Par - publié le 03 novembre 2005 à 06h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h38 - 4 commentaire(s)
Parmi les films les plus attendus par les aficionados de cinéma fantastique, on compte Saw 2, The Devil's rejects... et Wolf Creek, film d'horreur surprise présenté cette année au festival de Cannes où il a fait tourner de l'oeil. Le film, méchant et roublard, plaide pour le gore et le premier degré dans un contexte ultra-réaliste mais a tendance à prendre des vessies pour des lanternes. Sa réussite n'est que partielle...


Trois jeunes randonneurs quittent leur ville d'Australie pour trois semaines de trekking dans le désert australien. Ils en profitent pour aller admirer Wolf Creek, un cratère causé par un météorite vieux de plusieurs milliers d'années. Cette nuit-là ils retrouvent leur voiture en panne. Lorsque un autochtone leur propose de l'aide, ils se croient sauvés. Pourtant, le vrai cauchemar commence... A l’aune du Projet Blair Witch et plus récemment d’Open Water, Wolf Creek, sélectionné à Sundance, fait partie de ces petits films d’horreur manufacturés avec de maigres moyens et qui au final vont au-delà de leurs espérances. Celui-ci, venu d’Australie, passe pour avoir été racheté par Dimension films (3 millions de dollars) alors que son budget ne dépassait pas les 2 millions. C’est accessoirement le plus faible et le moins novateur des trois.


Selon un canevas désormais balisé qui évoque un Delivrance du pauvre (des jeunes gens qui partent en randonnée dans le désert Australien) avec bien sûr un ton vériste idoine (caméra portée à l’épaule), Wolf Creek, titre trompeur et malin, est un survival qui ne provoque aucune sympathie. C’est à la fois sa qualité et son défaut. Qualité parce que ce n’est pas tous les jours qu’on voit un tueur en série montré sous son aspect le plus humainement monstrueux (on a même parfois l’impression que le cinéaste prend clairement son parti au détriment des pauvres proies) ; défaut, parce qu’à force de déshumaniser ses personnages au risque de les confiner à des pantins bons à passer au hachoir, le réalisateur tête brûlée vire dans le délire gore sans queue ni tête.
Ainsi, le sous-texte politique ostensible dans divers Survival des années 70 passe à la trappe, en dépit de quelques allusions à la guerre au Viêt-Nam qui sonnent davantage comme une lourde référence au Massacre à la tronçonneuse ou encore au Crocodile de la Mort de Tobe Hooper. D’où un produit hybride, parfaitement stupide à la fois dans le fond (avec son scénario qui tient sur un ticket de métro) et la forme (caméra branlante qui prétend sonder la nervosité des trois protagonistes).


Cela ressemble à une version moins conceptuelle de 29 Palms de Bruno Dumont, ou comment un road-movie faussement tranquille se mue progressivement en objet filmique déviant et insoutenable. Pendant une longue première partie, le film équivaut à une heure et des poussières de rien, de fausses fêtes et de fausses prises de tête bidons pour montrer que les jeunes qui ont la vingtaine sont vraiment trop cools. Très vite, l’inaction et l’accumulation de détails fantastique superflus (montres qui s’arrêtent, visions étranges…) ne font pas avancer le schmilblick. On s’en doute, c’est pour mieux laisser planer la menace jusqu’à ce que le clou du spectacle ne défonce tout sur son passage. C’est là où le bât blesse : en remettant constamment à plus tard la grande menace, le cinéaste ne fait que de la ratatouille horrifique en amplifiant des rebondissements déjà vus ailleurs et en mieux.


Avant que le grand méchant loup ne vienne torturer ses ouailles, le réalisateur recycle les clichés les plus éculés où les questionnements métaphysiques flirtent avec le zéro, des embrassades en haut de la colline et un environnement hostile, que ce soient les villageois du village et de vaines zébrures temporelles (McGean va même jusqu’à nous jouer le coup de l’éclipse). Certains opus récents ont prouvé qu’il était possible de reprendre tous les codes du genre et de, discrètement, les retourner comme des crêpes. Or, en tentant de coller au caractère minéral de son sujet ; en privilégiant le huis clos cru au potentiel surnaturel, Wolf Creek ne s’échappe à aucun instant des conventions. Douloureux problème qui alourdit considérablement la bobine dite frivole… L’ensemble ne vaut donc que pour son dernier tiers, véritable sommet d’horreur paroxystique qui seulement à cet instant peut prétendre descendre des survivals des années 70, dans la lignée de Massacre à la tronçonneuse, avec monstre à visage humain et des post-ados contemporains et beaux qui crient fort. Les images finales, très explicites, ont au moins le mérite de donner aux goreux ce qu’ils ont envie de voir mais, las, faute de substance, l’ensemble ne devrait guère supporter plusieurs visions. La randonnée aurait pu être encore plus mortelle.
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