A l'occasion de la sortie du nouveau Spike Lee, Inside Man, histoire d'un braquage qui tourne à la prise d'otages, retour sur 5 films américains des 20 dernières années qui ont abordé ce genre.
Piège de cristal (John McTiernan) 1988
Premier film de la série des Die Hard,
Piège de cristal reste encore aujourd’hui, la référence du film d’action à suspense. C’est aussi la naissance de l’un des plus grands héros du cinéma américain, John McClane. La grande trouvaille de ce film est de fonctionner avec le schéma inverse du film d’horreur. Ici, le héros isolé supprime les preneurs d’otage les uns après les autres, sans que les survivants parviennent à le localiser. La comparaison peut paraître étrange vu la dynamique du film, pourtant le réalisateur l’a mis en scène comme une partie d’échec où chacun doit évoluer dans cet espace clos qu’est la tour Nakatomi. Cette confrontation est largement suffisante à tenir le spectateur en haleine. La police ne joue donc qu’un rôle mineur dans l’action. Elle n’est d’ailleurs représentée pendant une partie du film que par un seul agent de police. Ensuite, les agents du FBI, comme dans de nombreux films hollywoodiens, prennent la place de la police locale et deviennent beaucoup plus violents et expéditifs.
Phone Game (Joel Schumacher) 2003
Trois ans après le très bon
Tigerland, Schumacher retrouve Colin Farrell en mettant en scène un scénario imaginé dès les années 60. Les conventions du film d’otage y sont bousculées même si on retrouve l’unité de lieu et l’encerclement de ce lieu par les forces de police. L’originalité réside dans l’impossibilité du personnage de Farrell de révéler à l’extérieur la vraie nature de la situation. De là naît cette hésitation de la police pour définir s’il s’agit d’un coupable ou d’une victime. Cette différenciation est d’ailleurs la base du discours idéologique du sniper. Il n‘agit pas pour des raisons financières, plutôt comme une sorte d‘entité supérieure, capable de décider de la vie ou la mort de sa cible.
Dans tout film de prise d’otages, le temps est compressé au maximum.
Phone Game a une durée de seulement 1h21, idéale pour simuler l’action en temps réel (le film a lui-même été tourné en un temps record de 12 jours). A noter que Matthew Libatique, le directeur de la photo de
Phone Game, a occupé le même poste sur
Inside Man.
Mad city (Costa-Gavras) 1998
A travers cette histoire de gardien de musée un peu demeuré qui prend un groupe scolaire en otage pour conserver son poste, Costa-Gavras prolonge une réflexion sur le rôle des médias déjà entamée dans
Un après-midi de chien (Sidney Lumet).
Les scénaristes se sont d’ailleurs inspirés d’un fait réel survenu en 1993 où les journalistes, écartés de la zone d’action, avaient dramatisé la situation sans aucune preuve.
Dans ce film, les médias prennent le pas sur les forces de l’ordre. Les négociations sont orchestrées par un journaliste (Dustin Hoffman), qui s’improvise également conseiller médiatique auprès du gardien (John Travolta), totalement dépassé par la situation. Les chances de survie du gardien ne sont plus entre les mains de la police mais dans les sondages réalisés par les médias. Toute la négociation devient une véritable bataille pour l’image où chaque fait et geste est capté et soumis à l’opinion publique.
Speed (Jan de Bont) 1994
Premier film de Jan de Bont (directeur de la photo sur Basic Instinct et justement Piège de Cristal),
Speed a fait un très gros score au box-office américain. Ce succès peut en partie s’expliquer par cette formule originale de prise d’otages dans un bus en mouvement. Autre originalité, le preneur d’otage (Dennis Hopper) n’est pas présent dans le bus, au contraire du policier joué par Keanu Reeves. Celui-ci doit plus faire face à un exercice de survie qu’à une réelle négociation avec le personnage de Dennis Hopper.
Contrairement aux autres films de cette liste,
Speed est le seul à faire naître une histoire d’amour entre les deux personnages principaux. Les autres films cités mettant plutôt en scène des couples en difficulté.
Négociateur (F.Gary Gray) 1998
Jusqu’à présent, les films cités ci-dessus montraient des preneurs d’otages au mieux simplets mais dans la plupart des cas, comme de véritables salopards, des vrais méchants de cinéma. Dans ce film, Samuel L. Jackson incarne un preneur d’otages auquel on s’identifie immédiatement, non par compassion mais parce que son combat est juste. Cette sympathie est d’autant plus forte qu’on a confiance en la capacité du preneur d’otages à se défendre et à déjouer les pièges de la police, étant lui-même négociateur. Finalement, les valeurs sont inversées, ce sont certains policiers qui représentent la force négative.
L’arrivée du négociateur indépendant, joué par Kevin Spacey, est assez compréhensible dans la logique hollywoodienne. Dans ce genre de film, on retrouve souvent trois forces en présence plus ou moins distinctes, avec une nette tendance pour des divergences au sein des négociateurs.
A noter aussi que l’utilisation de l’hélicoptère est extrêmement courante dans ce genre de film pour donner un point de vue d’ensemble de la situation.