Aprés une compétion morose, manquant dans son ensemble de puissance, le festival de Cannes s'achève sur un final lumineux.

Par - publié le 22 mai 2010 à 18h04 ,
MAJ le 22 mai 2010 à 19h14 - 0 commentaire(s)

Le festival de Cannes se termine ce soir pour nous journalistes, qui venons de voir le dernier film, celui qui suivra la cérémonie de clôture dimanche soir, L'arbre de Julie Bertuccelli. Un récit d'une grâce touchante autour du deuil, celui d'un époux, celui d'un père, chacun affrontant cette réalité avec sa propre sensibilité. Du haut de ses huit ans, Simone croit entendre la voix de son père dans les frémissements, les craquements d'un arbre surplombant les fondations de leur maison, un gigantesque et majestueux figuier de Moreton Bay, un secret qu'elle partage avec sa mère.

 

L'Arbre de Julie Bertuccelli 

 

On retrouve dans la mise en scène de la réalisatrice du vibrant Depuis qu'Otar est parti une poésie qu'elle tient probablement des maîtres qu'elle a fréquentés, de Kieslowski à Iosseliani, une poésie par laquelle on se laisse emporter, happés par la puissance de cet arbre que l'on finit par ressentir et par l'imaginaire de cet enfant se raccrochant à cette sensation qui lui permet d'avancer. Un très beau film de clôture, une note magique, pleine d'espoirs et d'émotions pour un festival qui en a cruellement manqué.

 

Des Hommes et des dieux de Xavier Beauvois


De ces quelques jours passés sur la Croisette, il nous reste le souvenir de quelques surprises autour de films saisissants, drôles ou surprenants, comme le film de Xavier Beauvois Des hommes et des dieux, celui qui m'a le plus marqué, celui de Lee Chang-Dong, Poetry, Tamara Drewe de Stephen Frears ou encore celui d'Apichatpong Weerasethakul, Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures, quelques déceptions, personnelles, La princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier ou Rebecca H. de Lodge Kerrigan, dont j'attendais beaucoup plus, enfin des films qui sans être exceptionnels restent intéressants, bien menés et assez frappants comme Hors-la-loi de Rachid Bouchareb ou Fair Game de Doug Liman.

 

Biutiful d'Alejandro Gonzalez Inarritu

 

Etrangement, comme chaque année, certaines thématiques dominent la compétition. Au-delà d'une réelle implication politique, que nous avions évoquée en ouverture du festival et qui s'est révélée pertinente et percutante, beaucoup de films se sont positionnés autour de la figure paternelle, celle de la filiation, de la transmission. Des sujets autour desquels certains réalisateurs s'interrogent, différemment.  Wang Xiaoshuai avec Chongqing Blues évoque les erreurs d'un père face un à fils qu'il a abandonné, Vikramaditya Motwane avec Udaan nous conte les difficultés de fils retrouvant un père qui refuse ce qu'il est devenu, Alexandro Gonzalez Inarritu avec Biutiful s'arrête sur l'errance d'un homme mourant ayant la charge de sa fille et son fils, résistant jusqu'au bout pour les protéger,  Daniele Luchetti avec La Nostra Vita se focalise sur le cheminement d'un père n'arrivant pas à se rapprocher de ses enfants après le décès de leur mère. Une figure paternelle qui frappe également indirectement d'autres films. Im SangSoo en fait un acteur majeur de son mélodrame sophistiqué, un père faussement présent, Abbas Kiarostami avec Copie Conforme ou Oliver Stone avec Wall Street : l'argent ne dort jamais dénoncent ces pères abandonnant égoïstement leurs enfants, leur préférant sa carrière, alors que le père de celle qui deviendra La princesse de Montpensier n'hésite pas à vendre sa fille contre sa volonté afin d'asseoir sa propre puissance.


Une figure paternelle qui cède sa place à l'image de la mère, celle du film de Julie Bertuccelli, une mère fragile et lumineuse, une éclatante image sur laquelle les portes du Grand Théâtre des Lumières se refermeront ce soir. Cannes s'achève, adieu Benicio, merci d'avoir irradié de ta présence les folles nuits de ce festival.
 
 
Et voici pour conclure cette parenthèse cannoise mon palmarès personnel.
Palme d'or : Des dieux et des hommes de Xavier Beauvois
Grand prix : Tournée de Mathieu Amalric
Prix du jury :  Another Year de Mike Leigh
Prix d'interprétation masculine : Javier Bardem pour Biutiful de Alejandro Gonzalez Inarritu ex-aequo prix d'interprétation commune pour les comédiens de Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois
Prix d'interprétation féminine :  Prix d'interprétation commune pour les comédiennes de Tournée de Mathieu Amalric ex-aequo  avec Yun Junghee pour Poetry de Lee Chang-Dong
Prix de la mise en scène : Poetry de Lee Chang-Dong
Prix du scénario : Copie conforme de Abbas Kiarostami


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