Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 13 janvier 2009 à 14h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 21h07 - 1 commentaire(s)
Très peu recommandé aux enfants comme aux adolescents par la radicalité de ce qui est montré, Des Idiots et des anges s’adresse plutôt aux adeptes de Bill Plympton et à ceux qui aiment son trait puissant, son style frondeur et audacieusement marqué. Le graveleux et l’outrancier ne sont effectivement jamais loin et sans pudibonderie, ce métrage si particulier ne plaira pas forcément à tout le monde.

DES IDIOTS ET DES ANGES
Un film de Bill Plympton
Durée : 1h18


Bill Plympton, le plus célèbre illustrateur aux côtés des Matt Groening et autres Charles Burns, revient au cinéma avec son huitième film d’animation, Des Idiots et des anges. Et notre virtuose n’a pas fait le chemin pour rien, décidé à oublier sa dernière expérience, Hair High qui l’avait laissé épuisé, endetté et déprimé. Ainsi, loin des couleurs chatoyantes de son précédent film et de son équipé pléthorique, l’auteur des Mutants de l’espace choisit l’austérité et la sobriété d’un travail d’animation monochrome et classique mené en équipe réduite. Pour un résultat décapant et réservé aux amateurs.

Entre ange et démon, le devenir vertueux d’un odieux personnage
Un homme vil et obsédé gagne le bar où il passe ses journées depuis des années. Ainsi, s’allonge la litanie de ses frasques et de sa quotidienne médiocrité. Jusqu’au jour où des ailes d’angelots ont poussé dans son dos et l’amène à changer de regard sur le monde… C’est ainsi que commence Des Idiots et des anges, le dernier film de Bill Plympton, l’homme à qui l’on doit Boomtown et surtout Your Face. Désireux d’illustrer l’affrontement du Bien face au Mal, notre animateur se choisit donc pour principal personnage, un être que tout rend abject et qui dans un premier temps, va lutter pour ne pas s’améliorer et qui progressivement, découvrira les charmes d’une vie plus respectueuse et aimante.



Présenté de la sorte, on pourrait croire que Des Idiots et des anges s’aventure sur un terrain narratif des plus convenus, laissant au destin de son personnage principal, peu d’alternatives et à son spectateur, peu de surprises. Or, c’est mal connaître l’homme des Plymptoons car ce dernier va bientôt faire surgir dans le dos de la future vertu faite homme, une sombre machination. Ourdie par le malin cafetier qui tous les jours le supporte, la machiavélique opération qui va avoir lieu, est destinée à lui voler ses ailes et le laisser pour mort. En effet, rien de tel que le pouvoir d’être un ange pour se débarrasser de ces concurrents et ainsi faire de son établissement, le seul lieu où étancher sa soif de luxure et d’alcool… Ainsi, sous couvert d’une première transformation, Des Idiots et des anges va basculer vers le récit d’une diabolique histoire d’où toute forme de scrupule et de compassion sera exclue.


Une histoire édifiante portée par une forme austère et frondeuse
Or, une fois son but accompli, l’odieux gargotier va se retrouver confronté à un problème de taille, de ceux que seule l’animation peut engendrer et qu’il n’avait nullement prévu : l’angélique homme qu’il avait assassiné, et laissé pour déchu et enterré, ressuscite ! Pour mieux le combattre et libérer la femme qu’il retient captive. Avec cette folle histoire, empreinte de métaphores chrétiennes et évangéliques très prononcées, Bill Plympton nous offre donc un modèle de parabole morale où l’édification de la lutte du Bien contre le Mal s’avère centrale.



Et pour mieux servir ce conte né d’une rencontre et d’une discussion avec un étudiant lillois en 2005, notre animateur va nous le proposer sous une forme allant de paire avec le récit qu’il veut raconter. En effet, crayonnée à l’ancienne, dessinée à la main puis scannée, l’image Des Idiots et des anges s’oppose frontalement à sa précédente et tortueuse aventure esthétique qui le déprima tant – celle d’Hair High – et s’inscrit en accord parfait avec l’histoire binaire qu’il veut conter. Monochrome et ne faisant apparaître aucune couleur avant son dénouement poétique, cette dernière sert à merveille le propos en l’inscrivant dans une riche et profuse austérité où tout rappelle la corruption et l’âpreté du monde. Ainsi, les seuls vrais premiers aplats de blancheur seront ceux des ailes de notre « ange » en devenir et joueront le rôle de rappel à une pureté originelle, de surcroît profitable à tous.

En somme, en faisant coïncider forme et fond avec simplisme mais réussite, Bill Plympton fait Des Idiots et des anges, une œuvre symboliste, métaphoriquement binaire et animée d’une certaine forme de religiosité. Et pourtant, de tels choix ne remettent nullement en cause la dimension sarcastique et excessive qui caractérise le ton de ce film et de son auteur. En effet, dans ce métrage remarquablement animé, tout est outré, excessif et destiné à appuyer les grandes lignes du propos. Que ce soit au niveau des thématiques, de l’esthétique ou de la caractérisation même de l’ensemble des personnages. De fait, très peu recommandé aux enfants comme aux adolescents par la radicalité de ce qui est montré, Des Idiots et des anges s’adresse plutôt aux adeptes de Bill Plympton et à ceux qui aiment son trait puissant, son style frondeur et audacieusement marqué. Le graveleux et l’outrancier ne sont effectivement jamais loin et sans pudibonderie, ce métrage si particulier ne plaira pas forcément à tout le monde ; car la stylisation anticonformiste de l’animation, le récit qu’elle porte et les choix de Plympton rendent la réception de ce film très subjective et limitée.



Si l’on ajoute à cela d’éventuels problèmes de rythme et le fait que sa durée étire trop l’ensemble, Des Idiots et des anges risque de satisfaire difficilement un autre public que celui des fanatiques et curieux, malgré des qualités indéniables et un véritable ton aisément reconnaissable. Et c’est d’autant plus dommage que de tels artistes méritent d’être connus, du moins découverts et cela autrement que par leurs œuvres papier ou télévisées.

Jean-Baptiste Guégan
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