Par La Rédaction - publié le 01 octobre 2008 à 13h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 16h42 - 3 commentaire(s)
Après Battle Royale, projeté mercredi 22 en ouverture dans une atmosphère de stupéfaction générale (la salle entière est ressortie avec la sensation d'avoir reçu une claque monumentale), le Festival a pris hier sa vitesse de croisière avec une programmation des plus éclectique, comme vous allez pouvoir en juger. Dans le nombre s'était glissé un film remarquable de Kinji Fukasaku (auquel une rétrospective est consacrée) : Guerre des Gangs à Okinawa. Chaque Fukasaku n'étant projeté qu'une seule fois, nous n'en ferons qu'un compte-rendu succint aujourd'hui mais lui consacrerons un dossier avec critiques détaillées à l'issue de la série. Bien sûr, nous vous enjoignons chaudement à voir tous les autres, à commencer par Sous les drapeaux, l'enfer, ce soir à 19h15. Voir la programmation sur notre site ainsi que notre avant-première du Lézard Noir.


LE SEXE DES ANGES
1964
Réalisation : Pasquale Festa Campanile et Maximo Franciosa
Acteurs : Anouk Aimée, Paolo Ferrari, Vittorio Caprioli, Jean Tissier
Durée : 1h30
Prochaine Séance : dimanche 26 Août à 19h30

La rétrospective consacrée à Barbara Steele aura permis de découvrir cette rareté, qui ne doit sa programmation qu'aux deux minutes d'apparition (en tout et pour tout) de la séduisante comédienne. Mais on se consolera devant l'excellence de cette comédie satirique et cruelle aux accents Moliéresques des plus rafraîchissants.

Le Sexe des Anges conte les mésaventures de Méo, jouisseur et escroc, fanfaron et vaurien, qui ne survie que grâce à des rappines aussi médiocres qu'inefficaces. Suite à une mésaventure gastronomique (un aristo le force à manger des crottes de bique...), il apprend que 300 écus sont offerts aux jeunes chanteurs acceptant d'être châtrés et de devenir castra. La crapule tente de faire subir l'opération à son frère cadet mais ce dernier s'enfui. L'argent ayant été dilapidé, tout le monde oblige Méo à prendre sa place. Mais notre viril personnage n'entrevoit que trop bien tout ce qu'il risque d'y perdre...

Ce n'est certes pas dans la réalisation à proprement parler qu'il faut aller chercher les qualités de cette comédie alerte et perverse à souhait. Privilégiant une sensation de prise sur le vif à une esthétique léchée à la Mario Bava, Pasquale Festa Campanile et Maximo Franciosa (également scénaristes de Rocco et ses Frères, La Viacca et Le Guépard) se rapprochent du naturalisme des comédies de Mario Monicelli (Les Croisades de Brancaleone, Le Pigeon) et Edouard Molinaro (Mon Oncle Benjamin). Dynamique et précise juste ce qu'il faut, la caméra laisse libre court à l'abattage monstrueux de bonne humeur communicative de Paolo Ferrari qui profite, ici, d'une VF à l'efficacité burlesque tout à fait confondante. Autour de lui, Anouk Aimée (pulpeuse et diablement tentatrice) et Jean Tissier (tout en sadisme onctueux) s'en donnent à coeur joie. Le rythme ne baisse jamais et les réparties fusent dans une espèce de franchise qui prend à contre-pied l'approche guindée de la plupart des films en costume. Mais la comédie n'est pourtant qu'un habillage de convenance pour un sujet dont la gravité transparait fréquemment.

Il faut noter à ce titre la superbe interprétation de Vittorio Caprioli (Zazie dans le métro) en castra tiraillé entre la féminité que lui impose sa condition et ses désirs masculins qu'il sent parfois le harceler jusque dans ses rêves. Ce personnage tragique s'impose rapidement comme le véritable sujet de l'oeuvre et incarne toute l'horreur de cette tradition dont Meo est le versant burlesque, en quelque sorte le point de vue du spectateur. C'est sans doute à cela qu'il faut attribuer la représentation des castras, plus folles délurées que chanteurs féminisés par la force des choses. L'immoralisme ambiant ne fait que renforcer la noirceur général, livrant au final un film complexe et constamment captivant. Une réussite.

Denis Brusseaux



HARLEQUIN
1980
Réalisation : Simon Wincer
Acteurs : Robert Powell, David Hemmings, Carmen Duncan, Broderick Crawford, Mark Spain
Durée : 1h36
Prochaine Séance : Samedi 25 Août à 17h

Le deuxième film cinéma de Simon Wincer est aussi l'un de ses meilleurs, avec La Chevauchée de Feu. A l'instar de son voisin néo-zélandais Geoff Murphy (Utu) et dans une moindre mesure de son compatriote Peter Weir (Picnic à Hanging Rock, The Truman Show), ce réalisateur australien n'a rien retiré de son passage aux States où il s'est vu confier des Sauver Willy et autres Harley Davidson et l'Homme aux Santiags (à recommander cependant aux amateurs de bizarreries). Seul le sympathique Fantôme du Bengal est à sauver.

S'inspirant de l'histoire célèbre et sulfureuse de Nostradamus, Harlequin conte les affres de la famille Rast. Nick Rast est un homme politique briguant le poste de sénateur depuis que son prédecesseur a disparu accidentellement lors d'une plongée sous-marine. Son fils Alex, leucémique, se meurt lentement. Un soir, après une fête d'anniversaire où il a rencontré un énigmatique clown, l'enfant est pris d'une crise violente et semble perdu aux yeux des médecins. Soudain apparait dans la pièce un individu irréel se faisant appeler Gregory Wolfe, au regard intense et magnétique. Il pose sa main sur Alex et le guérit instantanément. Subjuguée, Sandra Rast insiste auprès de son mari pour que Gregory demeure auprès d'Alex. Mais les services secrets et l'éminence grise de Nick Rast voient d'un mauvais oeil la présence de ce personnage trop influent à leur goût. Que cherche-t-il vraiment ?...

C'est principalement par son scénario que Harlequin emporte l'adhésion. Les personnages, en demi-teinte, sont tous plus ou moins torturés par leur mauvaise conscience, une culpabilité que Wolfe semble venu exorciser. Jouant sur le suggestif, l'histoire ne se départit jamais d'un soucis de réalisme hérité de L'Autre de Robert Mulligan et annonciateur du Dead Zone de David Cronenberg sur un sujet similaire. La prestation carrément hallucinée, et riche d'ambiguïté, de Robert Powell, apporte un charisme unique à ce personnage aussi inquiétant qu'exhubérant : les costumes délirants et/ou ringards qu'il arbore avec ostentation démontrent avant tout sa nature fantasmagorique, son versant lutin sarcastique. Derrière le postulat fantastique se dissimule une intéressante dénonciation des machinations politiques et surtout du statut réel des dirigeants, réduits de pauvres pantins manoeuvrés dans l'ombre. Pour tous ces aspects, Harlequin est captivant.

On peut cependant regretter une mise en scène sérieusement dâté et statique, un psychédélisme très seventies (évoquant L'Homme Qui Venait d'Ailleurs de Nicolas Roeg) quelques problèmes de rythme et de construction du récit (on zappe assez furieusement entre les séquences) ainsi que, en l'occurence, une VF qui manque de conviction. Mais cela n'altère en rien l'étrangeté nimbant continuellement ce film aux accents tragiques et sarcastiques. A découvrir.

Denis Brusseaux



LE MONSTRE EST VIVANT (It's Alive)
Année : 1975
Réalisateur : Larry Cohen
Interprètes : John Ryan, Sharon Farrell, James Dixon, William Wellman Jr, Shamus Locke, Andrew Duggan, Guy Stockwell, Daniel Holzman.
Durée : 1H35
Prochaine Séance : samedi 25 Août à 22h
Le cycle Mauvaise Graine (dont fait parti également Visitor Q) nous a proposé hier, un singulier portrait de famille avec la projection d'un classique de la série B fantastique It's Alive (Le Monstre Est Vivant), écrite, produite et réalisée par le maître du genre Larry Cohen (à qui l'on doit entre autres God Told Me To / Meutres Sous Contrôle ou L'Ambulance.

Franck et Lenore Davies attendent leur deuxième enfant avec impatience. Le jour de l'accouchement, la future mère a des soupçons concernant la normalité du nouveau-né. En effet, la naissance du bambin (un monstre en fait) se révèlera particulièrement éprouvante pour la mère et mortelle pour les medecins se trouvant dans la salle d'opération. Les autorités arrivent peu après sur les lieux. La chasse au bébé peut commencer...

Baby Killer

Le Monstre Est Vivant joue la carte des effets spéciaux de manière discrète (on voit peu le monstre et jamais dans son intégralité), même si la créature de Rick Baker (La Planete Des Singes 2001) est encore aujourd'hui dans tous les esprits. Entre deux scènes de meurtres en vision subjective, Larry Cohen décrit surtout les réactions d'un couple mis en marge par des habitants (voisins, collègue, police...) à cause d'un évènement inhabituel.

D'ailleurs on évoque vaguement la raison pour laquelle le gosse est dans cet état (la radioactivité). La force du film vient plutôt de l'atmosphère inquiétante soutenu par le thème de Bernard Herrmann (Psychose, Sister, Taxi Driver...) mais surtout de l'interprétation des acteurs (le couple Ryan/Sharon est particulièrement convaincant et parfois émouvant) dans le rôle de parents devant malgré eux accepter le fait d'avoir créé une abomination après avoir éssayer (surtout le père) d'en rejeter la responsabilité.

Un classique qui connaîtra deux suites (Le Monstre est Toujours Vivant (It's Alive Again) & Les Monstres Sont Vivants (Island Of The Alive)) toujours réalisées par Larry Cohen.

Frédéric Ambroisine



GUERRE DES GANGS A OKINAWA
1971
Réalisation : Kinji Fukasaku
Acteurs : Koji Tsurata, Noboru ando, Tomisaburo Wakayama, Akiko Kudo, Tsunehiko Watase
Durée : 1h33

Jamais titre français n'aura été plus fidèle à ce qui se trouve dans un film. Guerre des gangs à Okinawa c'est du Brutal. Du pur ''Yakusa Eiga'' qui ne s'embarrasse de pretexte à un style auteurisant. Tourné à l'arraché (avec des séquences de foules dans Okinawa quasi documentaires), Guerre des Gangs est un affrontement entre plusieurs clans de Yakusas, initité par une bande de Gangsters Kamikaze (il ne sont que sept) menés par un chef qui en a (d'ailleurs les dialogues le repète assez au long du film ..''hum you've got guts'') et n'hésite pas a provoquer plus puissant que lui (en nombre)...

Frédéric Ambroisine
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