Après l'annonce du palmarès, voici un petit bilan de la 17e édition du festival international du film fantastique de Gérardmer (du 27 au 31 janvier 2010). Aujourd'hui, la compétition.
5150, RUE DES ORMES, d'Eric Tessier.
Plébiscité en masse par le public, 5150, rue des Ormes, d'Eric Tessier (Sur le seuil) peut se voir comme une adaptation ludique quoique limitée du Joueur d'échecs, de Stefan Zweig dans lequel un anonyme prisonnier des nazis échappait à ses bourreaux en apprenant un manuel d'échecs. Cette fois-ci, ça se passe de nos jours, dans une famille en apparence ordinaire avec des membres échappés d'une sitcom dégénérée, proche de Mum and Dad (Steven Sheil, 2008). Le problème, c'est que Tessier alourdit inutilement la psychologie (les rapports carnassiers entre le père/bourreau et le fils/victime) et surtout la parabole biblique (la référence démonstrative à la prière d'Abraham, implorant Dieu d'épargner Sodome et Gomorrhe à condition qu'il trouve cinquante "justes").

AMER, de Hélène Cattet et Bruno Forzani.
Avec ce premier long-métrage très risqué, Hélène Cattet et Bruno Forzani ont capté l'essence du giallo, un genre qu'ils maîtrisent sur le bout des doigts, pour proposer une expérience mentale dans la peau d'une femme schizophrène et paranoïaque rétive aux contacts humains, à un monde extérieur dominé par les hommes. L'absence de narration et le traitement expérimental ont manifestement beaucoup dérangé les festivaliers qui lui ont réservé un accueil très controversé. Pourtant, bien que hâtivement rangé au rayon des curiosités pour cinéphiles déviants, Amer demeure ce qu'il y avait de plus stimulant cette année au festival de Gérardmer.
HIERRO, de Gabe Ibanez.
En racontant l'errance sauvage d'une mère à la recherche d'un enfant disparu, le jeune Gabe Ibanez multiplie les lieux communs ainsi que les effets hypertrophiés et tire à la ligne avant un coup de théâtre final très prévisible. Deux maigres consolations : l'interprétation émotionnelle d'Elena Ayana et une allusion (involontaire ?) à Kill Bill 2 dans la seule bonne scène du film : un duel dans une caravane entre deux mères contrariées.
LA HORDE, de Yannick Dahan et Benjamin Rocher.
Nord de Paris. Décidé à venger la mort d'un des leurs, un groupe de policiers prend d'assaut une tour HLM dans laquelle s'est barricadée une bande de gangsters, et se retrouve sans le savoir confronté à une horde de zombies. Un peu oubliés au palmarès avec une récompense en chocolat, Yannick Dahan et Benjamin Rocher ont cependant créé l'évènement à Gérardmer en présentant "le premier film de zombie français". Ils ont fait ce film pour distraire le public - qui s'amusait à réciter les répliques bad-ass en sortant de la salle - et quoi qu'on pense du résultat, cette projection a été l'une des plus explosives du festival. Tant mieux pour eux.
LES TEMOINS DU MAL, d'Elio Quiroga
Une maison hantée. Une dépression post-natale. Des événements surnaturels. Un background historique obscur. Malgré toute la bonne volonté du monde, le jeune Elio Quiroga (The Cold Hour) a signé un salmigondis mystico-symbolique qui, à la manière de Hierro, aimerait rejoindre les réussites du cinéma de genre espagnol (L'orphelinat) et ne mérite pas son actrice principale, Ana Torrent (L'esprit de la ruche, Tesis). Les bonnes intentions sont hélas inversement proportionnelles aux efforts mis en œuvre.
MOON, de Duncan Jones
Diffusé dans tous les festivals du monde, ce premier film réalisé par Duncan Jones, le fils de David Bowie, doit beaucoup à son accroche intrigante (Sam Rockwell, seul sur la lune, pendant près d'une heure trente). Si on devait le résumer, ce serait une idée de cinéma pour Tarkovski mais réalisée par un artisan honnête comme James Mangold (Identity). La performance de l'acteur et l'excellente musique de Clint Mansell contribuent à rendre cette "space oddity" addictive. Avant même d'alunir à Gérardmer, il était considéré comme l'un des grands favoris. Au palmarès, un prix de la presse internationale (entaché par une mention très spéciale à Amer) et un prix du jury.
POSSESSED, de Lee Yong-Ju
Avant de réaliser Possessed qui raconte les tourments d'une femme taraudée par la disparition de sa soeur, Lee Yong-Ju fut assistant de Bong Joon-Ho sur Memories of Murder. En voyant le film, on perçoit son influence. Bien que confus dans la narration et facile dans la gestion des effets (il lui suffit de monter le son à outrance pour sursignifier un événement traumatisant), le cinéaste fait mine de flirter avec le fantastique pour traiter de sujets plus ambitieux : la métaphysique, la foi, Dieu, la multiplicité des religions... Certaines scènes troublantes témoignent d'un savoir-faire formel comme ce suicide vertigineux ou encore cette vision surréaliste dans un parc avec un animal que l'on croirait sorti des rushs d'un film de M. Night Shyamalan, au plus proche du "réalisme fantastique". On attend cependant une seconde expertise.
THE DOOR, d'Anno Saul
Endeuillé et inconsolable depuis la mort de sa petite fille, un homme franchit un portail qui lui donne la possibilité de se racheter. Coincé dans un paradoxe temporel, il devient le double de ce qu'il était. Le revers de la médaille, c'est que ces doubles doivent tuer les anciennes versions d'eux-mêmes. L'atout, c'est incontestablement l'acteur Mads Mikkelsen, révélation de la trilogie Pusher, de Nicolas Winding Refn, qui, depuis, connaît une carrière internationale amplement méritée. Sans lui, The Door ne serait qu'un long épisode de La Quatrième dimension misant sur l'implication du spectateur et jouant sur des peurs (la mort d'un enfant) et des désirs (le fantasme caressé d'une seconde chance) universels. Grand prix assez consensuel.

