Les jours passent et l'ambiance est toujours aussi calme, on se concentre sur les films, même si la compétition officielle ne répond pas aux espérances des journalistes et festivaliers et soulève certaines interrogations. Mardi soir, Mon bonheur du cinéaste ukrainien Sergei Loznitsa, film incompréhensible et obscur, nous a ainsi laissé perplexes et médusés. Lorsque les lumières de la salle se sont rallumées, chacun s'interrogeait, tentait de saisir, désemparé, dans le regard de son voisin un éclair de lucidité, mais visiblement personne n'a pu deviner ce que recherchait le cinéaste, dont la prose reste particulièrement personnelle et torturée.
Heureusement la journée de mercredi s'est ouverte sur une vibrante surprise. Après l'avoir croisé hier soir au restaurant entouré d'une délégation de Coréens, preuve que l'établissement de sushis que nous avions choisi était prisé, nous avons découvert mercredi matin le nouveau film de Lee Chang-dong, Poetry, le premier à remuer avec autant de force les spectateurs, à générer une réelle unanimité. L'histoire d'une vieille femme curieuse et excentrique s'intéressant soudainement à la poésie, cherchant à se rapprocher de la beauté qui l'entoure. En dépit de quelques longueurs, un film vibrant et élégant, qui pourrait s'ouvrir sur un prix d'interprétation pour l'actrice Yun Junghee, sublimement touchante
L'évènement de la journée, c'est évidemment le film d'Olivier Assayas, Carlos, une projection très attendue, à laquelle je n'ai malheureusement pas pu assister en raison de sa durée, plus de 5 heures, impossible de me libérer. Les échos sont positifs, les spectateurs semblent visiblement happés par le cheminement de cette figure phare du terrorisme international, tournant le dos à ses engagements politiques, au parti d'extrême gauche auquel il était affilié, pour devenir un mercenaire opportuniste à la solde des services secrets les plus offrants. L'histoire d'un manipulateur manipulé. Une série portée par l'acteur Edgar Ramirez, engagé, habité par son rôle.
Pour finir, un petit détour vers Un certain regard avec Blue Valentine de Derek Cianfrance. Une histoire d'amour, intemporelle, transcendée par la performance des deux comédiens. Entre présent et passé, Derek Cianfrance, suit la séduction enchantée, l'amour naissant et les décisions qui découlent d'un premier regard puis passe très vite aux lendemains moroses. Il filme avec âpreté l'impatience des corps et les premiers émois jusqu'au néant du désir, l'habitude de l'autre. On se donne pour se donner, sans passion ni romance. Etrange résonnance autour d'un festival manquant justement cruellement de souffle et de passion.

