Par Etienne Perrin - publié le 11 mai 2006 à 10h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h55 - 48 commentaire(s)
Les dossiers du net des lecteurs de dvdrama donnent la parole à Etienne Perrin qui nous donne un petit cours de cinéma sur le plan séquence.



Le plan séquence est de plus en plus utilisé au cinéma. Mais qu’est-ce que c’est ? Commençons par définir un plan. Au cinéma, le plan commence au moment où la caméra est allumée et se termine lorsque la caméra s’éteint. En général, un plan dure entre deux et dix secondes, mais tout dépend du film en question. Dans un film, il y a en moyenne de 500 à 600 plans. Définissons maintenant le mot séquence. Une séquence est une partie d’un film qui se situe dans le même endroit, où il y a une action prédominante, un dialogue prédominant. Par exemple lorsque dans un film nous avons un dialogue dans une cuisine puis ensuite nous avons une course poursuite sur une autoroute, nous sommes en présence de deux séquences et la première se termine à la fin du dialogue dans la cuisine pendant que la seconde commence au début de la course poursuite. Maintenant, définir un plan-séquence devient simple : il s’agit d’une séquence ne comportant qu’un seul plan. Autrement dit, la caméra n’a pas été arrêtée durant toute la séquence (le dialogue n’est filmé qu’en une seule fois, tout comme la course poursuite en reprenant les exemples cités précédemment).



Un plan-séquence est très difficile à filmer car il faut tout préparer, et faire attention à tous les obstacles qui pourraient être visibles sur la pellicule comme la perche son, les ombres du caméraman ou encore les projecteurs. Bien maîtriser un plan séquence, c’est savoir tout organiser étape par étape, ne pas négliger la photographie et réussir à avoir un son suffisamment bon. Car un plan-séquence est long, vu qu’une séquence est longue. Il dure en moyenne cinq à dix minutes. Mais il y a bien sur des réalisateurs qui tentent des prouesses techniques de plus en plus poussées. On peut penser à L’arche Russe de Alexandre Sokurov qui est un long plan-séquence de une heure et trente-cinq minutes. Mais revenons aux sources du plan-séquence. La Corde de Alfred Hitchcock est un des premiers films à utiliser la technique du plan-séquence durant des intervalles très longs. En effet, le film possède huit plans séquence de dix minutes chacun. A l’époque, les bobines ne duraient au maximum que dix minutes, ce qui explique le fait que les plans séquence ne durent que dix minutes dans le film. Hitchcock aurait aimé pouvoir aller plus loin mais la technologie de l’époque de ne lui permettait pas ce possibilité. Par la suite, il y eut d’autres chefs d’œuvres avec la scène de la plage dans Othello d’Orson Welles, celle de la marche dans la tranchée dans Les Sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick, le début de The Player de Robert Altman, …


Depuis, de nombreux réalisateurs se sont lancés dans le plan séquence et en ont même fait leur marque de fabrique comme Gus Van Sant qui, depuis quelques temps réalise des films avec beaucoup de plans séquence comme ceux de Gerry, Elephant ou encore Last Days. L’esprit de Gus Van Sant passe par les plans séquence, tout comme les œuvres de Michael Haneke qui possèdent des plans relativement longs. On se souvient très bien de Funny Game ou de Benny’s Video qui jouaient tous deux sur les longs plans et mettaient en avant leurs ambiances froides et violentes. Dans les oeuvres de Michael Haneke ou de Gus Van Sant, on s’ennuie facilement, mais cet ennui n’est pas gratuit, il est justifié par une réflexion et une accumulation qui appuie sur un message fort et le renvoie au spectateur. Par exemple, le plan séquence de 71 Fragments d’une Chronologie du Hasard de Michael Haneke est à la limite du supportable mais n’est pas gratuit (tout comme la scène du viol dans Irréversible, mais c’est encore un autre message). Pour en revenir aux plans séquence connus, il y a également le très célèbre plan séquence de Brian de Palma dans la scène d’ouverture de Snake Eyes où Nicolas Cage effectue une incroyable prouesse. On retrouve d’ailleurs un autre plan-séquence à la fin du film, lors du générique, tout aussi convainquant même si secondaire. Il y a aussi le plan séquence de Old Boy de Park Chan-Wook où le protagoniste effectue un incroyable combat pendant que s’effectue un lent travelling très intelligent. On peut aussi évoquer le plan séquence de Heat de Michael Mann comparable à celui de Breaking News de Johnnie To. Vous l’avez compris, le plan-séquence fait maintenant partie d’une technique importante cinématographie et les réalisateurs, comme les spectateurs, sont plutôt friands de cette technique.



Il y a maintenant les défis extrêmes que les réalisateurs se lancent : ceux de faire le moins de plans possibles dans un film. La majorité y arrive plutôt bien comme Gaspar Noé qui réalise douze plans séquence pour Irréversible et y révèle une grande performance (il a réalisé par la suite le clip de Placebo – Protège-moi qui est aussi un plan séquence) malgré des truquages. On ne peut pas non plus négliger Chansons du Deuxième Etage de Roy Andersson. Mais il y a encore plus fort : faire d’un film un seul plan-séquence. Il en existe quelques uns : L’arche Russe de Alexandre Sokurov, déjà évoqué un peu plus haut, qui est une incroyable prouesse technique. Le récent Temps Réel de Fabrizio Prada qui, malgré un léger scénario, arrive à convaincre grâce à son plan-séquence d’une heure et vingt six minutes. Passons maintenant à encore plus fort, car les réalisateurs n’ont peur de rien et veulent absolument séduire par ce procédé. Ainsi, la palme revient à Time Code de Mike Figgis qui est constitué de quatre plans séquence situés aux quatre coins de l’écran. Ainsi, nous avons l’écran divisé en quatre avec aux quatre extrémités un plan séquence d’une heure et trente sept minutes. Défi incroyable qui est encore plus stupéfiant dans le sens où le spectateur arrive à suivre l’histoire malgré les quatre sons des plans séquences superposés. Vous pensez avoir tout vu ? Alors c’est le moment de vous présenter Empire d’Andy Warhol. Andy Warhol est un artiste de musée et son film n’est donc pas sorti au cinéma, mais c’est le détenteur d’un des plans séquence les plus longs de l’histoire avec huit heures non stop.



Bref, le plan séquence est de plus en plus présent au cinéma, mais il est aussi de plus en plus populaire et est aujourd’hui utilisé par les plus grands qui en font parfois leur marque de fabrique. Certains veulent aller de plus en plus loin et la question est « Jusqu’où irons-t-ils ? » mais aussi « Jusqu’à quand le spectateur regardera-t-il ? ».

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