Les dossiers du net des lecteurs de dvdrama donnent la parole à Etienne Perrin qui nous donne un petit cours de cinéma sur le plan séquence.
Le plan séquence est de plus en plus utilisé au cinéma. Mais qu’est-ce que c’est ?
Commençons par définir un
plan. Au cinéma, le plan commence au moment où la caméra
est allumée et se termine lorsque la caméra s’éteint. En général, un plan dure entre
deux et dix secondes, mais tout dépend du film en question. Dans un film, il y a en
moyenne de 500 à 600 plans. Définissons maintenant le mot
séquence. Une séquence est
une partie d’un film qui se situe dans le même endroit, où il y a une action
prédominante, un dialogue prédominant. Par exemple lorsque dans un film nous avons
un dialogue dans une cuisine puis ensuite nous avons une course poursuite sur une
autoroute, nous sommes en présence de deux séquences et la première se termine à la
fin du dialogue dans la cuisine pendant que la seconde commence au début de la course poursuite. Maintenant,
définir un plan-séquence devient simple : il s’agit d’une séquence ne comportant
qu’un seul plan. Autrement dit, la caméra n’a pas été arrêtée durant toute la
séquence (le dialogue n’est filmé qu’en une seule fois, tout comme la course
poursuite en reprenant les exemples cités précédemment).
Un
plan-séquence est très difficile à filmer car il faut tout préparer, et faire
attention à tous les obstacles qui pourraient être visibles sur la pellicule comme
la perche son, les ombres du caméraman ou encore les projecteurs. Bien maîtriser un
plan séquence, c’est savoir tout organiser étape par étape, ne pas négliger la
photographie et réussir à avoir un son suffisamment bon. Car un plan-séquence est
long, vu qu’une séquence est longue. Il dure en moyenne cinq à dix minutes. Mais il
y a bien sur des réalisateurs qui tentent des prouesses techniques de plus en plus
poussées. On peut penser à
L’arche Russe de Alexandre Sokurov qui est un long
plan-séquence de une heure et trente-cinq minutes. Mais revenons aux sources du
plan-séquence.
La Corde de Alfred Hitchcock est un des premiers films à utiliser la technique du
plan-séquence durant des intervalles très longs. En effet, le film possède huit
plans séquence de dix minutes chacun. A l’époque, les bobines ne duraient au maximum
que dix minutes, ce qui explique le fait que les plans séquence ne durent que dix
minutes dans le film. Hitchcock aurait aimé pouvoir aller plus loin mais la
technologie de l’époque de ne lui permettait pas ce possibilité. Par la suite, il y
eut d’autres chefs d’œuvres avec la scène de la plage dans
Othello d’Orson Welles,
celle de la marche dans la tranchée dans
Les Sentiers de la Gloire de Stanley
Kubrick, le début de
The Player de Robert Altman, …
Depuis, de nombreux réalisateurs se sont lancés dans le plan séquence et en ont même
fait leur marque de fabrique comme Gus Van Sant qui, depuis quelques temps réalise
des films avec beaucoup de plans séquence comme ceux de
Gerry, Elephant ou encore
Last Days. L’esprit de Gus Van Sant passe par les plans séquence, tout comme les
œuvres de Michael Haneke qui possèdent des plans relativement longs. On se souvient
très bien de
Funny Game ou de Benny’s Video qui jouaient tous deux sur les longs
plans et mettaient en avant leurs ambiances froides et violentes. Dans les oeuvres
de Michael Haneke ou de Gus Van Sant, on s’ennuie facilement, mais cet ennui n’est
pas gratuit, il est justifié par une réflexion et une accumulation qui appuie sur un message fort et le renvoie au spectateur. Par
exemple, le plan séquence de
71 Fragments d’une Chronologie du Hasard de Michael
Haneke est à la limite du supportable mais n’est pas gratuit (tout comme la scène du
viol dans Irréversible, mais c’est encore un autre message). Pour en revenir aux
plans séquence connus, il y a également le très célèbre plan séquence de Brian de
Palma dans la scène d’ouverture de
Snake Eyes où Nicolas Cage effectue une
incroyable prouesse. On retrouve d’ailleurs un autre plan-séquence à la fin du film,
lors du générique, tout aussi convainquant même si secondaire. Il y a aussi le plan
séquence de
Old Boy de Park Chan-Wook où le protagoniste effectue un incroyable
combat pendant que s’effectue un lent travelling très intelligent. On peut aussi
évoquer le plan séquence de
Heat de Michael Mann comparable à celui de
Breaking News de Johnnie To. Vous l’avez
compris, le plan-séquence fait maintenant partie d’une technique importante
cinématographie et les réalisateurs, comme les spectateurs, sont plutôt friands de
cette technique.
Il y a maintenant les défis extrêmes que les réalisateurs se lancent : ceux de faire
le moins de plans possibles dans un film. La majorité y arrive plutôt bien comme
Gaspar Noé qui réalise douze plans séquence pour
Irréversible et y révèle une grande
performance (il a réalisé par la suite le clip de Placebo –
Protège-moi qui est
aussi un plan séquence) malgré des truquages. On ne peut pas non plus négliger
Chansons du Deuxième Etage de Roy Andersson. Mais il y a encore plus fort : faire
d’un film un seul plan-séquence. Il en existe quelques uns :
L’arche Russe de
Alexandre Sokurov, déjà évoqué un peu plus haut, qui est une incroyable prouesse
technique. Le récent
Temps Réel de Fabrizio Prada qui, malgré un léger scénario, arrive à convaincre grâce à son plan-séquence d’une heure
et vingt six minutes. Passons maintenant à encore plus fort, car les réalisateurs
n’ont peur de rien et veulent absolument séduire par ce procédé. Ainsi, la palme
revient à
Time Code de Mike Figgis qui est constitué de quatre plans séquence situés
aux quatre coins de l’écran. Ainsi, nous avons l’écran divisé en quatre avec aux
quatre extrémités un plan séquence d’une heure et trente sept minutes. Défi
incroyable qui est encore plus stupéfiant dans le sens où le spectateur arrive à
suivre l’histoire malgré les quatre sons des plans séquences superposés. Vous pensez
avoir tout vu ? Alors c’est le moment de vous présenter
Empire d’Andy Warhol. Andy
Warhol est un artiste de musée et son film n’est donc pas sorti au cinéma, mais
c’est le détenteur d’un des plans séquence les plus longs de l’histoire avec huit
heures non stop.
Bref, le plan séquence est de plus en plus présent au cinéma, mais il est aussi de
plus en plus populaire et est aujourd’hui utilisé par les plus grands qui en font
parfois leur marque de fabrique. Certains veulent aller de plus en plus loin et la
question est « Jusqu’où irons-t-ils ? » mais aussi « Jusqu’à quand le spectateur
regardera-t-il ? ».
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