Par - publié le 28 mars 2006 à 04h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h51 - 7 commentaire(s)
Certains films prennent le pari de se différencier du tout-venant et d’imposer une vision subjective et personnelle sur l’art. Remarqué l'an passé avec sa série de Cremaster (très controversée), Matthew Barney, émule très hype de Patrick Bokanovski, chouchou des aficionados d'art contemporain, revient secouer le spectateur avec DR9, un film expérimental d'une durée déraisonnable (mercredi dans les salles) qui hache menu conventions narratives et formelles et dans lequel on peut retrouver Bjork qui avait juré qu'on ne la reverrait plus au cinéma après Dancer in the Dark, de Lars Von Trier. En un mot ? Bizarre.



POINT DE VUE

Un peu poseur. Un peu arty. Un peu branché. Oui, peut-être. Matthew Barney est depuis quelques années adulé par le milieu de l'art contemporain pour ses trouvailles artistiques. Il faut dire : tout ce qu'il touche se transforme en culte. Né en 1967, à San Francisco, l'homme vit et travaille à New York. Il a été athlète et mannequin, a fait de la performance, de la vidéo et de la sculpture. A travers ces délires visionnaires, il dévoile les fondations d'un art futuriste en construction. En France, les cinéphiles ont pu le découvrir avec son cycle des Cremaster (le "cremaster" est le muscle masculin tenseur qui provoque la contraction des testicules). Métaphore à prendre dans quel sens ? Objet d’onanisme intellectuel ou simple réflexion sur le sexe et l’homme ? Assurément, les deux. Matthew Barney avait alors édifié cinq opus d’art contemporain complexement inquiétants, aux durées aléatoires, qui reposaient sur de multiples confrontations artistiques. Ainsi, on pouvait le voir lui dans ses fantasmes autobio tout gérer comme un grand comme les très "tendance" Cindy Sherman et David Nebreda. Ainsi, on pouvait voir la divine Ursula Andress côtoyer les groupes Agnostic Front et Murphy’s law. Ainsi, on pouvait voir des filles déguisées en mouton, des sexes ouverts, des mutilations en direct, des abeilles, des mormons et des cannibales écossais. Ainsi, le cycle Cremaster possédait un trait abrasif et grouillait de références explicites et de symboles sexuels. Normal, il n'était question que de ça, du sexe. Dans tous ses états. Sous toutes ses formes. Même les plus dérangeantes.



De sa première à sa dernière image, DR9 pose ses objectifs mélancoliques. Sur le papier, ça donne ça : A bord d'un baleinier japonais dans la baie de Nagasaki, une énigmatique sculpture de vaseline est tenue par des barrières pour en préserver la forme. Deux occidentaux sont accueillis à bord du navire, sont traités avec le plus grand soin, revêtus d'habits de fourrure inspirés des tenues de mariage de la tradition Shinto.


Le vaisseau est pris dans un orage. Dans l'agitation, la sculpture perd sa forme et la vaseline se répand... A l'écran, quelque chose d'unique en son genre. Tambouille esthétisante uniquement réservée à quelques happy-few ? Non, ou du moins pas seulement. Pur objet pour zozos et cinéphiles, DR9 s’adresse avant tout à tout ceux qui en ont marre du pré-mâché et du pré-calibré. Point barre. Le prix est cher (plus de 2h25 d’expérimental, de roublardise, de maestria visuelle, de bizarrerie ostentatoire, de Bjork, de mutisme nippon et d’images surréalisantes qui flirtouillent selon certains avec l’imposture). Mais si ça ne vous plaît pas, il y a de l’eau tiède ailleurs (Sharon et Basic Instinct 2 vous attendent chaudement).



Artiste autiste barré qui témoigne un mépris absolu envers les règles narratives et ne cherche qu’à imposer sa conception du monde à travers une gestion habile des effets illustratifs, Matthew Barney ne fait qu’expérimenter (le son, l'image, le cadrage, la lumière...). Au bout de ses fluides bobines, il édifie un étonnant ballet pictural et sensoriel, halluciné et hallucinatoire, abscons et déroutant dont la radicalité peut légitimement irriter. Mais à une heure de standardisation extrême, sa démarche mérite d’être considérée. Pour peu qu’on accepte le vertige, on succombe progressivement à cet univers musical, singulier et inapprivoisable. Et qu’on choisisse une démarche intellectuelle ou instinctive, il y a dans ces enchevêtrements de séquences hallucinées et hallucinatoires quelque chose de foncièrement salvateur qui ne seront assurément pas du goût de tout le monde. En un sens, tant mieux.




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