Les femmes sont décidément au cœur de cette 57ème édition du festival, sur le tapis rouge comme dans les salles obscures. Alors que la Berlinale a déjà choisi sa favorite pour le Prix d’interprétation - Marianne Faitfull, qui est venue voler la vedette à Marion Cotillard avec
Irina Palm - le pouvoir semble bien être passé du côté de la gent féminine.
Saluons d’abord le talent d’une jeune réalisatrice : Sarah Polley, actrice fétiche d’Atom Egoyan, qui signe avec
Away from her un bouleversant premier long-métrage autour de la maladie d’Alzheimer. Porté par l’interprétation gracieuse de Julie Christie – modèle d’élégance et de simplicité qui nous guérit de la civilisation botox – cette film traite avec pudeur et délicatesse de la difficulté à faire son deuil de l’être aimé quand il ne vous reconnaît plus. Intelligemment construit autour du flash back, le film ne sombre jamais dans le mélo même si les larmes coulent à flot. Un vrai coup de cœur, dans les salles françaises en avril prochain.
C’est à Isabelle Carré que l’on doit le deuxième choc de la matinée avec
Anna M. de Michel Spinosa. Dans la peau d’une jeune femme déséquilibrée, qui se prend d’un amour obsessionnel – et non réciproque - pour le médecin qui l’a opérée à l’hôpital, elle est franchement bluffante. Son visage juvénile sème parfaitement le doute quant à la personnalité d’un personnage dont on ne devine que peu à peu le danger, le malaise du spectateur croissant avec celui de Gilbert Melki, qui interprète le malheureux médecin sur lequel elle a jeté son dévolu. Passant par les phases les plus extrêmes de la passion amoureuse et de la paranoïa, Isabelle Carré révèle une violence que ses précédents rôles n’avaient pas forcément laissé deviner. Chapeau.
Mais l’héroïne du jour s’appelle Jennifer Lopez, dont l’arrivée à Berlin a été largement répercutée par la presse. Il faut dire que la bomba latina s’est muée en productrice militante pour les besoin de
Bordertown (
Les Oubliées en français), réalisé par Gregory Nava et présenté en compétition sous le parrainage d’Amnesty International.
Le film mérite d’ailleurs l’attention par sa dénonciation d’un nouveau drame lié aux excès de l’ultra capitalisme : le meurtre, dans l’indifférence générale, de plus de 400 ouvrières mexicaines travaillant pour des entreprises américaines à Juarez, ville mexicaine frontalière. Profitant d’un accord de libre-échange, des centaines de marques américaines exploitent en effet la misère locale pour se payer une main d’œuvre pas chère et peu exigeante : des Mexicaines prêtes à risquer leur vie pour franchir les kilomètres qui les séparent de chez elles et gagner 5 dollars par jour en assurant les trois huit dans ce qu’on appelle les « maquiladoras ». Ne bénéficiant d’aucune protection, plusieurs d’entre elles, et depuis plusieurs années, ont été violées et assassinées sans qu’aucun gouvernement ne cherche à faire la lumière sur ces meurtres de masse. On peine franchement à croire qu’un tel scandale n’ait jamais franchi la frontière américano-mexicaine mais il faut croire qu’en matière d’abus, on n’est jamais au bout de nos – mauvaises - surprises….

Le film souligne d’ailleurs l’impuissance actuelle des médias à dénoncer les sujets les plus brûlants, et seule une fiction semblait réalisable sur le sujet si l’on en croit les pressions subies par la production de
Bordertown. Pourtant, c’est aussi dans la fiction que se situe la limite de l’oeuvre : très efficace dans les scènes centrées sur Eva, ouvrière mexicaine, il convainc moins dans son portrait du personnage interprété par Jennifer Lopez, dont le nom assure un maximum d’écho au film mais dont l’image glamour peine un peu à disparaître derrière la gravité du sujet. Saluons toutefois l’engagement de la comédienne, qui s’est investie au maximum dans le projet, l’a soutenu pendant plus de sept ans et vient d’ailleurs d’être distinguée par Amnesty International pour «
son engagement dans une campagne contre la violence faite aux femmes ».