1971, Melvin Van Peebles réalise
Sweet Sweetback’s Baadasssss song, premier film d’action ayant pour héros un personnage noir. Le réalisateur, auteur et acteur y incarne Sweetback, qui assiste au passage à tabac du leader d’un groupe de manifestants par deux policiers blancs. Prenant alors la défense du militant, il finit par assommer les deux policiers et devient la cible de toute la police de Los Angeles. Commence alors une fuite soutenue par la population noire qui le mènera au Mexique. Succès critique et populaire auréolent la sortie du film qui s’est conçu en marge des studios de productions dominés par les blancs. Ce long-métrage, sans le savoir, semble destiné à lancer un nouveau cinéma.

La blaxploitation est un courant cinématographique unique en son genre, né de différentes influences et profondément ancré dans son époque. En effet, si les films de Sidney Poitier laissaient entendre qu’il était facile pour les noirs d’être acceptés dans la société américaine, la réalité était bien différente. En 1970, la condition sociale des noirs aux Etats-Unis n’a guère évolué depuis les relatives victoires de la lutte pour leurs droits. L’assassinat du Dr Martin Luther King n’arrange en rien ce constat et la discrimination raciale a malheureusement pris la place de la ségrégation qui sévissait dans les années 60. Les films avec Poitier ne reflètent pas la réalité et les noirs-émaricains ne souhaitent plus voir les acteurs noirs cantonnés à des rôles de serviteurs ! La communauté noire-américaine, en réponse à l’absence quasi totale de comédiens de couleurs dans les productions américaines et en opposition à l’hypocrisie du showbizz s’est donc forgé son propre cinéma...
“
The Film that THE MAN doesn't want you to see!” (Le film que l’HOMME ne veut pas vous montrer… !). Voici la tagline de Baadasssss, traduisez THE MAN par le blanc et vous comprendrez les ambitions du film... Nous sommes dans un réel acte de rebellion, une oeuvre à la fois artistique, politique et sociale «
dedicated to all the Brothers and Sisters who had enough of the Man » !
Si Sidney Poitier était invité à dîner dans
Guess who’s coming to dinner et si John Cassavetes racontait le jazz black dans
Shadows, c’est cependant grâce à la blaxploitation que le cinéma hollywoodien à commence à prendre des couleurs... Le public noir américain va se rendre en masse pour voir ces films dont les héros sont des figures libérées tant masculines que féminines...
Revers de la médaille : l’univers ultra-violent des films de blaxploitations, plongés dans l’univers de la drogue, du sexe, de la justice privée et des armes , participe dans les années 1970 à créer les clichés les plus ardus autour de la communauté noire. La musique joue également un rôle prépondédrant dans les films de la blax et le courant va permettre à certains compositeurs de créer une musique avant-gardiste mélangeant le jazz, la soul et le funk. C’est la naissance de compositions cultes telles que le thème inoubliable de
Shaft par Isaac Hayes qui sera récompensé par un Oscar !
La blaxploitation partage : véritable courant artistique ou phénomène de mode aux conséquences désastreuses ? Il n’empèche que le courant en marge des productions habitulles a crée une nouvelle mythologie : cinéma soul, figuré féminine libérée et sublimée, violence décomplexée et esthétisée, explosion des genres... La blaxploitatioon fut un véritable moulin mêlant les influences, les références, les modèles et différentes visions du cinéma. Ainsi, des figures telles que
Black Caesar,
Shaft,
Coffy,
Foxy Brown,
Blacula ou
Superfly voient le jour et font désormais partie du panthéon hollywoodien. Pourtant lorsque Denzel Washington remporte l’Oscar du meilleur acteur, c’est à Sidney Poitier qu’il rend hommage et non à la blaxploitation : «
Je marcherai toujours dans tes pas, Sidney et je ne changerai jamais de chemin ! », comme pour signifier que le courant a fait plus de mal à l’image des noirs-américains que prévu...
Pourtant, les plus grands cinéastes ne s’y trompent pas : la blaxploitation est un courant culte et une source d’inspiration intarrissable.
Jackie Brown et s’en inspire largement pour le personnage de The Bride dans Kill Bill... A l’occasion de la ressortie en salle de Shaft, voici un petit florilège des meiileurs affiches de film de la blaxploitation qui sont aujourd’hui devenues de véritables oeuvres pop à mettre aux cotés des tableaux de Warhol et autres artistes des années 1960-70...