Initiative de « Saga Nordica », qui œuvre pour les échanges culturels entre la France et les pays nordiques, le festival Nordica (cinq jours du cinéma nordique du 16 au 20 décembre 2009) donne la possibilité de découvrir des longs-métrages récents danois, suédois et norvégiens avec la plupart du temps une rencontre entre le public et le réalisateur. C'est ce qui s'est produit par exemple l'année dernière avec l'immense Morse, de Tomas Alfredson, que beaucoup ont l'opportunité de découvrir en avant-première. Dans la section « Suède », seront présentés Le Singe, de Jesper Ganslandt ; Burrowing, de Fredrik Wenzel et Henrik Hellström ; et Metropia, de Tarik Saleh.
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AVANT PROPOS : TOURNAGE DE PLATTFORM, DE RUBEN ÖSTLUND
Non, le cinéma Suédois ne se résume pas à Millenium, de Niels Arden Oplev, le blockbuster de l'été, ni même à Roy Andersson (Chansons du deuxième étage). Cette année, en France, on a pu découvrir Happy Sweden, le second long-métrage du réalisateur Ruben Östlund, satire vaguement expérimentale du joug du regard des autres de soi. Plus toqué de YouTube que de Ingmar Bergman (l'ombre tutélaire du génie plane sur les herbes folles), il est actuellement en train de réaliser Play, dont le budget se monte à 1,6M €. Le film est décrit comme une étude des comportements tragi-comiques à travers l'histoire d'une bande de cambrioleurs qui font faire la course à leurs victimes s'ils ne veulent pas perdre leurs biens. Il sera produit par Östlund et son partenaire au sein de la société Plattform Produktion Erik Hemmendorff. Amoureux des dispositifs tordus, il a tourné une scène dans un centre commercial et captait l'interaction entre la fiction et la réalité en montrant une bande de jeunes noirs agressant deux jeunes blancs dans l'indifférence des badauds. Ce qui est intéressant n'est pas tellement ce qui se passe entre les deux clans mais plus ce qui s'anime autour. A un moment donné, une passante, persuadée qu'il s'agissait d'une vraie agression, est venue en aide à l'un des petits.
FREDRIK WENZEL, LE NOUVEAU HARMONY KORINE ?
S'il y a un film à ne pas louper dans la section « Suédoise » au festival Nordica, c'est assurément Burrowing, du duo Fredrik Wenzel et Henrik Hellström qui ont tout assuré (mise en scène, direction d'acteurs, musique, photo) comme des grands. L'histoire ? Un garçon habite avec sa mère. Il a 11 ans. De son aire de jeux, il surveille l'entourage. Il voit un jeune adulte qui habite avec ses parents alors qu'il a un enfant. Il voit aussi le bitume foncer, les roses trémières se frayer un chemin dans les fondations en fissurant les dalles de béton posées à même le sol. Un affaiblissement, un manque d'eau, de nutriments et de place pour les racines, tout est à déplorer. Le résultat ressemble ni plus ni moins à du Harmony Korine paumé en Suède avec un amour démesuré pour les freaks, une poésie des natures mortes, une belle tendance à la contemplation et une tristesse inconsolable. Une révélation.
TARIK SALEH
Metropia (également présenté au festival Nordica) est un film d'animation suédois qui ne ressemble à rien de connu, même s'il explore un sujet rebattu au cinéma (les fantasmes autour de la théorie du complot). Ce qui le distingue des autres, c'est son esthétique qui mélange des marionnettes en 2D et des décors en 3D, dans le sillage des Têtes à claques. Cette technique est basée sur un travail de photomontage rendu possible par Cut Out via Adobe After Effects. Il ne faut pas s'étonner si Anna, la petite amie du personnage principal, a des airs de ressemblance avec l'actrice américaine Rosario Dawson - les créateurs ont simplement pris une photo d'elle. Les personnages animés paraissent humains même si leurs yeux et leurs crânes semblent anormalement grands, comme si on les voyait dans un miroir déformant. Le casting contribue à la singularité du projet : Vincent Gallo, Juliette Lewis, Stellan Skarsgard et son fils prêtent leurs voix. Udo Kier a remplacé au dernier moment Max Von Sydow dont la voix gutturale guidait dans Europa, de Lars Von Trier. L'autre idée forte, c'est l'interconnexion des métros comme un réseau souterrain tentaculaire qui relie toutes les capitales d'Europe. L'intrigue, écrite par Stig Larsson, l'auteur de la trilogie Millennium, avant son décès en 2004, brasse sur un rythme anti-spectaculaire des thèmes complexes sur l'identité, allant au-delà du constat de la déshumanisation de la société et de la mainmise commerciale de la publicité.
Tarik Saleh a commencé comme documentariste avant de finaliser Metropia pendant six ans. Entre temps, il a vu l'évolution du monde pour converger vers une représentation possible du futur à l'imparfait. Après l'avoir terminé, il a relu 1984, de George Orwell et s'est rendu compte que la peur d'une entité dictatoriale s'est transformée en un demi-siècle en une peur de s'assumer soi-même. Son approche se situe aux antipodes de la pensée cartésienne, notamment dans son refus du manichéisme. L'homme a beau être désigné comme un générateur de déséquilibres, il est aussi une somme indissociable de défauts et de qualités. C'est pourquoi Metropia est si incarné et bouleversant jusque dans ce qu'il raconte de manière accessoire comme cette histoire d'amour émaillée de détails poignants et de phrases murmurées («Je me rends compte que j'ai plus besoin de toi que tu n'as besoin de moi»). Au-delà de la simple technique, l'animation remplit véritablement sa fonction en donnant vie aux personnages au point d'établir entre eux et le spectateur une affection durable. Au départ écorce vide, le héros finit dans la complétude, même s'il demeure quelques ambiguïtés. Dans l'ensemble, Metropia donne l'impression d'écouter un long morceau de trip-hop lancinant et mélancolique, perturbé par la noirceur, avançant avec le doute du lendemain. Le plan final, d'un romantisme inouï, montre au sens propre une effusion d'amour jaillissant du cœur des hommes et se révèle aussi apaisant qu'un rayon de soleil après la pluie.

