Par Gilles Botineau - publié le 05 novembre 2008 à 11h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h18 - 2 commentaire(s)
Né le 23 Janvier 1959, le jeune Didier Bourdon fait ses débuts de comédien à l'aube des années 80. Pensionnaire du Petit Théâtre de Bouvard, il y rencontre Bernard Campan, Pascal Légitimus, Smaïn, Philippe Chevallier ou bien encore Régis Laspalès. Parallèlement, il accomplit de petits rôles au sein de longs métrages sans grande renommée. Ainsi, il apparaît pour la première fois sur la toile, dans un film de Georges Cachoux, Les chômeurs en folie. Un titre qui n'est pas sans évoquer ceux des Charlots, mais dont le résultat se révèle finalement bien pire. A noter dans cette oeuvre, la participation en tant qu'acteur d'Eric Civanyan, futur metteur en scène de Tout baigne ! et du récent Il ne faut jurer de rien. De son côté, Didier Bourdon continue d'enchaîner les apparitions, tout d'abord dans Le Bourgeois gentilhomme de Roger Coccio, la même année, S.A.S. À San Salvador de Raoul Coutard en 1983 et enfin dans Le Sang des autres de Claude Chabrol en 1984. Sa carrière est alors lancée.



Très vite, la popularité du Petit Théâtre de Bouvard les conduit donc, lui et ses amis, à écrire leur premier film. Sous la direction de Jean-Pierre Vergne, Le téléphone sonne toujours deux fois voit donc le jour dès l'année 1985, soit dix ans avant La cité de la peur, le film des Nuls, et demeure à l'heure actuelle l'une des meilleures parodies françaises. Absurde, non-sens et autres délires sont donc au rendez-vous dans une histoire se concentrant essentiellement sur les aventures du détective Marcel Bichon (ou, à l'américaine, « Marc Elbichon »). Ce dernier enquête en effet sur une vague d'assassinats se déroulant en ville : un homme agresse des femmes et les tue en leur incrustant un cadran de téléphone sur le front... Si l'oeuvre ne rencontre pas le succès escompté à l'époque, elle a le mérite d'appartenir aujourd'hui au club très fermé des films cultes. Aux côtés de Bourdon, nous retrouvons donc ses fidèles complices Bernard Campan et Pascal Légitimus, mais aussi Seymour Brussel, et Smaïn, sans oublier Patrick Sébastien, Jean Yanne, Darry Cowl, Henri Courseaux, Michel Galabru, Clémentine Célarié ou bien encore Michel Constantin !
Quoiqu'il en soit, l'échec est tel que Didier Bourdon déserte les plateaux de cinéma, pour se concentrer essentiellement à la scène. Il crée ainsi les Inconnus, entre 1986 et 1988, en compagnie de Campan et Légitimus.



Il attend du coup près de huit ans avant de paraître à nouveau sur la toile. L'occasion se présente avec Raoul Ruiz, pour un film intitulé L'oeil qui ment. Mais c'est en 1994 que l'acteur nous propose un rendez-vous véritablement inattendu. Il partage ainsi avec Gérard Depardieu l’affiche du film réalisé par François Dupeyron, La Machine. Adapté de l'oeuvre de René Belletto, le long métrage raconte l'histoire d'un médecin précipité dans la tête d'un dangereux psychopathe par le biais d'une machine infernale. Bien loin des résultats attendus (et trois ans avant Volte/Face), le film permet néanmoins un face à face dantesque, offrant à Bourdon la possibilité de faire une entrée impressionnante dans la cour des Grands, dans un rôle extrêmement sérieux. Outre Depardieu, il côtoie ainsi Nathalie Baye, ou bien encore Claude Berri, futur producteur du premier film « officiel » des Inconnus au cinéma.
A peine un an plus tard, nous y avons d'ailleurs enfin droit. Ils ont réussi à conquérir un jeune public sur scène puis à la télévision. Désormais, les Inconnus s'imposeront sur grand écran. En effet, Les Trois Frères, sorti en 1995, rencontre un succès phénoménal, en cumulant près de sept millions de spectateurs. Le film est à la hauteur des attentes. Si l'oeuvre, à l'instar de nombreuses comédies réalisés par de jeunes trublions issus de la scène, reprend quelques gags de leurs spectacles et autres parodies, les auteurs nous offrent néanmoins ici un scénario original, cohérent et définitivement irrésistible. Le long métrage enchaîne les répliques et les séquences cultes, et les trois humoristes y révèlent tout leur talent de comédien. Fort de cette réussite, aussi bien artistique, critique et publique, la bande se reforme, Légitimus en moins pour de sombres histoires de droits, avec Le Pari, en 1997, puis L'Extraterrestre en 2000, avant de se réunir enfin totalement en 2001 pour Les Rois Mages. Inégales, ces comédies leur permettent toutefois d'exploiter un style mais aussi un ton, souvent critique envers la société contemporaine. Parallèlement à cette carrière d'auteur/réalisateur, Bourdon continue d'exercer la profession de comédien en solo. Mais sans vouloir accumuler les rôles, l'homme semble avant tout les choisir judicieusement, ce qui ne l'empêche pourtant pas de faire quelques erreurs de parcours. Nous le retrouvons tout d'abord en 1997 à l'affiche d'une comédie signée Philippe Muyl, Tout doit disparaître, où il côtoie Elie Semoun, José Garcia, Ophélie Winter et l'excellente Yolande Moreau. Sans renouveler le genre, le film alterne l'absurde, le vaudeville mais aussi l'humour noir avec un rare plaisir, et partagé semble-t-il par l'ensemble des comédiens. Cette grande réunion d'humoristes ne rencontre malheureusement pas le succès et incite le cinéaste Philippe Muyl à s'orienter vers un cinéma plus intimiste voire poétique (Le papillon, Magique).


Bourdon poursuit néanmoins dans l'humour macabre et accepte de participer au premier (et dernier ?) film signé Frédéric Comtet, Doggy Bag. Il partage l'affiche aux côté de Michèle Laroque, de Muriel Robin et même d'Etienne Chatilliez ! Ce casting des plus inattendus se retrouve alors au service d'une étrange histoire, celle d'une jeune femme, Jeanne, imaginant la mort du chien appartenant à sa mère, cette dernière le préférant à sa propre fille. Partie l'enterrer toute seule une nuit à Paris, Jeanne rencontre finalement un homme lui expliquant qu'un chien mort vaut beaucoup plus d'argent. Tous deux vont alors tenter de le vendre successivement à un restaurant chinois, à un fourreur, et bien d'autres encore. Tirée d'un roman de Stephen Doybins, Un chien dans la soupe, cette étrange adaptation passe une fois de plus à côté de son public. Les Inconnus plairaient-ils uniquement en bande ? Il faut dire que leur recette fonctionne toujours à plein régime. Sans dépasser le succès de Les Trois Frères, Le Pari et Les Rois Mages obtiennent des scores tout à fait honorables ; qu'il s'agisse d'une comédie sociale ou fantastique, les spectateurs en redemandent, encore et encore. Seule ombre au tableau, L'Extraterrestre. Première réalisation en solo de la part de Bourdon, le film se révèle encore plus kitch que La Soupe aux choux, et malheureusement beaucoup moins drôle. Bourdon hésite à jouer à fond la carte de la parodie, et semble y aller à reculons, dans une oeuvre parsemée de références, entre Terminator et E.T. l'extraterrestre. En l'absence de Légitimus, il livre donc un combat ridicule avec Campan face caméra, pour finalement nous offrir un film de potes extrêmement banal, à la limite de l'indigestion et de l'amateurisme. Nous préférons oublier. Et lui aussi. Vexé (à tort) de ne pas participer à cette incroyable aventure, Pascal Légitimus se lance lui aussi, et la même année, dans la mise en scène, en signant son premier long, Antilles sur Seine. A partir d'une simple histoire de kidnapping, l'humoriste tente de nous livrer un divertissement haut-en-couleurs, mais peine lourdement, la faute revenant à un script idiot et des gags poussifs. Il en profite néanmoins pour nous offrir un clin d'oeil particulièrement jouissif, l'apparition, dans le rôle de deux femmes de ménage antillaises, de ses ex-complices. Bourdon reprend donc avec plaisir son accoutrement légendaire de Marie-Thérèse qui fit les beaux jours de la télévision française mais aussi de la scène théâtrale.



Face à ces nombreux échecs consécutifs, l'acteur se remet en question, et se concentre désormais plus sérieusement sur ses projets d'auteur et de réalisateur. Ses participations en tant que comédien se comptent donc sur les doigts d'une main et sont généralement de courte durée. Il apparaît ainsi brièvement dans Mercredi, folle journée ! de Pascal Thomas, en 2001, sans oublier Fanfan la Tulipe de Gérard Krawczyk, en 2003, où il interprète Louis XV, ou bien encore Une grande année de Ridley Scott, en 2007, aux côtés de Russell Crowe et Marion Cotillard. On peut difficilement faire plus éclectique... Nous nous arrêterons quelques instants sur le film méconnu de Nadine Monfils, Madame Edouard, dans lequel Bourdon se travestit, une fois encore, en jouant une femme de ménage du nom d'Irma. Doté d'un excellent casting, de Michel Blanc à Josiane Balasko, en passant par Annie Cordy, Rufus et Dominique Lavanant, le long métrage se révèle particulièrement efficace, porteur d'un scénario original, et d'une esthétique léchée. Nous nous amusons au passage à reconnaître ici ou là quelques particularités au personnage principal de Madame Irma, troisième mise en scène cinématographique signée Didier Bourdon deux ans plus tard. Surfant sur le thème ultra exploité de l'homme déguisé en femme par obligation (Madame Doubtfire, Tootsie...), le cinéaste réussit tout de même l'exploit de remettre le sujet au goût du jour et surtout de se l'approprier entièrement. Nous y retrouvons ainsi la « patte des Inconnus », et Bourdon en profite alors pour épingler certains travers de notre Société voire de nos comportements, en nous racontant l'incroyable histoire d'un Cadre Supérieur viré et décidant de s'improviser, du jour au lendemain, voyante. Bourdon retrouve ici son partenaire Pascal Légitimus, et leur duo se révèle tout aussi hilarant que celui formé jadis avec Bernard Campan. Ils se contenteront pourtant d'à peine 500 000 spectateurs, en somme un tiers du public venu assisté aux Sept ans de mariage de l'humoriste, son précédent film en tant que réalisateur, sorti trois ans auparavant. L'oeuvre demeure certainement l'une des plus inattendues dans sa carrière. Il y partage l'affiche avec la remarquable Catherine Frot ou bien encore Jacques Weber (aucune trace d'Inconnus dans le coin) et se concentre sur un sujet beaucoup plus « sérieux » qu'à l'accoutumée. Mariés depuis sept ans, Audrey et Alain s'enlisent dans la routine. Ils ont une petite fille, Camille, et travaillent tous les deux. Pour tenter de sauver son couple, Alain consulte alors un ami sexologue. Celui-ci lui conseille de mettre en pratique ses fantasmes et de se livrer aux jeux érotiques dont il rêve avec sa femme... Avec ce film, Didier Bourdon fait ses véritables premiers pas d'auteur mais aussi de réalisateur. Il le confie d'ailleurs lui-même : « il faut savoir grandir, c'est-à-dire ne plus faire les choses à deux ou à trois, mais tout seul. J'ai eu aussi un nouveau producteur, Charles Gassot. Tout était un peu neuf; c'est pour ça que je considère ce film comme un premier film. J'y ai beaucoup travaillé ». Et cela ce voit, pour notre plus grand plaisir.



En quelques films, l'humoriste est donc rapidement devenu un cinéaste à part entière. Chacune de ses oeuvres devient véritablement attendue. Et si l'ensemble demeure encore inégal, ses quelques réussites sont la preuve que le meilleur reste encore à venir. Aujourd'hui à l'affiche de Bouquet Final, première réalisation de Michel Delgado, Didier Bourdon se révèle particulièrement irrésistible, en très grande forme, dans une comédie noire et absurde à la fois. L'une des meilleures de l'année ! Parallèlement, il nous prépare son prochain film, Bambou, co-écrit avec son nouveau complice Delgado, et dans lequel il joue aux côtés de Pierre Arditi, Eddy Mitchell, ou bien encore Anny Duperey. L'histoire raconte les mésaventures d'un homme qui désire un enfant de sa femme, mais qui, au bout du compte, va se retrouver avec une petite chienne sur les bras. « J'ai eu l'idée de faire ce film en constatant la place de plus en plus grande que les animaux domestiques occupent aujourd'hui dans la vie des gens. C'est devenu un phénomène de société absolument incroyable. Sur le plan affectif, bien sûr, mais aussi sur le plan commercial ». Connaissant le bonhomme, le résultat prendra très certainement une tournure des plus satiriques. En tous les cas, nous devrions en entendre parler très prochainement. Pas mal, pour un Inconnu !

Gilles Botineau
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