
Vous pensez que les jeunes aujourd'hui craignent de s'engager ?
Je ne sais pas si c'est plus difficile de s'engager aujourd'hui, je pense surtout qu'on a plus la possibilité d'attendre. On commence de plus en plus tardivement sa vie d'adulte, il est courant désormais d'avoir des enfants entre 30 et 40 ans. Les choix sont plus vastes, on a souvent peur de se tromper, il y a moins de pression sociale, on se laisse dériver, on vagabonde.
Vous évoquiez la part entre le réel et l'irréel au coeur du film, en quel sens le ressentez vous comme irréel ?
Tous les films sont d'une certaine façon irréels, on crée un monde qui se trouve être un sous ensemble du monde réel. Il y a une forme de poésie qui est très loin de celle des frères Dardenne. Si vous allez à Venise vous ne retrouverez pas forcément l'ambiance de ce film, elle est différente. Tout ce qui se passe pourrait arriver, mais je voulais garder une atmosphère assez magique, qui se trouve renforcée par le choix de l'hiver pour situer le récit. L'hiver est une saison plus lyrique que l'été, saison plus sensuelle.
Quelles furent vos sources d'inspiration ?
Des petites notes très différentes viennent l'imprégner, certaines , par exemple, sont tirées du film de Michel Gondry, Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Il y a également une ambiance très française dans ce film, il me semble, les musiques notamment, c'est un pays qui m'est cher, ma mère est française et je suis à moitié français. C'est un mélange, j'espère, harmonieux, de tout ce que j'aime.
C'est votre premier film, c'est difficile aujourd'hui de s'imposer comme réalisateur en Italie ?
J'ai eu beaucoup de chance. Je pensais mener une carrière universitaire et j'ai décidé à 27 ans de changer de voix, de me tourner vers la photographie. J'ai été pris dans une école de cinéma où j'ai pu tourner un premier court-métrage qui a reçu beaucoup de prix ce qui m'a permis de rebondir. La difficulté aujourd'hui, alors que nous traversons une crise économique profonde, c'est de pouvoir non pas tourner un film mais tourner un bon film que vous avez envie de porter. Les producteurs se tournent plus facilement vers des films faciles. C'est ensuite un problème de choix. C'est la raison pour laquelle j'aimerais faire des films qui sortent du cadre des productions italiennes, des films européens et français.
Propos recueillis par Sophie Wittmer

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