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L'histoire : "Réalisé en 1993, The Untold Story fait partie de ces rares films hongkongais classés dans la célèbre Catégorie III a se démarquer nettement de ses ..."
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En Direct Du Nifff : Special Categorie Iii

Par Romain Le Vern - 20 octobre 2009 - 0 commentaire(s)
Les catégories III sont à l’honneur cette année au NIFFF. Présentée par Julien Sévéon, journaliste pour Mad Movies et auteur du livre «Category III : sexe, sang et politique à Hong Kong», cette sélection de films qui réussit habilement à concilier les attentes des fans (voir Ebola Syndrome et Story of Ricky sur grand écran) et la découverte d’un genre dégénéré pour les autres, constitue l’un des moments essentiels du festival.



Pour ceux qui ne le sauraient pas, la catégorie III (littéralement «interdit aux moins de 18 ans») regroupe des films HK qui seraient inacceptables s’ils n’étaient pas aussi décomplexés et drôles, toujours réalisés en réaction au politiquement correct. On y voit généralement des crimes, des viols, de l’érotisme, du cannibalisme, du machisme, de la misogynie, de la morale bafouée, du mauvais goût et chaque film témoigne de l'ambiance qui règne à Hong Kong. Des standards du genre comme The Untold Story et A Day Without A Policeman sont réalisés par des cinéastes d’horizons dissemblables : certains d’entre eux se sont spécialisés dans le genre comme Billy Tang ou encore Chin Chi-Kei. D’autres ont proposé des incursions plutôt mémorables à l’instar de Ringo Lam (Full Contact).
L’indispensable de cette collection, c’est Ebola Syndrome, réalisé en 1996, produit par Wong Jing et réalisé par Herman Yau ; et la star chez les acteurs, c’est Anthony Wong. Le pré-générique résonne comme une mise en garde à ceux qui oseraient tenter l’aventure. A-Kai (Wong, déjà terriblement marquant dans The untold story), gangster exécrable, tue son patron et sa femme. Unique survivante du carnage, une gamine, effrayée et marquée à vie, échappe in extremis aux griffes du vilain Anthony. Dix ans plus tard, elle a grandi et A-Kai est devenu serveur payé à la sauvette dans un restaurant de Johannesbourg qui ne connaît pas le mot «hygiène». Changement de cadre : ce dernier part avec son nouveau patron chercher des cochons dans un village Zoulou, assiste à des rites vaudous, se balade gentiment au bord d’une rivière et croise une autochtone à moitié dépoilée qu’il aimerait bien violer. Pendant le coït, cette dernière est assaillie de spasmes convulsifs. C’est normal puisqu’elle est atteinte du virus Ebola. C’est le début de la fin pour lui et l’humanité toute entière.



Sur le papier, le film présente une vision si atroce de l’humanité qu’il peut déprimer. A l’écran, c’est devenu une comédie trash et tragique. Tout ce qui est usuellement éludé ou suggéré au cinéma est ici montré sans honte : des animaux découpés (grenouilles, poulets…) ou des comportements vils (une gamine badigeonnée d’essence avant d’être cramée en live). Il suffit de regarder cinq minutes de ce film pour se faire une idée de sa capacité émotionnelle à supporter des images graphiques, violentes ou potentiellement marquantes. On a hâte de voir comment le public va réagir ce soir pendant la projection en copie 35 (une première). Hier, il pouvait découvrir Viva Erotica, de Tung-Shing Yee, avec Shu Qi, Leslie Cheung et Bosco Lam, qui propose une approche presque théorique du genre en suivant le parcours existentiel d’un réalisateur contraint de réaliser des films érotiques. Ce qui le sauve, ce n’est pas l’amour mais sa foi inextinguible dans l’art. On en apprend plus sur le genre qu’on profite réellement d’un spectacle déviant. Mais quelques idées de mise en scène et les clins d’œil, aussi bien à la catégorie III qu’à Orange Mécanique, séduisent sans problème tout cinéphile qui se respecte.


Ceux qui veulent poursuivre l’expérience peuvent avec quelques classiques du genre : Raped by an angel, de Wong Jing et Andrew Lau, le premier d’une longue série appelée «raped» qui propose plusieurs variations autour des viols et s’amuse à transgresser des tabous : sida, inceste, pédophilie, nazisme. Ce n’est pas toujours très bien réalisé mais la conviction et le dénuement des acteurs restent toujours aussi fascinants.



On peut également conseiller Daughter of darkness qui a eu un tel succès qu’il a engendré une suite (Daughter of Darkness 2) ainsi qu'une variation masculine (Brother of Darkness). C’est un Rape and revenge misérabiliste au dernier degré : une jeune femme, sorte de Cendrillon chinoise, tue toute sa famille parce qu’elle a été maltraitée par ses sœurs puis sa mère et violée par son père. Entre temps, un inspecteur – Anthony Wong, évidemment – et son assistante mènent l’enquête (il tâte les seins des victimes pour déterminer l’heure d’un décès, prend des photos avec les cadavres, essaye de mater une demoiselle du balcon d’en face etc.). Les moments de comédie dignes de Tinto Brass alternent avec des parenthèses tragiques façon sitcom sous acide à la Oliver Stone (Tueurs nés) avec des personnages tellement outrés qu’on ne sait s’il faut rire, s’émouvoir ou s’effrayer des situations.



Egalement, Red To Kill, de Billy Tang, dans lequel un homme devient sexuellement agressif et assassine des femmes lorsqu’il voit du rouge. Dans le sillage des autres catégories III, les pourritures sont mises en avant (comme dans Pas de printemps pour Marnie, l’obsession du rouge vient d’un traumatisme enfantin) et la morale n’est pas sauve (la conclusion se veut tragi-comique). C’est un peu la face sombre des films avec Jackie Chan. Enfin, Run and kill, toujours signé Billy Tang, qui s’intéresse aux phénomènes du dérapage et de la cause à l’effet : comment une succession d’événements tragiques mène un personnage à sa perte? La réussite est également redevable à un excellent acteur : Kent Cheng que l’on a déjà vu dans Le parrain de Hong Kong et Crime Story et qui, un peu à la manière de Kitano, n’a pas son pareil pour communiquer des émotions fortes en en faisant le moins possible. Vous avez l’embarras du choix.

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