Par - publié le 01 décembre 2005 à 06h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h40 - 18 commentaire(s)
A l’heure où l’on ergote sur les Guinea Pig, il importe de revenir sur Murder Set Pieces, de Nick Palumbo, un film dérangeant qui a reçu un accueil (critique, public, puriste) glacial lors de sa sortie aux Etats-Unis. Après l’avoir vu, on peut comprendre les raisons de ce rejet quasi-unanime. On en tremble encore.



Le film commence avec une citation de Jack L’éventreur sur les juifs, une voix d’enfant, les deux tours du World Trate Center qui s’effondrent et un générique mode, bardé de couleurs rougeâtres, lesté par une gabegie d’effets visuels peu ou prou convaincants... Dès ses premières bobines, le résultat indispose et impose son ton politiquement incorrect qui prend à rebrousse-poil les idées reçues.
Une première lecture de Murder-Set-Pieces inspire le dégoût et la nausée avec ses parallélismes nauséabonds, voire équivoques, et son climat dérangeant. Ce serait lui ôter tout le second degré de son discours bizarrement plus ridicule qu’offensif, tant ses uniques ambitions se résument à choquer délibérément en abusant de la surenchère gore et à reculer les limites du mauvais goût. Comparativement aux récents opus horrifiques qui narrent les parcours de tueur(s) en série, ce film se distingue par sa volonté de dépeindre l’univers clinique de son personnage dans un appartement vide, en écho à ses sentiments inexistants. Là où le bât blesse, c’est que le résultat ne se résume qu’à une succession de séquences bouchères, mises en scène avec une certaine complaisance, qui à défaut d’apporter un point de vue ou une réflexion sur le parcours (pour le coup dépourvu de toute concession ou de jugement moral), en fout plein la vue. Les auteurs se targuent sans doute de leurs effluves gores et des réactions qu’elles ont suscitées (classification NC-17) mais le manque de substance allié au relatif déficit formel (les premiers plans dans la voiture frôlent l’amateurisme de mauvais aloi) ont de quoi refroidir méchamment l’enthousiasme.



Le personnage principal est un photographe (pas de prénom pour souligner la bestialité de l’homme) doublé d’un tueur en série qui écume les bars pour photographier (et lever) les prochaines victimes, si possible dans des plans à trois, ça fait plus mode. Quand il tue ou quand il est énervé, il parle en allemand. Parce que, oui, il est d’origine allemande. Histoire de souligner sa besogne assassine avec le passé de son pays en proie au démon délétère. Evidemment, il se couche avec une photo de son papa qui sert la pogne du dictateur. Evidemment, il fait ses pompes en matant des vidéos des discours du Führer. Evidemment, il habite une baraque luxueuse où personne n’entend crier ses victimes réfugiées dans le sous-sol. Inutile de prendre tout ce grand bloc au sérieux, ce n’est pas fait pour.


Au moins, ce lien intrinsèque possède au moins le mérite de soulever une problématique intéressante (est-ce que le mal est atavique ?), mais Murder-Set-Pieces a l’impolitesse de ne pas répondre à la question. Loin de toute considération sociale ou politique (puisque ces allusions sont davantage provocatrices que sincères), Palumbo donne l’impression d’avoir isolé les scènes paroxystiques des films d’horreur qu’il regardait ado et de les avoir assemblés pour former un morceau de barbaque sanglant avec la volonté secrète de réaliser le film le plus dégueulasse et le plus idéologiquement malsain. C’est tellement bien (mal)intentionné qu’on frôle l’overdose. Certains éléments qui font le quotidien du meurtrier sont bien exploités à l’instar du masque de cochon et surtout des dentiers bien méchants. Les meurtres sont globalement réussis dans l’atrocité, la perversité et la volonté ostensible de retourner les tripes.



La détermination de situer l’univers du tueur dans un contexte réaliste renvoie à The Ugly, Chopper et Harry, portrait d’un tueur en série. Palumbo situe son récit à Las Vegas et ce n’est certainement pas un hasard puisque comme Verhoeven dans Showgirls, il semble décrire un monde putride de l’intérieur rongé par la cupidité et le sexe sans désir, symbolisés ici par la ville dégoulinante de luxes artificiels. Dans son genre, c’est bien mieux que Feed, de Brett Leonard, et son générique de fin sur fond de Cappella. Ici, on entend de la techno et du rock craignos qui rappelle la texture de la facture : nous sommes en présence d’une série B qui ne revendique rien si ce n’est le plaisir de faire hurler (Hostel, le prochain Eli Roth semble bien parti pour déclencher les mêmes polémiques). Le film se distingue par ses meurtres envers des femmes majoritairement dépeintes comme des salopes bonnes à baiser et à saigner et des jeunes gamines. Quelques idées bien cradingues avec ce tueur qui se fait faire une turlute par une tête de victime décapitée comme dans Haute Tension. Quelques balbutiements du côté de la découverte de la sexualité chez l’enfant qui renforce le contraste entre un monde enfantin (les mômes déguisés pendant Halloween) et un autre, celui, lubrique et pervers, des adultes. Quelques cameos sympas comme celui de Tony Todd, pas encore remis de Candyman, dans un rôle gratiné. Quelques passages bien dégueulasses qui donnent envie de sortir la tronçonneuse.



Une somme d’addition qui, comme dans la plus logique des équations, donne un ensemble choquant et potentiellement répulsif. Ce serait jouer les âmes insensibles que de confesser que l’ensemble ne suscite rien, d’autant qu’il s’attaque à des tabous. On a beau se convaincre que tout cela ne fonctionne pas au premier des degrés et que la dernière partie (les vingt dernières minutes) est grand-guignolesque à souhait ; le cinéaste instille par intermittences une vraie angoisse et organise des images viscérales et marquantes. Si bien que le rire de la moquerie s’étrangle dans l’effroi le plus sourd. C’est très certainement une bonne blague, oui, mais elle fût de très mauvais goût.




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