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Les films italiens

Dix hivers à Venise: Interview de Valerio Mieli

Rencontre avec un jeune cinéaste italien chaleureux, dont le premier film, d'une sincérité légère et touchante, s'impose comme une trés bonne surprise.

Par - publié le 13 février 2012 à 10h00 ,
MAJ le 13 février 2012 à 10h08 - 0 commentaire(s)
Valerio Mieli est d'origine italienne et française, il s'exprime avec un accent charmant, une tonalité légère et douce, à l'image de son premier film, Dix hivers à Venise, parsemé de touches personnelles, sur lequel il revient avec une chaleureuse sincérité. Rencontre avec un jeune cinéaste prometteur.
Dix hivers à Venise de Valerio Mieli
Pourquoi avoir placé votre récit entre Venise et Moscou, que symbolisent pour vous ces deux villes ?
Je voulais créer un monde qui me séduisait, que j'aurai aimé connaitre, vivre à Venise notamment. C'est une ambiance qui me plait, qui m'attire. J'avais envie de me poser sur un univers assez réaliste en en même temps créer une sorte de fable, c'était l'équilibre que je recherchais. Venise, c'est la ville de la poésie, une ville à la fois idéale et irréelle, c'est ce qui se rapproche le plus pour moi du Paradis. Mais je voulais m'arrêter parallèlement sur une Venise quotidienne, pas celle que l'on montre d'habitude, beaucoup de scènes se passent ainsi dans les Vaporetto. En choisissant Moscou je recherchais  un contraste avec une ville immense, exotique, ayant toujours une tonalité hivernale. C'est l'endroit vers lequel Camilla choisit de s'échapper, l'ailleurs.
 
Que vous inspire justement cette note glaciale de l'hiver ?
C'est une histoire d'amour congelée qui se décongèle. L'hiver reste pour moi une saison plus poétique que sensuelle et cette histoire n'est guère érotique. C'est la saison durant laquelle j'attends le printemps, en ce sens c'est une saison que j'aime énormément. C'est une histoire d'amour qui s'étale sur une très longue période et l'hiver se pose ainsi comme l'image de ces sentiments quasiment surgelés qui doivent murir, s'épanouir.
 
Que représente pour vous cette histoire ?
J'ai  entretenu une relation ressemblant vaguement  à celle-ci et ce fut assez naturel pour moi de revenir sur les dix ans que je viens de traverser, ces années durant lesquelles on passe de l'adolescence à l'âge adulte.  J'ai construit cette histoire à partir de différentes  expériences. C'est une aventure liée à la peur de s'engager, à la peur de construire, la peur de briser une forme de pureté si l'amour soudainement devient réel et n'est plus seulement fantasmé, ce qui est une attitude assez enfantine. Je me retrouve vraiment dans ces deux personnages, ils ont chacun des bribes de ma personnalité dans leur façon d'appréhender cette relation et leurs sentiments. Camilla  a les idées claires mais change très vite, elle évolue, bouge, abandonne tout en ayant la sensation d'avancer. Silvestro reste beaucoup plus statique, avance lentement, comme les escargots qu'il étudie. Ils représentent chacun deux façons  d'aborder ce voyage nous amenant à évoluer, aborder une autre rive, à appréhender la vie différemment.


Vous pensez que les jeunes aujourd'hui craignent de s'engager ?
Je ne sais pas si c'est plus difficile de s'engager aujourd'hui, je pense surtout qu'on a plus la possibilité d'attendre.  On commence de plus en plus tardivement sa vie d'adulte, il est courant désormais d'avoir des enfants entre 30 et 40 ans. Les choix sont plus vastes, on a souvent peur de se tromper,  il y a moins de pression sociale, on se laisse dériver, on vagabonde.
 
Vous évoquiez la part entre le réel et l'irréel au coeur du film, en quel sens le ressentez vous comme irréel ?
Tous les films sont d'une certaine façon irréels, on crée un monde qui se trouve être un sous ensemble du monde réel.  Il y a une forme de poésie qui est très loin de celle des frères Dardenne. Si vous allez à Venise vous ne retrouverez pas forcément l'ambiance de ce film, elle est différente. Tout ce qui se passe pourrait arriver, mais je voulais garder une atmosphère assez magique, qui se trouve renforcée par le choix de l'hiver pour situer le récit. L'hiver est une saison plus lyrique que l'été, saison plus sensuelle.
 
Quelles furent vos sources d'inspiration ?
Des petites notes très différentes viennent l'imprégner, certaines , par exemple, sont tirées du film de Michel Gondry, Eternal Sunshine of the Spotless Mind.  Il y a également une ambiance très française dans ce film, il me semble, les musiques notamment, c'est un pays qui m'est cher, ma mère est française et je suis à moitié français. C'est un mélange, j'espère, harmonieux, de tout ce que j'aime.
 
C'est votre premier film, c'est difficile aujourd'hui de s'imposer comme réalisateur en Italie ?
J'ai eu beaucoup de chance. Je pensais mener une carrière universitaire et j'ai décidé à 27 ans de changer de voix, de me tourner vers la photographie. J'ai été pris dans une école de cinéma où j'ai pu tourner un premier court-métrage qui a reçu beaucoup de prix ce qui m'a permis de rebondir. La difficulté aujourd'hui,  alors que nous traversons une crise économique profonde, c'est de pouvoir non pas tourner un film mais tourner un bon film que vous avez envie de porter. Les producteurs se tournent plus facilement vers des films faciles. C'est ensuite un problème de choix. C'est la raison pour laquelle j'aimerais faire des films qui sortent du cadre des productions italiennes, des films européens et français.
 
Propos recueillis par Sophie Wittmer


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