Par - publié le 25 mars 2008 à 06h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 13h47 - 0 commentaire(s)
Grande nouvelle : L’étrange festival débarque pour la première fois à Lyon (la capitale du cinéma) du 26 au 30 mars prochain. Au programme, une thématique sur la corruption de l’innocence (Mais ne nous délivrez pas du mal, de Joel Séria) ; une Soirée RigoloTrash (Elmer, le remue-méninges, de Frank Henenlotter) ; une section jeunesse (Karel Zeman) ; des avant-premières (Teeth, de Mitchell Lichtenstein, Los Cronocrimenes, de Nacho Vigalondo) ; et des invités attendus (Jean Rollin qui viendra présenter son nouveau long métrage La nuit des horloges, le grand Joël Séria). On a hâte d’y être.


Cette première édition de L’étrange festival de Lyon doit se voir comme un prolongement de la manifestation parisienne, à la manière de L’étrange festival de Strasbourg. Avec des moyens plus limités, néanmoins compensés par une vraie énergie et une détermination toujours salutaire à célébrer un cinéma "autre", l’équipe s’est basée sur des valeurs sûres pour à la fois initier un public nouveau et satisfaire un public d’aficionados. Parmi les avant-premières, on ne saura trop vous conseiller notre coup de foudre : Los Cronocrimenes, du réalisateur Nacho Vigalondo, une très bonne surprise qui confirme la surpuissance actuelle du cinéma fantastique espagnol et devrait beaucoup faire parler d’elle dans le courant 2008. Il est infiniment plus substantiel que le récent L'Orphelinat, de Juan Carlos Bayona et moins volatil que Rec, de Jaume Balaguero et Paco Plaza. L’histoire ? Un homme (Karra Elejalde, vu chez Julio Medem, Alex de la Iglesia et Jaume Balaguero) débarque dans une maison isolée en compagnie de son épouse. En faisant une pause, il croit assister au meurtre d’une demoiselle trop louche pour être victime consentante. Manipulation ? Hallucination ? Mystère et boule de gomme.


Impossible, bien entendu, de ne pas penser à Blow Up, de feu Antonioni qui proposait quasiment le même enjeu dramatique (meurtre ou pas meurtre ?) en ayant le bon goût de ne proposer aucune solution, de donner à penser et à voir différent. Sans en dire trop, l’intrigue repose sur les bonnes et mauvaises surprises générées par les paradoxes temporels. Voulant un résultat bicéphale, à la fois cérébral et ludique, le jeune Vigalondo maintient le doute pendant une bonne heure en créant une atmosphère ouatée où le pauvre Hector va de Charybde et Scylla. Avant qu’un premier retournement de situation surgisse et vienne considérablement court-circuiter les fondements scénaristiques. Fort de deux courts métrages plutôt réussis et plutôt cocasses (Crash sur les auto-tamponneuses et A 7h35 du matin sur les morts vivants), le cinéaste ibérique est brillamment passé du court au long. On en reparlera plus longuement lors de sa sortie dans les salles françaises, prévue en septembre prochain. Sinon, on ne peut pas continuer sans citer le véritable monument du programme : Jours tranquilles à Clichy, de Jens Jorgen Thorsen, tiré du roman éponyme de Henry Miller et très mal adapté quelques années plus tard par Claude Chabrol. Le récit suit un homme qui multiplie les plans baise et les quatre cents coups avec son colocataire. Considéré comme pornographique à sa sortie en 1970, ce film, loin d’être obscène et hélas trop méconnu, doit davantage être vu comme épicurien. C’est un hymne à l’amitié et au sexe sans modération qui laisse le spectateur dans un état durable de béatitude.


Parmi les avant-premières, il faut distinguer Teeth, de Mitchell Lichtenstein, fils du pop-arteux Roy, en séance d’ouverture. Une comédie horrifique douce et amère sur une jeune fille dont le vagin a des dents. Idéal pour réjouir les amoureux d’un certain cinéma indépendant US qui égratigne le puritanisme et propose un portrait de l’adolescence extrêmement lucide aux antipodes des niaiseries usuelles. Dans le même sillage, signalons le très frivole All the boys love Mandy Lane, de Jonathan Levine, qui ressemble à un Virgin Suicides à la sauce Tobe Hooper et risque de surprendre les spectateurs avec son twist final inattendu et roublard (que nous ne révélerons pas). Ceux qui sont fascinés par le "cinéma de la transgression", genre new-yorkais des années 80 où l’on soigne le malaise politique par de la provocation bien sentie, et qui portent au pinacle des icônes comme Nick Zedd, Richard Kern ou Lydia Lunch se réjouiront de la présence du documentaire Llik your Idols, de Angélique Bosio, dont le titre fait référence au "Kill your Idols" du mouvement No Wave. Ne pas croire que les enfants soient exclus du festival. Bien au contraire: ils pourront s’esbaudir devant deux œuvres impeccables du réalisateur de film d’animation tchèque Karel Zeman (Le dirigeable volé et Le sortilège des trois lutins). Deux merveilles qui, on vous l’assure, ont le bon goût de ne pas prendre le jeune public – et le moins jeune – pour des cons.


Le soir venu (prévoyez les baby-sitters - et non pas les psycho-sisters), les plus vieux pourront se précipiter à la grande soirée "Rigolo/trash" du vendredi (à ne pas manquer) qui proposera deux œuvres brûlantes comme l’enfer et drôles comme la vie : le génial Elmer, le remue-méninges aka Brain Damage, de Frank Henenlotter, réalisateur considéré dans les années 80 comme l’émule d’Abel Ferrara, et un film surprise (qui s’annonce tout aussi réjouissant). Enfin les amateurs de bis se régaleront des films de la thématique sur l’innocence corrompue : Justine de Sade, de Claude Pierson ; La papesse, de Mario Mercier ; La lame infernale, de Massimo Dallamato ; et surtout Mais ne nous délivrez pas du mal, de Joël Séria, chef-d’œuvre Baudelairien qui tire son argument du même fait-divers ayant inspiré Peter Jackson pour Créatures Célestes. Pour ceux qui ne l’ont encore jamais vu, c’est un uppercut indispensable qui ouvre les yeux sur le statut du cinéaste Joël Séria. Il n’est pas que le réalisateur des Galettes du Pont Aven mais un artiste incroyablement sous-estimé qui a signé en son temps l’un des plus beaux films sur l’adolescence sans jamais tricher avec les affects morbides de ses deux héroïnes révoltées. Faites-nous confiance: vous le méritez. Et comme, en sus, on pourra y voir La nuit des horloges, le dernier long métrage de Jean Rollin avec Ovidie, en clou du spectacle, ça ne se refuse carrément pas.


Pour plus de renseignements : http://www.etrangefestival.com/
Vos réactions


logAudience