Du côté de la compétition c'est également très calme, les films ne déclenchent aucune réelle passion, aucune controverse cinématographique, au-delà des premières polémiques politiques ayant animé les premiers jours de ce Festival. On ne ressort jamais des projections totalement bouleversés, déchirés ou scandalisés et peu de films, finalement, réussissent à captiver véritablement les festivaliers, enfin presque, depuis lundi, enfin, le Grand Théâtre Lumière s'est laissé surprendre par une enthousiasmante fièvre festivalière aux détours de trois films, celui d'Alejandro Gonzalez Inarritu, Biutiful, celui de Xavier Beauvois, Des hommes et des Dieux et celui de Stephen Frears, Tamara Drewe.
Lundi soir les spectateurs sont ressortis bouleversés par le film du réalisateur de 21 grammes et Babel, bouleversés par sa mise en scène d'une noirceur acérée et désespérante, nous prenant aux tripes malgré une dérive misérabiliste venant parfois rompre la profondeur directe de son récit. Celui de Xavier Beauvois, beaucoup plus épuré, devrait être au Palmarès et, même si Javier Barden, comédien exceptionnel, sachant se fondre avec une rare intensité dans chacun de ses rôles, mérite hautement d'être récompensé pour sa prestation, il se dégage du jeu des comédiens portant le film de Xavier Beauvois une telle puissance, une telle humanité tout en retenue, en sobriété, une telle générosité que Tim Burton et ses acolytes pourraient pencher pour un prix d'interprétation commune. Le réalisateur du Petit lieutenant aborde, au travers d'une mise en scène ciselée, l'histoire vraie d'un groupe de moines retirés au cœur de l'Atlas, ayant choisi, alors que l'Algérie s'embrase, que le gouvernement français les rappelle, de rester près des paysans dont ils partagent harmonieusement la vie et la culture, de ne pas céder à la peur qui les envahit. Un sujet que le cinéaste traite avec un réalisme poignant, une justesse épurée de tout artifice, une extrême sincérité, nous arrachant comme à ces moines des sourires se muant en larmes silencieuses.
Difficile d'accueillir, après avoir suivi leur cheminement, la violente luminosité du soleil, les cris des festivaliers et la musique joyeuse qui résonne déjà pour la montée des marches du nouveau film de Stephen Frears, difficile d'enchaîner, pourtant, je me précipite à nouveau dans cet amphithéâtre regorgeant d'émotions pour découvrir cette délicieuse comédie anglaise. De la salle, directement, je suis la montée des marches, j'y aperçois Glenn Close, venue soutenir celui qui lui a offert l'un de ses plus beaux rôles, celui de la redoutable Madame de Merteuil des Liaisons dangereuses et... Frédéric Beigbeder, décidément très cinéphile. Aux larmes succèdent les rires, Tamara Drewe est un enchantement spirituel et enjoué, une divagation amoureuse sautillante menée par des acteurs drôles et pétillants. La journée se clôt ainsi sur une note d'une savoureuse gaieté, ce soir repos, aucune fête, mes pieds ne me portent plus, adieu Benicio, mais pour ce soir seulement promis...

