Le cinéma asiatique est en vogue depuis quelques années et plus précisément depuis le succès mondial de
Tigre et Dragon de Ang Lee en 2000. Ce phénomène, qui s'illustre par un nombre de sorties DVD ou au cinéma exponentiel depuis, met en évidence un paradoxe : le cinéma de Hong Kong est devenu célèbre peu après le déclin de son âge d'or qui s'acheva en même temps que la rétrocession de la ville à la Chine (en 1997). Le cinéma de Hong-Kong a et est toujours le plus prolifique en films de tous genres, multipliant les productions à outrance dès qu'un film original rencontrait le succès. Une richesse productive impressionnante, où le pire noie souvent le meilleur, l'ensemble renvoyant une image de capharnaüm aux yeux des néophytes. Il n'en est évidemment rien : le cinéma de Hong Kong a une histoire, a connu une évolution et des étapes majeures, ainsi que son lot d'influences et innovations. Devant l'ampleur de cette industrie parfaitement organisée, mettre un peu d'ordre et expliquer son histoire peut aider à y voir plus clair et catalyser une curiosité dévorante.
C'est le but (atteint) de
L'Encyclopédie du Cinéma de Hong Kong.

Derrière une couverture un peu austère en apparence, se trouvent 562 pages exposant le cinéma de Hong Kong six parties dont quatre rédactionnelles et deux immenses annexes. L'exhaustivité est évidemment ce qui en ressort le plus, mais aussi la clarté de chaque partie, indépendante mais reprenant des informations de l'une ou de l'autre. Démarrant par une analyse des genres du cinéma de Hong Kong, l'encyclopédie expose l'histoire de cette industrie depuis ses balbutiements et donc les premiers films d'arts martiaux. Généreux en anecdotes longuement détaillées, les textes racontent l'évolution de ce cinéma en démontrant que chaque genre (arts martiaux, opéra, comédie, films de fantômes, films d'actions ou polars), se sont suivis en connaissant chacun leur développement, leur apogée et leur déclin pour laisser la place à un autre. Certains ont connu une évolution en dent de scie, disparaissant un moment avant d'être ressuscités par quelques noms connus comme Tsui Hark pour le film de sabre. Le genre à part de la Catégorie 3 (nom donné aux films ultra violents en référence à leur classification par la censure) est également expliqué par rapport aux contextes de l'époque. Comme le précise l'introduction du livre, rien n'est ici intellectualisé ou trop analysé, même si beaucoup de tendances sont exposées, par exemple la fameuse métaphore du complexe homosexuel vue par beaucoup de critiques dans les sabres et autres armes. Un regard toujours observateur (et passionné !) caractérise ces quatre parties rédactionnelles.

La seconde partie de l'encyclopédie s'intéresse ensuite aux différents grands studios de Hong Kong, dont l'inévitable Shaw Brothers qui connut des années fastes et produisit un nombre presque incalculable de films (dont beaucoup de chef d'oeuvres), ainsi qu'un déclin amenant à sa disparition. Il s'agit bien sûr de l'histoire la plus passionnante, même si celles de l'empire MP & GI, de la Golden Harvest ou de la Film Workshop (la société de Tsui Hark) font preuve d'une richesse et de rebondissements expliquant beaucoup la production de l'époque.
Les acteurs, chorégraphes ou compositeurs sont au centre de la troisième partie, les bios se montrant riches en anecdotes passionnantes à l'image de la vie de Jackie Chan à laquelle sont consacrées 9 pages (!) et notamment son enfance à la China Drama Academy aux côtés entre autres de Sammo Hung. Le nombre de bio s'avère impressionnant, de Fruit Chan à Tsui Hark, en passant par Runme Shaw ou encore Peter Chan (le récent
Perhaps Love), et constitue une suite d'histoire là encore passionnantes sur des artistes profondément variés qui se retrouvèrent sur le terrain commun du cinéma en y apportant chacun leurs expériences et visions. Il est d'ailleurs intéressant de noter quelques axes plus subjectifs (mais indéniables) soulignant les défauts du cinéma de Hong Kong, notamment la musique qualifiée de point faible principal d'une industrie artistiquement très (et même trop) variée dans sa qualité. Ces points sont notamment abordés dans la quatrième partie constituée de zooms sur la télévision, la musique, la postsynchronisation et beaucoup d'autres points en disant long sur le 7ème art local.

Viennent enfin les annexes, divisées en deux parties : des documents et des repères, alignant la liste complète des box-offices locaux, des récompenses, et surtout la liste intégrale des films produits à Hong Kong de 19013 à 2006, chaque titre étant accompagné du nom de son réalisateur, ses acteurs principaux, sa langue, sa classification et son genre. Le type même de document qui ravira les rats de bibliothèques avides de trouver n'importe quelle information de base sur un film dans un seul livre.
Cette impressionnante masse d'informations est ensuite complétée par un glossaire, un petit guide avec la traduction français/cantonais d'expressions très utilisées dans cette langue, une chronologie, une fiche d'identité de Hong Kong et un index.
Egalement riche en illustrations,
L'Encyclopédie du cinéma de Hong Kong concentre en presque 600 pages une masse d'informations, d'anecdotes, de biographies et d'historiques amenant à mieux comprendre une industrie prolifique souvent vue de haut pour son apparente cacophonie. Loin de là, cet outil indispensable pour les fans ou les journalistes se met aussi à la portée du moindre néophyte de par sa clarté, son organisation et sa passion contagieuse. Un ouvrage tout bonnement indispensable.
A noter que
L'Encyclopédie du cinéma de Hong Kong de Emrik Gouneau et Léonard Amara (Editions Les Belles Lettres) est disponible jusqu'au 31 Décembre 2006 au prix de 49€ et passera ensuite à 62€.
Retrouvez dans les pages suivantes le sommaire du livre.