Christine Jesperson, une jeune artiste touchante et spontanée, mélange dans son quotidien art et réalité. Elle entre sur la pointe des pieds dans la vie de Richard, vendeur de chaussures, père de deux garçons et tout juste redevenu célibataire. Autour d'eux, Robby et Peter, les enfants de Richard, son ex-femme, la patronne d'une galerie d'art, les voisins et les voisines. Tous sont à la recherche d'un lien qui les connecte aux autres sur Terre. Le film choral dans toute sa subtilité. Caméra d'or au dernier festival de Cannes.
Sur le canevas désormais connu du film-choral mode
Short cuts avec ses sous-intrigues qui s’entrecroisent pour révéler le mal-être de gens a priori ancrés dans les normes, Miranda July avait fort à faire pour éluder deux écueils : la redondance et le déjà-vu. Singulièrement, elle échappe aux pièges susceptibles de l’étreindre en prêtant une attention particulière aux détails, faits et gestes, maladresses, regards de personnages en proie à un tohu-bohu intérieur qu’ils ne savent pas communiquer. Et si c’était l’amour ?
A l’aune d’un
Lantana (les apparences trompeuses révèlent les meurtrissures d’individus tracassés par les aléas de l’existence), le film, complexe et profond, s’attache à différents personnages sans jamais s’emmêler les pinceaux. A chaque fois, les destins se rejoignent et forment une histoire d’une grande cohérence. Les personnages sont subtilement décrits : une artiste réfugiée dans la solitude la plus nue ; un quadra esseulé en proie à une soudaine libido sexuelle ; les deux ados qui affichent une provocation de surface pour mieux masquer leur manque de confiance… Pléthore d’individus en détresse, aux névroses plus ou moins souterraines, aux réactions toujours crédibles, qui se croisent, s’aiment, se haïssent. Refrain connu ? Oui, sans doute, mais le film se distingue dans sa propension à ne pas caresser dans le sens du poil, à pervertir par exemple l’image d’une enfance asexuée ou salir deux adolescentes loin d’être innocentes.

Le grand intérêt du film réside, outre une étude de caractère plutôt bien vue, dans son atmosphère ouatée, curieuse, presque fantastique, et dans sa thématique : la difficulté de trouver l’amour et d’aimer, tout simplement. Lors d’une scène, Christine, femme artiste, fait diversion en parlant à l’ex-femme de l’homme qu’elle convoite secrètement et lui montre une touche automatique sur laquelle une voix dit je t’aime. Il y a quelque chose de pathétique dans l’expectative de cette femme, en attente de reconnaissance artistique (elle doit se contenter d’être une taxi vermeil) comme d’amour (elle épie l’homme qu’elle désire sans oser faire le premier pas). Mais là où d’aucuns auraient sombré dans le concentré larmoyant, la réalisatrice préfère le sourire à la grise mine (le film est souvent drôle). L’acuité de son regard (enfants qui s’ennuient et ont envie de grandir, adultes qui ont du mal avec leurs tracas existentiels...) lui permet de fuir comme la peste la condescendance et d’opter pour l’empathie. Les dernières images, très intrigantes, apportent un apaisement paradoxal à des personnages qui ne cessent de courir dans tous les sens pour mieux se chercher ou se perdre pour mieux se retrouver. Elles résument à elles seules la morale du film : même si l’envie de brûler les étapes est tentante, il faut toujours attendre son heure.
Sortie : 21 Septembre 2005