Durant les quatre premiers jours de la 10ème édition de
L’Etrange Festival, nous avons pu apprécier une fois de plus la diversité des œuvres proposées (ça allait du polar 60’s kitsh au manga live violent en passant par le drame érotique trash ou le suspense "chandelle" espagnol). C’est
Ichi The Killer, le polar gore de Takashi Miike, qui a ouvert les hostilités. Contrairement à d’autres festival où fut projeté le film précédemment, le public fût très réceptif à l’humour noir de son auteur, qui n’ayant pas pu être présent nous a gratifié d’un petit speech aussi décalé que l’était son film ( "Vous avez mangé avant de venir ?… parce que vous allez vomir… ").
En parlant de gore, nous avons pu (re)découvrir les films de celui qui inventa quasiment ce genre à part entière, Herschell Gordon Lewis, un monsieur fort sympathique qui vint présenté ses œuvres maîtresses en nous contant à chaque fois un bon nombre d’anecdotes concernant le tournage où la sortie de ses films. Si nous avons pu nous rendre compte que le réalisateur manquait pas d’humour et avait la pêche. En ce qui concerne ses films, c’est une tout autre histoire.
Blood Feast (1963)
Réalisateur et chef opérateur : Hershell Gordon Lewis
Interprètes : Thomas Wood, Mal Arnold, Connie Mason, Lyn Bolton, Scott H. Hall
Scénario : A. Louise Downe
Musique : Hershell Gordon Lewis
Produit par ; David F. Friedman
Une bourgeoise engage Fuad Ramses, un épicier égyptien, pour organiser une fête pour les fiançailles de sa fille Suzette. Mais l’épicier, adepte des cultes maléfiques, décide de préparer pour la déesse Ishtar, un festin bien particulier, composé principalement de chair humaine. Il part donc à la récolte de différentes parties de l'anatomie de belles jeunes femmes (jambes, cervelle, langue…), qui auront le malheur de croiser sa route. Parallèlement, la police enquête sur ces horribles crimes…Premier film gore de l’histoire du cinéma,
Blood Feast est un film qui doit sa célébrité au genre qu'il a initié plus qu'à ses qualités cinématographiques. La trame, assez simple, n’est qu’un prétexte pour montrer à l’écran ce qui précédemment n’avait été que suggérée dans le cinéma horrifique. Son réalisateur, Hershell Gordon Lewis a d’ailleurs toujours été conscient de la médiocrité de son film, et voulait simplement œuvré sur un terrain encore vierge. Tant mieux pour lui puisque le film fût contre toute attente un énorme succès, ce qu’il l’obligea à persévérer dans cette voie (
Wizard Of Gore,
2000 Maniacs…).
Blood Feast, c'est du cinoche de drive-in, interprété par des acteurs jouant comme des pieds, en particulier la jeune héroïne interprétée par la Playmate, Connie Mason. HG Lewis n’a que faire de la direction d’acteur. Ce qui rend aujourd’hui son film involontairement hilarant malgré la succession de scène sanglantes où la chair est montrée dans toute son horreur. Jambes coupées, arrachage de langue… Des détails sordides filmés en gros plan, qui aujourd'hui peuvent paraître un peu kitsh. Car hormis les scènes d’horreur, le cadre dans lequel évolue les protagonistes est très clean, dans le style des publicités d’époque. Les amateurs de gore y trouveront un intérêt, les amateurs de vrai cinéma passeront leurs tour. A voir – en salle de préférence - pour rire un peu…
Frédéric AmbroisineWizard Of Gore (1970)
Réalisateur : Hershell Gordon Lewis
Interprètes : Ray Sager, Judy Cler, Wayne Ratay.
Scénario : Allan Kahn
Musique : Larry Wellington
Produit par : Hershell Gordon Lewis

7 ans après
Blood Feast, Hershell Gordon Lewis ne sait toujours pas filmer et ses comédiens rivalisent de médiocrité. Mais l’idée de départ est un peu plus intéressante que d’habitude. Montag, un magicien, utilise pour ses tours, de jeunes femmes prises sans le public auxquelles il fait subirent sur scène les pires atrocités… en apparence. Transpercées, tranchées, pilonnées, elles redeviennent normales sitôt le tour fini. Mais après le spectacle, elle sont retrouvées mortes ayant apparemment été tuées dans les mêmes circonstances qu’elles auraient du l’être sur scène. ‘’Vrai ou faux’’. L’intérêt de l’intrique réside dans le fait de savoir si oui où non se que l’on voit est vrai, pourquoi les victimes meurent et surtout comment. Une fois de plus le jeu catastrophique des acteurs provoque un comique involontaire où le spectateur n’est pas à l’abris de crises de fous rires (ex : acteur se grattant le menton en levant les yeux au ciel pour simuler la réflexion). Les situations, trop répétitives, ralentissent le film et le rendent passablement ennuyeux.
Frédéric AmbroisineCOMPETITION COURTS METRAGES la découverte de nouveaux talents passe de façon indispensable par la sélection de
courts métrages dont le niveau général était beaucoup moins inégal que l’an dernier. On se rend compte une fois de plus que c’est le cinéma d’animation qu’il s’agisse de films live tourné en image par image (Pâte à modeler dans
Qui veut du paté de foie ?, Poupées dans
Der Schlangemann), ou d’œuvres faites sur cellulo (
Shh), qui nous proposait les œuvres les plus intéressantes et originales. Tous ceux proposés cette année ce distinguait par autant par le scénario - toujours teinté d’humour noir à un degré plus ou moins important - que les prouesses techniques. Humour gore et satirique dans
Shh où un dessinateur rentre à l’intérieur du cerveau d’un bébé pour découvrir les raisons de ses pleurs. Pour l’éduquer, il lui insère des informations sur les grandes difficultés qu’il rencontrera dans la vie.
Qui veut du Paté de foie ? est assez cruel (un gamin chétif vivant dans une famille d’obèses qui se goinfrent à longueur de journée),
Der Shlangemann, une parodie de publicité reprenant les personnages dérivés de Barbie et Ken est carrément trash. Présenté sans sous-titre, ce court-métrage était fort compréhensible grâce à son coté graphique : La poupée masculine est muni d’un énorme sexe dont il se sert à travers différentes activités (tennis, golf…). Les fans de
South Park ont du apprécier (il y a une scène avec un mouton aussi…). Délire total sur le film tourné en image par image ou un homme se déplace dans les airs en position assise. Le générique de fin montre à quel point le tournage fût éprouvant puisque l’acteur devait sauter sans interruption pour se faire prendre en photo dans les airs sur de très longues distances et en tous lieux (terre et mer). Humour noir décalé pour
Auto Mummy où des parents refusant d’assumer leurs responsabiltés confient leur enfant (à tête de loup) à une machine.

LA DERNIERE VOIX (2002)
Dans le style sérieux on avait un film coréen Siam Hard Romance, l’histoire d’un frère amoureux de sa sœur siamoise avec qui il vit dos à dos et qui est amoureuse d’un junkie. Dérangeant. Plutôt ambitieux, le film de SF La Dernière Voix a visiblement partagé l’audience. Influencé par (le final de) Blade Runner -belle photo, et ambiance pluvieuse soutenue par une bo trip hop - , le film se déroule dans un monde post-apocalyptique où la parole est sur le point de disparaître et où les gens communiquent en se gravant des messages sur le corps. Le sympathique film français Reptil peut être vu comme un croisement entre Seul Contre Tous (vieil homme solitaire dans un appart) et La Mouche (transformation de l’homme en animal). The Provider est de loin, le film le plus ennuyeux de la sélection. Un père de famille récolte de la nourriture spéciale dans une maison isolée (visuellement : des petits cerveaux issus de testicules géants accrochés au mur). Dis comme ça c’est cool et rapide. Mais sur pellicule, ça fait 21 minutes. Le film espagnol Ya No Puede Caminar est très intéressant : un gamin collectionne des insectes dans des bocaux pour surmonter la peur qu’ils lui procure. Mise en scène chirurgicale, ambiance forestière inquiétante et chute excellente. A Very Very Silent, film indien qui fût primé à Cannes, est surtout intéressant pour son message (la condition des femmes) que sa forme (un plan séquence fixe ou des hommes se glissent tour à tour sous une couverture sur le trottoir). Le court-métrage ‘’dans le vent’’ Dialing the Devil est assez sympathique malgré son scénario conventionnelle (un homme vend son âme au diable pour s’acheter une cadillac). Ambiance Pulp Fiction (humour noir, musique rock) et surtout U-Turn (même type de photo et décor).
Signalons que le DVD 10 ans de Court-métrages est disponible à la vente durant L’Etrange Festival (du 28 août au 10 septembre 2002). Au menu, 195 minutes de programme, soit 13 films dont les titres sont les suivants : Le Fronton de Marcel Li Antunez - 1993 (20') EspagneLa Poule A Papi de Arnaud Briquet - 1999 (7')No Sex de Eric Coignoux - 1993 (5')Une Expérience d'Hypnose Télévisuelle de Gaspar Noé - 1995 (22')Home de Douglas Buck - 1996 (27') Rapture de Gor Widling - 1997 (10')XXI de Marc Caro - 2000 (2')Non, Tu exagères - de Charley Bowers - 1926 (20')Fade de Eugenio Mira - 2000 (22')Eau De La Vie de Simon Baré - 1995 (13')The Sandman de Ian Mckinnon - 1991 (10')Paques Man de Michel Leray - 2001 (9')Adoration de Olivier Smolders - 1986 (16')Bonus : Midnight + / Etrange Festival 2001 (6')
Frédéric Ambroisine
JEAN-LOUIS TRINTIGNANT : ETRANGE REALISATEUR
De Et Dieu... créa la femme (1956) à Ceux qui m'aiment prendront le train (1998), Jean-Louis Trintignant, l'acteur, aura eu une carrière bien remplie. A l'image de sa filmographie éclectique faite de choix parfois surprenant (passer d'un Rohmer - Ma Nuit Chez Maud - à un Umberto Lenzi - Si Douces Si Perverses), Jean-Louis Trintignant le metteur en scène, dont l’œuvre ne se limite malheureusement qu'à deux long-métrages, nous dévoile son coté déjanté grâce aux méconnus Une journée bien remplie et Le Maître-Nageur, deux bijoux que vous aurez l’occasion de voir sur grand écran aujourd’hui (pour le 2ème) et demain (pour le 1er) dans le cadre de L’Etrange Festival qui lui rend un hommage bien mérité.
Une Journée Bien Remplie (1972)
Réalisateur et scénariste : Jean-Louis Trintignant
Interprètes : Jacques Dufilho, Luce Marquand, Franco Pesce
Musique : Bruno Nicolai
Produit par : Jacques-Eric Strauss
Projeté le Mardi 3 septembre à 19h30
Un boulanger père de famille décide de tuer dans la journée, les neuf jurés responsables de la condamnation à mort de son fils. Il part en side-car accompagnée de sa maman pour exécuter sa mission vengeresse…
Sur ce bref synopsis aux allures de films de vengeance classique, Jean-Louis Trintignant en a tiré une œuvre grinçante, teintée d’un humour noir s’inspirant de la comédie anglo-saxonne. L’absence quasi-totale de dialogue et les autres clins d’œil évidents au western spaghetti (la montre musicale directement inspirée de Et Pour Quelques Dollars de Plus ou le vengeur montrant la photo de son fils à chacune des futures victimes avant sa sentence) renforce l’idée que le réalisateur a voulu livrer un film à part, exempt de toutes fioritures scénaristiques. D’ailleurs lorsqu’à un moment du film, on se décide à nous expliquer les faits et geste de son héros (via le poste de radio annonçant les méfaits du personnage principal incarné avec classe par Jacques Dufilho), on nous le ressasse avec exagération pour nous faire comprendre qu’il ne s’agit là que d’un prétexte à but satirique. Le thème musical également n’est pas sans nous rappeler un peu les morceaux de Ennio Morricone (plus exactement un mélange en la musique de western et de celle des films avec Pierre Richard). Le coté parfois surréaliste de la mise en scène - à la limite de l’expérimental - est assez fascinant. A (re)découvrir absolument.
Frédéric Ambroisine
Le Maître-Nageur (1978)
Réalisateur et scénariste : Jean-Louis Trintignant
Interprètes : Jean-Claude Brialy, Guy Marchand, Stefania Sandrelli, Moustache, Jean-Louis Trintignant
Produit par : Humbert Balsan, Serge Marquand & Stéphane Tchalgadjieff
Projeté le Lundi 2 septembre à 21h45
Marcel, qui vient d’épouser la rêveuse Marie, est engagé comme maître-nageur par un milliardaire excentrique, Zopoulos, et son homme de confiance, Logan. On lui propose bientôt de participer à un étrange marathon aquatique...
Le Maître-Nageur de Jean-Louis Trintignant est un authentique manifeste de l'Absurde qui présente une rigueur et une logique exemplaires. Pour sa deuxième et malheureusement dernière réalisation, Jean-Louis Trintignant se place en héritier des poètes surréaliste que sont Ionesco, Italo Calvino et Boris Vian avec une fable aussi mordante et incongrue que porteuse de sens. Sorte de remake décalé et aquatique de On achève bien les chevaux, Le Maître Nageur révèle un talent de conteur burlesque et lunaire qui, s'il avait pu s'exprimer plus longtemps et plus librement (en dépit de sa maîtrise indiscutable, le film ne correspond pas au projet initial du fait de la privation, en début de tournage et par Spielberg himself, de la louma en fonction de laquelle tout le découpage avait été prévu), aurait placé l'auteur Trintignant aux côtés d'un Jacques Tati. En l'état, Le Maître Nageur est un voyage imaginaire d'une richesse et d'une drôlerie rafraîchissantes, autour du thème de la toute-puissance divine de l'argent. Un (petit) chef-d’œuvre inventif et irrésistible qui donne certain de leurs meilleurs rôles à Jean-Claude Brialy et Guy Marchand.
Denis Brusseaux
Désirée (1984)
Réalisateur : Felix de Rooy
Interprètes : Marianne Rolle, Dan Strayhorn, Cynthia Belgrave, Joanne Jacobson, Askina Touree
Scénario : Norman de Palm
Produit par : Norman de Palm
Le comportement de Désirée, une jeune femme noire dont l’enfance a été dictée par une mère irresponsable, devient de plus en plus imprévisible après sa rencontre avec le père Siego, dont l’église s’apparente plutôt à une secte. Son petit ami, Freddy tente en vain de la dissuader d’aller à ses messes douteuses. Lorsque Désirée tombe enceinte, elle se retrouve alors rejeté à la fois par le père Siego et Freddy…
Inspiré d’un fait réel datant de 1980, Désirée est une œuvre forte qui provoque un malaise chez le spectateur des les premières minutes. Nous entendons durant le générique une chanson de blues, décrivant le quotidien d’un être esseulé et déprimé. Apparaît ensuite l’actrice principale Marianne Rolle. Elle s’addresse au landau qu’elle est en train de pousser. Il landau où il est censé s’y trouver un enfant. Mais c’est au vide qu’elle s’adresse, berçant une couverture et mimant de donner à manger à un enfant fantôme. C’est en flash back, que nous découvrons progressivement les raisons qui ont poussé cette femme à la folie et qui passe par trois étapes : la vie avec sa mère, sa rencontre avec Freddy - portier sympathique qui malgré ses efforts ne pourra sauver Désirée de ses hallucinations – puis avec le père Siego, responsable indirecte du drame qui surviendra et dont le spectateur ressortira marqué longtemps après la fin du film. Fort.
Frédéric Ambroisine
Projeté également aujourd’hui et demain à l’Etrange Festival
LA RESIDENCE
1969
Réalisateur : Narcisso Ibanez Serrador
Projeté le Lundi 2 septembre à 20h00 (en complément : Good Boys Use Condoms & Asparagus)
Dans un pensionnat pour jeunes filles, dirigé d'une main de fer par la sadique Mlle Fourneau, les disparitions se succèdent...
Réalisé en 1969, La Résidence arrive après L'Effroyable Secret du Docteur Hichcock de Ricardo Freda, auquel il emprunte beaucoup de son atmosphère et de son sens de l'espace, sans parler d'une photographie cherchant, avec succès, à se hisser au niveau des fleurons du giallo initié par Mario Bava.
Pour son premier film de fiction (il avait auparavant signé le documentaire Historia de la Frivolidad consacré à la censure en Espagne), Narcisso Ibanez Serrador réalise rien moins qu'un chef d'oeuvre absolu. Tout, dans La Résidence, fait preuve d'un souci maniaque du détail et d'une inventivité constante (on est parfois à la frontière du cinéma expérimental), à commencer par l'utilisation des moindres recoins du décor, perçu comme un lieu mental, à l'instar des meilleurs films en huis-clos. Avec intelligence, le réalisateur intègre progressivement son personnage central à une communauté autarcique qui devient, en fin de compte, la vraie héroïne collective de l'oeuvre.
Entre réalisme des situations et onirisme de la narration, La Residence bouleverse sans cesse les repères sans recourir à la manipulation du spectateur. Au final, Serrador marie chronique sociologique et perversité Sadienne, faisant de son film un classique instantané de la poésie morbide (les coups de couteau filmés comme des caresses) et de la psychologie déviante, à tendance freudienne. La Résidence annonce les futurs Picnic à Hanging Rock, Suspiria et Les Autres. De quoi faire baver à l'idée de découvrir un jour le film le plus célèbre de son auteur, Les Révoltés de l'an 2000 réalisé en 1976.
Denis Brusseaux
GOOD BOYS USE CONDOMS
2002
Réalisatrice : Lucile Hadzihalilovic
Durée : 10 minutes
Réalisatrice du moyen métrage La Bouche de Jean-Pierre en 1996, restée discrète depuis, Lucile Hadzihalilovic ne semble pas encore prête à sortir de l'ombre de Gaspar Noé dont elle a produit et monté Seul contre tous et qui tient ici la caméra. Pourtant, ce court-métrage ''pornographique'' commandé dans le cadre d'une campagne sur le port du préservatif démontre une inventivité conceptuelle et narrative qui la ré-impose d'emblée comme un auteur à suivre.
Illustrant le sujet du changement de préservatif lors d'un changement de partenaire, Lucile trouve l'équilibre entre voyeurisme, recherche artistique et démarche didactique. Elle ne tente jamais de rendre le rapport sexuel joli ou propre mais préfère induire de la sophistication dans le contexte proprement dit, donnant cohérence à son propos. On retient notamment deux idées originales : le choix d'actrices jumelles, qui opère une mise-en-abîme du changement, puisque l'homme fait toujours l'amour à la même femme tout en validant leur distinction (mais ce sont elles qui le rappellent à l'ordre); la représentation de l'orgasme où se conjugent l'expérimentation et la poésie. Dans la stricte limite de son ambition, Good boys use condoms est une réussite.
Denis Brusseaux
ASPARAGUS
1979
Réalisatrice : Suzan Pitt
Durée : 20 minutes
S'exclamer ''on y comprend rien !'' ou ''c'est un peu chiant !'' peut difficilement servir d'approche critique satisfaisante pour une oeuvre aussi ouvertement tripante et maîtrisée que cet Asparagus qui nécessita deux ans de travail à sa réalisatrice Suzan Pitt, auteur d'une quinzaine de films d'animation. Sorte de voyage initiatique au coeur d'une univers à forte teneur symbolique, l'intérêt du film repose avant tout sur son rapport au trompe-l'oeil, à l'analogie des formes, à la dé-composition des images. Sous le double signe du sexe et de la drogue, Asparagus est une expérience hallucinante sur la mariage des sons et des couleurs, autant qu'un tour de force technique combinant animation de volumes et dessin animé traditionnel. Une réussite technique et narrative qui nécessite bien entendu plusieurs visions pour révéler tout son potentiel.
Denis Brusseaux
SHABONDAMA ELEGY
2002
Réalisateur: Ian Kerkhof
acteurs : Thom Hoffman, Hoshino Mai
Projeté le Lundi 2 septembre à 17h30
Le patron d'un bar de Tokyo (Thom Hoffman) sait qu'il lui reste une semaine avant d'être assassiné. Il se lance alors dans une histoire d'amour désespérée et volcanique avec une jeune prostituée (Hoshino Mai)...
Dans le maëlstrom d'images vidéo, de sensations, de pistes narratives et d'informations que recèle Shabondama Elegy, quelque chose tend à se perdre : la signification de la démarche expérimentale. Ian Kerkhof, réalisateur hollandais de passage au Japon et déjà auteur de Wasted, a beau multiplier les variations sur le même thème et tenter d'y trouver une certaine perception de l'écoulement du temps par la répétition, son film se heurte sans cesse au même obstacle, une fatalité qui ne repose que sur du convenu. Dès lors, l'expérimentation fait moins office de nerfs créatif que d'échappée brouillonne hors d'un banalité scénaristique qui se réimpose sans cesse. En d'autres termes, Kerkhof ne s'approprie pas sa propre verve créative et s'assujetti à des règles, celles du cinéma de genre, qui ne semblent pas lui convenir et aplatissent son style. Loin d'être inintéressantes, les recherches de Kherkof ne sont en l'état que des éclats, un work in progress impudique, brute et insatisfaisant. On attend encore le film.
Denis Brusseaux
SI DOUCES, SI PERVERSES
1969
Réalisation : Umberto Lenzi
Projeté le Lundi 2 septembre à 18h00
Sacré Jean-Louis Trintignant qui, en cette fin des années soixante, réclamait à son agent de lui dégoter le pire film possible, ceci, dit-il, afin d'éviter de prendre la grosse tête ! Pendant la première heure de Si douces si perverses, de l'heureux élu Umberto Lenzi, un doute nous assaille pourtant quant aux compétences professionnelles du sus-dit agent : même si sans talent particulier, chaque séquence fonctionne à peu près, avec un humour marchant sur le fil du rasoir entre grotesque et décalage raffiné. Encore raté pour le navet, se dit-on. Bien mal nous en prend ! Car aux deux tiers du métrage, J-L T s'éclipse pour ne plus revenir. Et là, la vérité éclate : Si douces, si perverses n'était qu'un sombre nanar, pompant lamentablement Les Diaboliques de Clouzeau. Comment ! La simple présence de l'acteur aurait donc suffit à réhausser le niveau de plusieurs crans ? Allez comprendre, mais les faits sont là : d'un geste de la main, d'un regard faussement timide, d'une intonation douce et appuyée, d'un mouvement de la tête, Trintignant importe dans la pire exploitation les recettes de fabrication du cinéma le plus exigeant. Presqu'autiste, il semble se couper de la réalité qui l'entoure pour faire exister son art de comédien en autarcie. Il condamne du même coup les contre-champs, et le reste du film, à l'auto-destruction. Que Lenzi n'ait pas réécrit son script pour garder J-L T jusqu'à la fin, voire pour l'intégrer à chaque scène, reste le plus grand mystère de cette série Z schizophrène.
Denis Brusseaux
LA PRISON DES SEVICES
The Big Bird Cage
1972
Réalisateur : Jack Hill
Projeté leMardi 3 septembre à 22h00
Les codes du genre du film de prison de femmes dans un pays exotique ont ceci de fascinant qu'ils invoquent constamment les coulisses du tournage. La grande part d'intérêt que l'on ressent à la vision de cet excellent petit film qu'est Prison des sévices vient donc en grande partie de notre désir violent de voir le making-off : conditions d'hygiènes, rafistolages du décor, casting local complètement largué (les prisonnières d'arrière-plan errent dans le champ avec un air ahuri), conflit d'égo entre les actrices. Sans oublier un problème technique redoutable : maintenir en place le malheureux bout de tissu sensé comprimer la fière poitrine de Pam Grier. Jack Hill, pourtant avare en anecdotes, a dû y vivre son Apocalypse Now à lui, analogie d'autant plus évidente que le site servira quelques années plus tard pour le chef d'oeuvre de Coppola. Pour le reste, Prison des sévices, qui fait suite à Big Doll House, confirme la bonne santé de ce cinéma d'exploitation auquel Jack Hill a apporté quelques classiques déviants (Coffy, Foxy Brown, Spider Baby, Switchblade sisters). Le parfait timing des scènes comiques, la candeur des pugilats opposants des femmes apparemment choisies en fonction de leurs différences physiques (un petite black contre une blanche gigantesque, nues et dans la boue bien sûr !), le cabotinage outrancier de comédiens en état second et des inventions visuelles tranquilles (on a des idées mais on en fait pas tout un plat) donnent un cachet et une saveur très nostalgiques à ce top semi-parodique et effréné. A noter qu'un DVD Zone 1 à été édité !.
Denis Brusseaux
L'ENFER EST A LUI
(White Heat)
1949
Réalisation : Raoul Walsh
Acteurs : James Cagney, Virginia Mayo, Edmond O'BrienMargaret Wicherly, Steve Cochran
Projeté le Mardi 3 Septembre à 18h00
Le gangster fou Cody Jarret (James Cagney) se livre à la police pour un braquage qu'il n'a pas commis, se donnant ainsi un alibi pour un autre crime qui lui vaudrait la chaise électrique. Un policier se fait alors passer pour un criminel endurci afin de l'approcher en prison et de lui extroquer des informations. Jusqu'au jour où Cody apprend la mort de sa mère adorée...
Pour tenter d'expliquer la modernité renversante de L'Enfer est à lui, il faut s'attarder sur la narration mécanique et implacable de Raoul Walsh qui fait feu de tout bois : il n'est pas ici un ressort dramatique, un seul conflit potentiel qui ne soit exploité, ré-activé au moment le plus propice, combiné à d'autres vecteurs dramatiques, aussi minimes soient-ils. L'Enfer est à lui est une somme de suspense, en ceci qu'il n'est qu'un assemblage d'enjeux qui s'auto-alimentent. Rien ne pouvait mieux illustrer cette quête auto-destructrice du gangster psychopathe Cody Jarret que la structure même du film, en forme de fuite en avant/théorie des dominos : chaque problème en génère un plus grand, en un cercle vicieux mathématique et nihiliste, parfaitement destructeur et amoral. On peut donc moins parler de scénario que d'équation logique, à laquelle répond une mise-en-scène dénuée de tout effet de style, de tout chichi narratif, assujetie au seul impératif de l'efficacité pure. L'information brute constitue ainsi la colonne vertébrale de L'enfer est à lui. Combinaison parfaite des codes du polar, du film d'action et de la série noire, le film donne son incarnation ultime, sa quintessence à une culture de l'enjeu qui avait déjà donné le procédé narratif systématique et imparable du sérial. Pas étonnant dès lors que L'Enfer est à lui soit tout simplement un rêve de dramaturgie, bâti en trois actes à la puissance apocalyptique irrépressible. L'un des films les plus captivants jamais réalisés, à placer sur la même étagère que La Fille du Désert, High Sierra et La Vallée de la Peur, ses frères d'armes.
Denis Brusseaux