 

Mais surtout, si la femme a une place prépondérante dans le genre horrifique, c'est en raison des idées préconçues qu'on lui attache. La fragilité, la vulnérabilité, autant de choses faisant que quel que soit le sexe du spectateur, il s'identifiera plus facilement au danger qui plane sur la protagoniste. Il n'en ressentira que plus fortement le malaise dans lequel elle est plongée. Pierre angulaire du cinéma d'horreur moderne, le Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper avait bien compris cela et ce n'est donc pas sans raison si la dernière personne à survivre au clan de Leatherface est une femme car sans cela la fameuse "scène du dîner" n'aurait certainement pas eu le même impact. Que voulez-vous : depuis que nous sommes petits les contes de fées nous ont enseigné que la femme est une victime, une princesse à sauver, et les films d'horreur n'en sont qu'une prolongation adulte. Et ne parlons même pas des relents de religion qui en font une pécheresse méritant châtiment...

Image Halloween de John Carpenter

La vierge

 

Condamnée à l'épreuve, au sacrifice, voilà ce qu'est généralement la femme dans le cinéma d'horreur. Et par essence la vierge répond mieux qu'aucune autre à ce principe. On en trouve alors des incarnations à peine déguisées avec ces récits où de jeunes filles sont coupées de leur monde et envoyées en pâture dans un nouvel environnement (Suspiria, The Woods...) mais c'est définitivement le genre du slasher qui cultive le plus cet appétit sacrificiel (au coude-à-coude avec son cousin-germain le giallo), au point qu'il en devient son argument premier. Ses oeuvres fondatrices, Psychose et Black Christmas, ne s'en cachaient déjà pas, et le Halloween de John Carpenter enfoncera le clou pour de bon en gravant de manière indélébile son identité dans la chair de pauvres petites baby-sitters. Reste alors cette règle dont nous avons tous entendu parler et selon laquelle les vierges sont les seules aptes à survivre au bain de sang. Or si elle se vérifie bien souvent par égard à une morale bien plus présente que ce que l'on croirait, une telle expérience ne va pas sans transformer la vierge, pas si indemne que ça comme la saga Scream et les deux Freddy de Wes Craven nous donnent l'occasion de le constater. Leurs héroïnes y ont gagné une force indéniable mais aussi de profondes fêlures, et elles devront grandir sans jamais pouvoir oublier ce viol de leur jeunesse.

 

La mère

 

Une fois devenues adultes, les choses se compliquent pour les femmes car entre en jeu une nouvelle donnée : l'instinct maternel. Un lien si fort qu'on le retrouve à l'identique chez les humains et les animaux et on ne compte ainsi plus les longs-métrages où une mère - souvent seule - doit sauver sa progéniture d'une mort certaine, la protéger bec et ongles contre un destin peu enviable. Rosemary's Baby, L'Orphelinat, The Ring, Les Autres, Silent Hill, A l'intérieur où ce sont même deux mères qui s'affrontent pour un bébé à naître... Des grandes réussites du genre parce que l'image matriarcale peut fédérer un public plus large et résonner chez lui plus fort que les autres. D'ailleurs, l'instinct maternel est à ce point puissant qu'il arrive même à la femme de le reporter sur l'élément horrifique de l'intrigue, soit pour l'apaiser (The Cell, Dark Water...), soit pour simplement protéger le fruit de ses entrailles (le diptyque Baby Blood / Lady Blood, Le Monstre est vivant...). Que vous le vouliez ou non, messieurs, c'est pour ça que les femmes seront toujours plus fortes que nous.

Image Silent Hill de Christophe Gans

La femme d'action

 

Nous en avons en effet un exemple flagrant avec la série Alien où Ellen Ripley (Sigourney Weaver), de navigatrice apeurée dans le premier film, devient une vraie guerrière dans le second lorsqu'il s'agit de protéger la jeune Newt. Mais de manière plus générale, c'est l'épreuve et la nécessité de la surmonter qui pousse la femme à l'action. Envers et contre tout, comme lorsque la Sarah éplorée de The Descent régresse à l'état sauvage pour survivre aux terrifiants crawlers, allant jusqu'à se retourner contre ses amies. Le cliché de la femme faible ayant toutefois été malmené dans les dernières décennies, nous avons vu apparaître plusieurs femmes d'action réagissant à la menace avec autant de promptitude et d'efficacité que les hommes, si ce n'est plus. D'une propension à kicker du zombie qui frôle l'indécence, Alice (Milla Jovovich) de la saga Resident Evil est un des fers de lance de la catégorie et reste la seule capable de lutter contre Umbrella, tout comme Jamie Lee Curtis était la seule à pouvoir s'imposer comme capitaine dans Virus et Rose McGowan à conduire en sureté l'humanité dans Planète Terreur. Sauver la situation est donc un boulot de femmes, parce qu'elles ne manquent pas d'atouts comparées aux hommes.

 

La femme de science

 

Aussi forte que l'homme quand elle le veut, la femme a en plus pour elle l'avantage de la réflexion, de la tempérance, ce qui lui permet d'analyser une situation et d'en tirer le meilleur. George A. Romero faisait directement état de cette dichotomie entre la femme / scientifique et l'homme / militaire dans son Jour des morts-vivants mais de manière générale, dès qu'il y a des monstres dans les environs, on peut être sûr de trouver une femme de science pour expliquer ce qu'il se passe et y trouver une solution, ou en tout cas aider le mâle inconscient à ne pas se faire boulotter dès la seconde bobine (Tremors, Bats - La nuit des chauves-souris...). Protectrices par nature, elles y sont d'autant plus contraintes qu'elles sont parfois à l'origine du bazar où elles se trouvent, les dérapages de la science étant chose fréquente dans le cinéma d'horreur. Ça part toujours d'une bonne intention mais il est difficile de se réjouir à la création des cafards-mutants de Mimic ou des requins boostés de Peur bleue, et autres joyeusetés voraces du même acabit. Enfin n'oublions pas l'attrait de beaucoup d'hommes pour les femmes intelligentes, avec du répondant, ce qui leur assurera toujours une place de choix dans les métrages se voulant autre chose que du carnage de bimbos (Relic, Hollow Man...).

Image Candyman de Bernard Rose

L'amante

 

De la même manière qu'une mère pouvait aimer son enfant malgré sa monstruosité, une femme peut tout à fait tomber amoureuse d'un monstre. C'est même un ressort narratif que l'on croise depuis fort longtemps dans la fiction entre des incunables tels que La Belle et la bête ou Dracula. La force des sentiments dépassant les apparences, l'amour rédempteur, la délivrance... autant de thèmes romantiques qu'ont repris à leur compte plusieurs films allant de La Mouche par David Cronenberg au Candyman de Bernard Rose. On notera par ailleurs chez l'auteur anglais Clive Barker, toujours prompt à une certaine perversion, un cas assez rare de maîtresse concupiscente et complice dans son cultissime Hellraiser avec la relation qu'entretiennent Julia et l'écorché Frank, loin de la vision romanesque des autres exemples.

 

La trompeuse

 

ATTENTION, SPOILERS A FOISON !

 

Avec les archétypes qui ont précédé, nous en aurions en effet presque oublié que la femme peut également être un agent du Mal même quand elle n'en donne aucunement l'impression (la méchante clairement identifiée comme telle ne nous intéresse pas ici à l'évidence). Sans en être d'ailleurs forcément consciente elle-même, le dédoublement de personnalité n'étant pas l'apanage du mâle frustré comme le démontrent le Soeurs de sang de Brian De Palma ou Haute Tension et sa Cécile de France qui s'imagine en Philippe Nahon. La majorité des cas est cependant imputable à de véritables manipulatrices, des femmes chez qui l'intelligence est devenue malice à l'image de la petite Thora Birch dans The Hole, qui trompe son monde avec son minois de bébé et ses larmes de crocodile. Le slasher, encore et toujours, possède quant à lui dans ses rangs quantité de tueuses cachant leur jeu jusqu'au twist final, de Urban Legend au récent Scream 4 en passant par All the Boys Love Mandy Lane. Insoupçonnables, celles-ci renversent les codes du genre et prouvent une fois pour toutes que l'horreur, loin d'être aussi macho qu'on le dit, est un genre sur lequel la gente féminine à la main-mise. Pour son meilleur comme son pire.

 

 

Derrière les murs de Pascal Sid et Julien Lacombe, avec Laetitia Casta et Thierry Neuvic, est en salles depuis le mercredi 06 juillet.


Vos réactions


  • Derrière les murs

    L'histoire : La première Guerre mondiale est terminée depuis quatre ans. Suzanne est une jeune et belle  romancière à succès, mais rongée par la tragique dispari[…]

  • halloween1978_cinefr

    Halloween, la nuit des masques

    L'histoire : La nuit d'Halloween 1963. Le jeune Michael Myers se précipite dans la chambre de sa soeur aînée et la poignarde sauvagement. Après son geste, Michael […]

  • silenthill_vign23

    Silent Hill

    L'histoire : Sharon est une petite fille adoptée, sage et adorable. Son attitude change néanmoins complètement lors de ses crises de somnambulisme la nuit : elle d[…]

Dernières news

Diaporama

logAudience