James Cameron lève le voile sur les coulisses de son film évènement, le révolutionnaire Avatar...

Par Julien DUPUY et Arnaud BORDAS - publié le 14 décembre 2009 à 16h15 ,
MAJ le 18 décembre 2009 à 01h17 - 2 commentaire(s)

De la promotion de son film à son réaménagement du cinéma virtuel, en passant par la gestion du relief, James Cameron lève le voile sur les coulisses de son film évènement.

 

Retrouvez la seconde partie de notre entretien avec James Cameron ici 
 


À quelques jours à peine de la fin de la postproduction, un article du Wall Street Journal a prétendu qu'Avatar était très loin d'être terminé...
Cet article sous-entendait effectivement qu'il nous restait trente minutes à fabriquer entièrement à quelques semaines de la sortie, mais c'était évidemment faux. Ces rumeurs tiennent à ma réputation, vous savez (rires). Croyez-moi, l'agenda a été respecté et j'ai connu des situations beaucoup plus stressantes : par exemple, lorsque j'ai fait Terminator 2 : le jugement dernier, nous avons rendu les toutes dernières bobines à sept jours de la sortie du film !
 
En tout cas, dès sa promotion, Avatar a suscité la polémique, notamment avec l'« Avatar Day »...
Je considère que l'« Avatar Day » a été un vrai succès : 100 000 personnes qui se déplacent pour venir voir quinze minutes d'un film dont elles ne savent pratiquement rien et qui sortira plusieurs mois plus tard, ce n'est pas rien. Pour moi, l'« Avatar Day » a eu beaucoup plus d'impact qu'une simple bande-annonce sur Internet.

 

Avatar, James Cameron
 
Et puis cet événement a montré au public qu'Avatar allait être davantage une expérience inédite qu'un simple film...
Exactement, c'était le but. Avatar est certes un film, mais c'est plus que cela : c'est une expérience à part, à cause de la 3D principalement. Il y a une histoire, des personnages, de l'action, des sentiments, mais il y a également une proposition d'immersion totale. J'ai conçu ce projet pour emmener les gens sur une autre planète. Lorsque j'ai monté le film en 2D, j'ai vu que l'histoire fonctionnait tout aussi bien, mais je me suis aussi rendu compte que l'impact visuel n'était pas aussi puissant. C'est un peu comme lorsque vous regardez un film en DVD : c'est prenant, vous avez la qualité narrative du film mais ce n'est pas aussi puissant qu'au cinéma. Et en cela, l'« Avatar Day » a été un bon moyen de faire prendre conscience aux différents acteurs de l'industrie, et notamment aux exploitants, que la révolution 3D était en marche et qu'elle allait changer la façon de voir un film en salles.
 
Et la 3D va également bientôt arriver dans les salons des particuliers...
Tout à fait, nous avons d'ailleurs encouragé ce changement important en en faisant la promotion via le futur Blu-Ray d'Avatar, montrant ainsi que la vidéo haute-définition couplée à la 3D représente l'avenir proche du home cinema. Personnellement, j'ai tendance à penser qu'outre le cinéma, les jeux vidéo et les retransmissions télévisées d'événements sportifs vont être pour beaucoup dans le fait d'aider les foyers à franchir le pas et à s'équiper de téléviseurs 3D.
 
Parlez-nous de la caméra Fusion que vous avez créée pour tourner les scènes live d'Avatar...
C'est une caméra qui permet de restituer l'effet de relief tel que le perçoit l'œil humain lorsqu'il observe son environnement. Nous l'avons créée avec mon associé Vince Pace pour mes documentaires sous-marins et depuis, non seulement nous n'avons jamais cessé de la perfectionner mais en plus, d'autres films ont pu l'utiliser. Ça n'a plus rien à voir avec le bon vieux relief d'antan, qui collait des migraines au spectateur. Je ne veux pas rentrer dans des détails trop techniques mais en gros, notre caméra à deux objectifs reproduit très fidèlement les diverses fonctions d'un œil humain. Le résultat est réellement bluffant et procure un confort de visionnage qui était indispensable sur un film aussi long.

 

Avatar, James Cameron
 
Pouvez-vous développer les changements que vous avez apportés au cinéma virtuel employé par Zemeckis depuis Le Pôle Express ?
La capture des mouvements du corps est à peu près similaire, mais nous avons développé une nouvelle méthode de capture des visages, pour obtenir un résultat qui, je l'espère, fera la différence. Le visage des acteurs n'est plus constellé de capteurs chargés d'enregistrer de manière locale les mouvements faciaux, comme c'était le cas pour les trois films de Robert Zemeckis. Les comédiens d'Avatarportaient à la place une petite caméra fixée à leur tête et qui enregistrait la globalité des mouvements du visage. La finesse de la captation est ainsi nettement accrue. C'est là que la performance capture s'avère passionnante : en tant que réalisateur, ce qui m'intéresse, ce n'est pas l'animation mais la direction d'acteurs. Et c'était formidable de me retrouver tous les jours avec mes acteurs, de les faire répéter puis d'enregistrer leur performance en continu. C'est cette technologie qui va permettre de libérer le spectateur de la gêne qu'il avait jusqu'ici avec les personnages en images de synthèse, et notamment avec leur regard. Avec Avatar, nous avons clairement franchi une frontière. La seconde grande innovation d'Avatar, c'est que le studio où nous effectuions les séances de performance capture avec les comédiens était six fois plus grand que celui utilisé par Zemeckis sur La Légende de Beowulf, qui était assez contraignant en termes d'espace. Cela nous permettait d'y faire cohabiter un certain nombre de personnes, et même d'animaux tels que des chevaux, pour filmer des scènes à l'échelle d'un champ de bataille. Car sur Avatar, il ne s'agissait plus de représenter un seul personnage à l'écran, comme Gollum ou le monstrueux pirate Davy Jones des Pirates des Caraïbes, il nous fallait carrément des centaines de personnages digitaux photo-réalistes.
 
Des centaines de personnages en performance capture ?!
Absolument. Grâce au logiciel Massive, on savait déjà représenter des armées de milliers de combattants autonomes, mais cela restait de l'ordre de l'animation et cantonnait leur représentation visuelle à des plans larges. Là, nous verrons des centaines de combattants digitaux à l'écran mais tous interprétés par de vrais acteurs, dont nous avons capturé la performance avant de la transplanter sur nos extraterrestres en images de synthèse. Mais comme on ne peut enregistrer en même temps que 16 ou 17 personnes, il a fallu créer de multiples cessions pour les différents groupes. C'était vraiment très difficile, cette étape du tournage a été l'un des plus gros défis du projet. Enfin, la dernière innovation apportée par Avatar au cinéma virtuel, c'est la Simulcam, une caméra virtuelle que je manipulais pendant les cessions de performance capture et qui nous permettait de visualiser sur moniteur un premier rendu des plans finaux, avec les avatars en mouvement implantés dans le décor en images de synthèse. Cela permettait d'avoir un aperçu en direct de ce à quoi allait ressembler notre film à l'arrivée.
 
Dans la seconde partie de notre entretien : James Cameron nous parle de choix cornéliens concernant la mise en scène d'Avatar, de la morale de son film, de son rapport à la technologie, du cinéma du futur et... d'Hayao Miyazaki !
 
Propos recueillis par Arnaud Bordas et Julien Dupuy
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