Au cœur d'un monde tourmenté, rongé par la crise économique, les conflits, les catastrophes climatiques, la sélection cannoise s'affirme, semble vouloir prendre position, s'inscrire dans l'actualité avec une sélection plutôt politique autour de cinéastes comme Jean-Luc Godard avec Film Socialisme, Doug Liman avec Fair Game, Rachid Bouchareb avec Hors la loi, Oliver Stone avec Wall Street-Money Never Sleeps, Olivier Assayas avec Carlos, Charles Ferguson avec Inside Job, Michel Leclerc avec Le nom des gens présenté dans le cadre de la semaine de la critique ou encore les documentaires hors compétition de Andréi Ujica sur Nicolae Ceausescu et de Sabina Guzzanti, Draquila L'Italia Che Trema, pamphlet virulent contre la « dictature » de Berlusconi.
Une sélection qui soulève d'intéressantes ou virulentes controverses, les rumeurs courent les rues depuis quelques jours, notamment autour du film Hors la loi de Rachid Bouchareb, s'inscrivant dans la lignée d'Indigènes, taxé de révisionniste par rapport à la guerre d'Algérie. Une polémique qui ne cesse d'enfler et prend une tournure politique dépassant l'univers du cinéma. Hors la loi devrait du coup engendrer certains clivages, mais, pour le moment, la polémique paraît quelque peu injustifiée et excessive, si ce n'est par rapport à certains points historiques précis, les contradicteurs du cinéaste français n'ayant pas encore eu l'occasion de découvrir son film.
Autre film aux contours politiques puissants, Fair Game, avec un sujet inattendu pour le réalisateur américain Doug Liman et un choix étonnant de la part du Festival aux vues de sa carrière désynchronisée du label cannois. Est-ce pour son casting, Fair Game étant le seul film américain en compétition avec une belle montée des marches si Naomi Watts et Sean Penn traversent l'Atlantique, ou justement pour les questionnements politiques qu'il risque de soulever, Fair Game s'arrêtant sur le cheminement de Valérie Plame-Wilson, agent de la CIA chargée de la non-prolifération des armes, violemment sacrifiée par l'administration Bush pour avoir remis en question certains positionnements du gouvernement autour de la guerre en Irak.
Le film d'Olivier Assayas, Carlos, soulève également un buzz excitant sur la Croisette. Un récit centré sur l'une des grandes figures du terrorisme contemporain, personnage charismatique récupéré par les médias. Un angle historique, forcément politique au-delà du film d'action défendu par son réalisateur. Un projet développé pour la télévision, refoulé de la projection officielle, probablement pour son envergure, 5h30, ou en raison de la concurrence existant toujours entre la télévision et le cinéma.
Un Festival qui s'annonce pimenté et passionnant, les projections de premiers films viennent de commencer, à suivre...

