En ce début de weekend, l'ambiance reste étrangement calme. Après une première soirée sous une pluie battante, qui n'a pourtant pas découragé les amateurs férus des fêtes cannoises qui se sont pressés devant les barrières dressées le long de la plage du Majestic où se déroulait la soirée de Robin des bois, espérant y croiser Russel Crowe ou Cate Blanchett, soirée agréable, sans prétention, quelque peu glaciale pour porter des décolletés, le soleil brille à nouveau mais la ferveur se semble pas vouloir pleinement éclater et les festivités tardives ne sont pas aussi prisées que les années précédentes, les fêtes aussi torrides et lumineuses. Plus de villas somptueuses aux décors presque irréels, le champagne ne coule plus à flot, les vedettes ne se mêlent plus avec simplicité aux convives et s'enferment dans des carrés VIP, si elles daignent apparaitre, excepté Benicio del Toro, lors de la soirée donnée en l'honneur du film de Mathieu Amalric, Tournée, avenant, charmant, papotant avec les invités, séduits par son charisme et sa gentillesse.
Le clinquant semble à nouveau céder sa place au cinéma. La Croisette réussit toujours néanmoins à imposer sa puissance en soulevant de fougueux bains de foule quotidiens. Ainsi, alors que nous marchions tranquillement rue d'Antibes hier, s'élèvent soudainement des cris hystériques, une nuée de photographes courent sur le trottoir, nous sommes obligés de nous reculer pour ne pas être bousculés sauvagement par une meute humaine déchaînée poursuivant un Jean-Claude Van Damme assumant dignement sa popularité, mais ignorant sereinement les cris de ses fans. Un Jean-Claude Van Damme venu défendre les couleurs de The Eagle Path, présenté au marché, s'arrangeant pour faire savoir avec emphase aux distributeurs qu'il est prêt à défendre avec fougue son film afin de pouvoir décrocher une sortie sur grand écran. Une foule en délire se pressait également hier soir autour d'Alain Delon en visite sur le plateau de Nulle Part Ailleurs. La Croisette continue donc toujours d'attirer fans et badauds, prêts à tout pour décrocher un autographe, celui d'une star ou d'une toute autre pseudo vedette, c'est ce qui fait toute la magie et la violence du Festival, lui apporte une fougue vitale pouvant devenir parfois insupportable.
Du côté des films en compétition, même s'il manque d'une réelle construction narrative, le premier film français de Mathieu Amalric a su déjà s'imposer avec émotion. Un récit entre documentaire et fiction autour des strip-teaseuses du New Burlesque, des femmes d'une vérité touchante, dont la folle énergie et la spontanéité vivifiante ont illuminé les marches hier soir. Le film d'Amalric repose sur leur présence, sur des fragments d'intenses émotions, elles mériteraient un prix commun d'interprétation.
Si le film du réalisateur chinois Wang Xiaoshuai, Rizhao Chongquing a globalement déçu un public attaché à ses précédentes œuvres, Beijing Bicycle ou Shanghai Dreams notamment, par sa mise en scène trop mélodramatique et sa narration trop larmoyante, le film du coréen Im Sang-Soo, The Housemaid, d'une sensualité acérée et épurée, a su saisir les spectateurs happés par cette confrontation aussi glaciale que bestiale entre une jeune femme généreuse et naïve, gouvernante discrète, et son patron, personnage bestial et inhumain, dont le mépris se ressent dans les silences et les apparences, les contours d'un décors monstrueusement pompeux et baroque.

