Par - publié le 08 décembre 2005 à 05h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h41 - 1 commentaire(s)
BREAKFAST ON PLUTO
De Neil Jordan
Avec Alan Moloney, Liam Neeson, Brendan Gleeson, Ruth Negga, Stephen Rea, Gavin Friday
Durée : 2h02
Sortie : prochainement

Années 70. Patrick est un jeune travesti qui pense depuis l’enfance être né dans le mauvais corps. On suit son parcours qui le mènera ou non à sa mère.

Neil Jordan a toujours été intéressé par les marginaux en même temps qu’il a souvent multiplié les genres (fantastique, drame, politique…). Comme pour masquer sa réelle personnalité ou afficher son indépendance. Cinéaste énigmatique, en tous cas. Avec Breakfast on Pluto, on retrouve toute la thématique de son Crying Game dans un récit foisonnant, un peu épuisant, parfois irritant mais illuminé par la simple présence de Cillian Murphy, aussi beau qu’une fille. Certaines coutures craquent (omniprésence de la bande-son, surplus de situations rocambolesques à l’aune de l’exubérance du protagoniste…) dans ce récit initiatique. Mais la douce folie qui émane de ce kaléidoscope d’images finit par emporter l’adhésion.



INTERVIEW NEIL JORDAN

Laconique et direct, Neil Jordan n’aime pas trop l’exercice de l’interview mais prend un malin plaisir à redire tout le bien qu’il pense de son acteur principal Cillian Murphy. Quelque chose comme le descendant direct de Crying Game, dans un genre toutefois différent, Breakfast on Pluto est aussi enthousiasmant et irritant que son protagoniste. Aux dernières nouvelles, Jordan devrait prochainement tourner Borgia, avec Colin Farrell et Scarlett Johansson.

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Est-ce qu’on peut établir des liens entre votre dernier film et Crying Game ?
Cette comparaison est inévitable mais je trouve ça un peu ennuyeux. Ce film n’est pas une resucée du Crying Game dans le sens où de nombreux éléments diffèrent dans un contexte différent, ici les seventies. Les personnages ici sont heureux tandis que dans Crying Game, les protagonistes ne savaient pas quelle était leur identité. L’inspiration est plus d’ordre accidentelle, si vous voyez ce que je veux dire.



Cette fois-ci, il n’y a pas de twist en plein milieu du film.
Dieu merci non. Je cherche encore à comprendre pourquoi The Crying Game est devenu aussi célèbre. Bien que l’intrigue soit simple, je pense que tout le succès vient du phénomène qui est né autour. Les gens pensent que je n’ai fait que ce film alors que j’en ai fait d’autres que je trouve meilleurs.

La singularité du style, notamment de la narration, a contribué à ce phénomène.
Peut-être.

Comment avez-vous découvert Cillian Murphy ?
Quand j’ai écrit le script, j’ai fait quelques tests avec des jeunes acteurs de la nouvelle génération. Cillian faisait partie du lot. Je l’ai connu au théâtre en Irlande. Après quelques essais avec lui, je l’ai trouvé simplement exceptionnel. A l’époque, il y a environ trois ans, j’étais… Vous savez, vous avez pointé les similarités entre Crying Game et Breakfast on Pluto. J’ai beaucoup hésité avant d’accepter de le faire de peur de refaire précisément la même chose que sur Crying Game. C’est la prestation de Cillian qui m’a principalement convaincu de le faire.



Cet acteur semble avoir une propension à se mettre en danger lorsqu’il incarne un rôle.
Ce qui fait son talent, à mon avis, c’est surtout sa capacité à ne pas juger le personnage qu’il incarne. Dès qu’il a lu les premières pages du scénario, il m’a donné son accord sans doute parce qu’il sentait le challenge.

On retrouve Cillian aux côtés de Liam Neeson, avec lequel vous tournez pour la troisième fois, comme dans Batman Begins.
Exact. C’est un heureux accident. Mais c’est un film très spécial pour moi. Cela correspond à la perspective libertaire que le personnage central apporte à une époque conservatrice.



Dans bon nombre de vos films, que ce soit Entretien avec un vampire, Crying Game ou celui-ci, vous filmez la féminité des hommes.
Ce sujet ne me touche pas particulièrement même si certains de mes personnages sont effectivement en pleine crise identitaire. Ces films en question parlent davantage de comment votre identité est avant tout une question de choix. Ce serait lourd de dire que ces personnages sont des paraboles de la situation politique de l’Irlande mais c’est l’idée.


Il y a eu des scènes délicates à tourner ?
Celle d’explosion dans la discothèque, je pense. Premièrement, parce que cette scène a eu des résonances actuelles avec cette éruption de violence qui apparaît soudainement dans un lieu connu ; mais j’avais envie de tourner cette scène de manière spécifique. Quand le personnage danse, il se regarde dans le reflet du miroir et puis l’explosion. Techniquement, c’est difficile d’avoir un pareil effet. Effectivement, cela traduit mon envie de créer des surprises. C’est en écho au parcours du personnage qui est très chaotique.



Vous avez tourné plusieurs films fantastiques à l’instar de La Compagnie des Loups. Quelle est votre relation au cinéma fantastique ?
J’adore le gothique. C’est un genre qui stimule l’imagination et j’aime à penser que je fais un cinéma de pure imagination. Si on cherche à fuir la réalité et qu’on aime le cinéma qui lorgne vers l’irréel, pour sûr, on y trouve son compte et on aime les films d’horreur. Les films fantastiques de la Hammer exploitaient la notion d’imaginaire avec des châteaux, des paysages précis etc. C’est l’échappatoire idéale pour s’évader de la réalité. Mais je ne pense pas être spécialisé dans l’horreur pour autant. J’aurais été incapable de mettre en scène un film comme L’exorciste (William Friedkin).

Mais votre filmographie est marquée par une forme d’éclectisme.
Absolument. De toute façon, j’aime brasser les genres. Si un jour je décide de réaliser un western, ce ne sera pas un western classique ou conventionnel. Quand je signe un film qui se veut ancré dans le réalisme, il y a toujours des touches de fantastique. La réciproque est valable : quand j’œuvre dans le fantastique, il y a des détails très réalistes. Je suppose que c’est parce que moi-même je vis entre les deux.



Comment avez-vous préparé la bande-son de Breakfast on Pluto ?
A la base, je ne voulais pas faire un film avec une bande-son. Le personnage s’imagine lui-même dans un film. Il cite souvent des chansons que tout le monde connaît, donc je me suis résigné à faire une bande-son.

Que conservez-vous de votre expérience américaine ?
Vous pensez à No Angels ? C’était il y a fort longtemps. C’est le seul film dont je n’ai pas écrit le scénario. C’était David Mamet qui s’en était chargé. En réalité, il s’agissait d’une comédie inoffensive comme Hollywood aime en faire. Je ne pense pas qu’on avait le bon casting et que le ton de la comédie était adéquat mais j’ai adoré faire ce film. Certains critiques l’ont aimé ; d’autres, pas.



Vous avez écrit des romans fantastiques. Est-ce que comme un Clive Barker vous continuez ?
Oui, bien sûr. J’ai écrit un roman l’année dernière intitulé Shade. C’est une histoire gothique, dans le sillage de La compagnie des loups. Si j’avais les moyens, je ferai dès maintenant un film de genre.



Quels sont vos projets ?
Je devais réaliser Me and my monster. Ce projet devra attendre parce que je n’ai pas une capacité surhumaine à stocker les projets. Je suis en discussion pour mettre en scène un film que j’ai écrit. Je vais en faire un nouveau en printemps prochain qui regroupera un casting européen.
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