Promis, on ne le fait pas exprès, mais c’est encore d’Asie que nous vient le premier coup de cœur de l’édition 2007 de Berlin : le nouveau long-métrage de Zhang Yang, réalisateur chinois dont on avait déjà remarqué le sensible
Shower. Cette fois, l’esprit de Charlie Chaplin plane sur le bouleversant
Getting Home, triste à pleurer, immensément drôle et d’une poésie constante.
Présenté dans la section Panorama – mais pourquoi pas en compétition au vu du petit chef d’œuvre qu’est le film ? –
Getting Home est l’histoire bouleversante d’un homme prêt à tous les sacrifices pour ramener le corps de son ami mort accidentellement chez lui, auprès des siens. La place tenue par le cadavre dans ce road-movie délicat n’est pas sans rappeler les
Trois Enterrements de Tommy Lee Jones. Une même humanité habite le personnage principal, qui, pour mieux tenir sa promesse, fait subir au corps de son ami une série de contorsions tragi-comiques. Tour à tour suspendu à ses épaules, enroulé dans une roue de tracteur, transformé en épouvantail ou caché dans un cylindre de béton, ce cadavre offre au film ses scènes les plus cocasses, toutes dignes des meilleurs muets.
Mais en arrière plan, ce sont hélas l’égoïsme et la méchanceté humaines qui sont renvoyés au visage de cet ami fidèle, livré à une société qui ne reconnaît plus, à quelques exceptions près, des valeurs aussi fondamentales que la loyauté et le sens du secours. La nature sordide de certains personnages contraste violemment avec la splendeur des paysages traversés, et l’on pense beaucoup aux leçons de vie dispensées par le vieil homme d’
Une histoire vraie de David Lynch. Si l’on multiplie les références, c’est pour mieux retranscrire les émotions subtiles et contrastées qui nous ont envahis pendant toute la durée d’un film que l’on rêve de voir distribué en France.
Du côté de la compétition, le Park Chan-wook reste en tête de notre hit-parade aux côtés de Rivette et Téchiné. Petite déception en revanche pour le
Good Shepherd présenté par De Niro, qui prend beaucoup de temps pour observer Matt Damon s’adapter aux règles tortueuses d’une CIA naissante. L’angle humain qui est privilégié dans le film est intéressant, mais la forme un peu trop classique pour séduire jusqu’au bout, le casting, impeccable, ne suffisant pas à masquer le manque de dynamique de l’intrigue. On salue toutefois l’ambition de De Niro, qui compte tourner deux autres films sur la CIA, une qualité qui manque cruellement à
When a man falls in the forest, présenté hier matin à la presse et oublié aussi vite. Vraie caricature de film indépendant américain, ce deuxième long-métrage signé Ryan Eslinger ne pourra guère compter que sur la venue de Sharon Stone pour espérer attirer un minimum d’attention.
Pour finir sur une note positive, direction le Forum avec le très attendu
Eye in the Sky, signé du scénariste de Johnnie To, Yau Nai Hoi. On est une fois de plus bluffé par cette capacité du cinéma de Hong-Kong à renouveler le polar, pourtant régulièrement revisité par les meilleurs de ses réalisateurs. Cette fois encore, les cartes sont admirablement redistribuées, notamment dans la scène d’ouverture, vraie leçon de bluff : alternant prises de vue en plongée et séquences à hauteur d’homme, l’intro du film suit quatre personnages en situation de filature ou de discrète surveillance. Logiquement, celui qui file est censé être un flic, au même titre que celui qui surveille. Si ce n’est que le faux-semblant est la règle de base d’une bonne surveillance… L’ensemble est à l’image de cette brillante ouverture : malin, riche en surprises, et porté par le charisme des deux co-stars du film : Tony Leung (celui de
L’Amant) et Simon Yam (vu notamment dans
Breaking News). Encore une réussite venue d’Asie mais on ne le fait vraiment pas exprès….