Par - publié le 14 février 2008 à 06h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 12h59 - 1 commentaire(s)
John Lennon est doublement à l’honneur cette année: dans le documentaire Les USA contre John Lennon (16 avril au cinéma) et la fiction Chapitre 27 (23 avril). L’un rend hommage à l'engagement pacifique de l'artiste contre la guerre du Viêt-nam; le second cherche à disséquer les raisons de son assassinat par Mark Chapman. L’un vaut la peine d’être vu; l’autre, non.


LES USA CONTRE JOHN LENNON
Réalisation: David Leaf, John Scheinfeld
Avec John Lennon, Yoko Ono
Date de sortie: 16 avril 2008

CHAPITRE 27
Réalisation: Jarrett Schaeffer
Avec Jared Leto, Lindsay Lohan, Ursula Abbott
Date de sortie: 23 avril 2008

Avec son titre imprécateur qui annonce la couleur - sombre - du documentaire, Les USA contre John Lennon, du duo David Leaf et John Scheinfeld, décortique les menaces pesant sur les épaules et l’esprit du membre des Beatles au début des années 70 et s’étend idéalement de 1966 à 1976. En somme, il montre "comment un Président et son administration ont utilisé la machinerie gouvernementale pour mener une guerre secrète contre un musicien très populaire". Au commencement, nous sommes en pleine guerre du Viêt-nam: les manifestations orchestrées par les protestants anti-guerre, les militants des droits civils, les groupuscules et la "nouvelle gauche" soutenue par d’autres mouvements politiques, surabondent partout aux Etats-Unis. Le gouvernement américain dirigé par Nixon s’en contrefout et préfère traquer ceux qui s’opposent au système à travers des opérations douteuses d’espionnage et d’écoute. Au même moment, John Lennon ne porte plus la coupe au bol et plaide pour la paix dans ses chansons. Comprendre qu’il n’incite pas son public à prendre les armes et à aller défourailler le pays ennemi. Le gouvernement perçoit cette menace pacifique comme potentiellement dangereuse. Lorsqu'on évoque John Lennon aujourd’hui sous une pluie de dithyrambes, on oublie de préciser à quel point cette unanimité ne fut pas immédiate (comme pour tout grand artiste qui se respecte). Cet engagement politique n’a pas fait que des heureux et bien failli griller la carrière de l'idole. Face aux pressions, Lennon provoque par la surenchère, abuse des médias, concilie création artistique et engagement politique, grossit avec sa copine Yoko Ono sa liste d’ennemis et s’acoquine avec de francs rebelles. Voilà l’histoire d’un engagement comme on n’en voit pas souvent et qui nécessitait bien entendu un documentaire à la hauteur du mythe. Et soyons clairs: s’il est savamment illustré, joliment mis en musique, efficacement monté et vaguement didactique, le résultat paraît un tantinet superficiel. Même si notable.


Les deux documentaristes (David Leaf et John Scheinfield) ne déméritent pas pour autant: ils puisent leurs arguments dans des images d’archives amplifiées par la bande-son et quelques révélations stimulantes sortant de la bouche de Yoko Ono, des activistes afro-américains (Angela Davis et Bobby Seale), d’écrivains historiens (Gore Vidal) mais aussi – et c’est peut-être ce qui est le plus passionnant – de représentants de l’administration Nixon. Grâce à eux, l’état de paranoïa se justifie. Pas étonnant au passage que Leaf et Scheinfield ait réussi à vendre leur documentaire à Lions Gate seulement après le 11 Septembre (le projet sur John Lennon datait des années 90). En allant et en venant des années 70 à nos jours, Les USA contre John Lennon - et non pas John Lennon contre les USA, nuance considérable - cherche à faire un parallèle entre la guerre du Viêt-nam et celle en Irak et assure qu’aujourd’hui les jeunes n’ont plus aucune utopie collective. Conclusion: est-ce qu’à force d’écouter du Tokio Hotel ils n’ont plus envie de se révolter contre les horreurs de ce bas monde? Est-ce qu’écouter John Lennon rend moins con? Peut-être deux fois oui. Mais n’est-ce pas plutôt parce qu’à l’époque il y avait une illusion de naïveté peace and love et qu’aujourd’hui tout le monde voue un culte au cynisme? Bonne question. Que le documentaire élude plus ou moins pour ne pas déborder de son sujet déjà dense. Tel quel, Les USA contre John Lennon ressemble à un bel exposé pédago pour la jeune génération qui se rendra compte qu’une ancienne vague n’avait pas peur d’imagine the world. Du travail scolaire donc mais bien exécuté.


En revanche, on sera moins clément envers Chapitre 27, de Jarrett Schaefer, qui peut faire illusion quelques minutes en racontant une autre partie de la carrière de John Lennon - celle que tout le monde connaît trop bien: son assassinat le 8 décembre 1980 par Mark Chapman, fan frustré jusqu'au bout des ongles qui voyait en Lennon l’incarnation de tout ce qu’il n'a jamais été, n’était pas et ne serait jamais. L’angle est a priori original: narrer les étapes ayant précédé l’assassinat de John Lennon du point de vue de Mark Chapman. Le film cherche à pénétrer son univers mental quelques jours avant la tragédie, à retranscrire ce basculement de l’amour à la haine, à saisir comment un fan hardcore peut devenir une menace pernicieuse. Pour compenser le vide dans lequel il se noie, Chapman s’invente une ancienne vie à Hawai, fantasme des conversations téléphoniques, affiche sans complexe son ventre bedonnant à la prostituée effrayée qu’il vient de faire monter dans sa chambre, passe ses journées à attendre avec les groupies le dernier vinyle de Lennon à la main, découvre L’attrape-cœurs qui deviendra sa nouvelle Bible... Deux trois conversations échangées avec le monde extérieur prouvent à quel point il semble incapable d’entretenir un dialogue cohérent sans s’exciter comme un weirdo. Difficile a priori d’imaginer un personnage moins séduisant et plus pathétique que Chapman. On s'amusera au passage du rôle incarné par Lindsay Lohan (une accro Lennonienne pas hystérique et extrêmement prude). Trop kikoo-lol-mdr pour le fan de Lindsay de la voir sans sa position de fan. A part ça? Pas grand chose de reluisant.


Dans le rôle du loser Chapman, Jared Leto fait mine de traîner un boulet à sa jambe et a bel et bien rattrapé tous les kilos qu’il avait perdus pour Requiem for a dream, de Darren Aronofsky. Son jeu se résume à arborer une grise mine et un physique ingrat en tordant une nouvelle fois son image insupportable de beau gosse policé. L’engagement de l’acteur est peut-être ce qui fait le plus peur: avec ses lunettes teintées et ses dents pourris, il met tout en œuvre pour habiter le film mentalement. Et à dire vrai, on ne comprend pas bien sa démarche: il y a une telle complaisance à le voir se mettre en danger pour pas grand-chose que cela ne relève même plus de la performance mais d’un pari totalement inutile. Et si Chapitre 27 cherche à nous asséner une parabole fashion sur la célébrité et le rapport d’un fan impuissant à la légende de sa vie, on ne peut pas dire qu’il propose une vraie réflexion. Passe encore que l'on ne trouve aucun intérêt à regarder la vie d’un homme qui a toujours vécu à travers son idole, mais on se demande surtout où est passé l'éclairage intéressant sur John Lennon. A coup sûr, s’il ne bénéficiait pas de la présence de son couple bling-bling, ce film passerait en cachette le samedi après-midi comme téléfilm biopic pas prestigieux du tout.

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