Parenthèse glamour en ce milieu de festival avec la présence quasi concomitante, sur le tapis rouge, de Cate Blanchett, Sharon Stone, Diane Kruger et Emmanuelle Béart. Inutile de dire que les flashs des photographes ont travaillé non stop, même si la plupart des journalistes peinaient semble-t-il à être éblouis. Ayant déjà vu
Les Témoins – magnifique film, on ne le répétera jamais assez – et
Chronique d’un scandale – vrai coup de cœur porté par l’interprétation tout en finesse de Judi Dench et Cate Blanchett, on s’est précipité à la toute première projection de
The Walker, signé du président du festival, Paul Schrader, et présenté hors compétition.

Le film vaut avant tout pour l’interprétation magistrale de Woody Harrelson, très convaincant dans la peau d’un précieux dandy. Le « walker » du titre, c’est lui, Carter, comprenez le compagnon fétiche des dames de la haute, sensibles à son esprit et son humour très « bitchy ». Si ce n’est que dans les arrières cours de la Maison Blanche (on est à Washington), il ne fait pas bon être mêlé à un meurtre sordide, qui semble bien impliquer la femme d’un sénateur (Kristin Scott Thomas), amie fidèle de Carter. Rien de vraiment nouveau dans le portrait que livre Schrader des basses manœuvres de procureurs et politiques avides de pouvoir, mais un charme désuet et un casting de luxe, qui se délecte de dialogues très écrits. Lauren Bacall est de la bataille aux côtés de Willem Dafoe, dans un rôle bien trop mince à notre goût. On ne boude pas en revanche notre plaisir de retrouver Harrelson en tête d’affiche : décidément capable de tout jouer, il nous bluffe une fois de plus avec un personnage digne héritier d’Oscar Wilde. Dommage que la musique du film, très années 80, plombe vraiment l’ensemble.
Le clou de notre journée fut notre rencontre « live » avec le Président Mandela, alias Dennis Haysbert dans
Goodbye Bafana. Inspiré de l’histoire vraie du gardien de Mandela pendant sa longue incarcération, le film retrace avec justesse le combat de l’ANC contre l’Apartheid, en se concentrant sur l’influence qu’exerça « Nelson » sur James Gregory, gardien rigide peu à peu convaincu de la justesse du combat de cet avocat hors norme. Dans la peau de Mandela, Haysbert (feu le président Palmer dans
24 heures Chrono) est impressionnant de naturel et de stature. On comprend mieux l’évidence de ce choix une fois que l’on a croisé le comédien, dont le charisme est aussi puissant que la voix.
On s’est enfin glissé avec curiosité dans la salle projetant le deuxième long-métrage d’Antonio Banderas,
Summer Rain. Confirmant une rare sensibilité, le comédien réalisateur se penche sur un groupe d’adolescents réunis un été des années 70, posant un regard très tendre et délicat sur cet âge des possibles, quand le drame côtoie de près l’insouciance. Ponctuée de séquences oniriques, narrée en voix off, cette chronique douce amère frappe par son atmosphère flottante et la justesse de ses personnages, incarnés par des nouveaux venus qu’il nous tarde de retrouver sur grand écran. Déjà vu dans
Mar Adentro, Alberto Amarilla de devrait pas laisser les jeunes filles indifférentes, tandis que le sourire de Maria Ruiz reste longtemps gravé en mémoire. Un adorable couple de cinéma pour un film qui ne convainc pourtant qu’à moitié, peut-être plombé par une ambition esthétisante et contemplative un poil trop appuyée.