Fast and Furious 5 sort mercredi sur nos écrans. 5 films, dix ans de testostérone, d'amitiés viriles, de bimbos généreuses, et surtout de voitures ! L'occasion rêvée pour revenir sur le couple ciné/voiture.

Par Yann LARGOUËT - publié le 27 avril 2011 à 22h22 ,
MAJ le 01 mai 2011 à 08h38 - 0 commentaire(s)

Moteur ! Action !

 

Frères de lait, nourris tous deux au sein de la révolution industrielle, le 7ème art et l'automobile ont toujours entretenu des liens filiaux. Fascination matricielle pour cet objet hautement symbolique, mais surtout éminemment cinégénique, le cinéma offre dès ses premiers tours de manivelle une place de choix à ce Départ des automobiles (Méliès, 1896). Saisissant bien vite ses potentialités narratives, les cinéastes de tous poils ne tardent pas à faire de la voiture un gimmick burlesque de référence, comme B. Keaton ou Laurel et Hardy au volant de la mythique Ford-T. Avec les années, le rôle dramatique octroyé à l'automobile grandit. La voiture devient non seulement un véritable catalyseur d'intrigue, mais elle prend aussi la forme d'une jauge ancrant protagonistes et récits dans un contexte socio-culturel défini, renseignant aussi bien sur l'époque (voir Trafic de Tati en 1970, rendant compte de la « civilisation automobile ») que sur l'appartenance sociale des personnages. Ainsi, chez nous par exemple, la Traction Avant, la 2CV, la Rolls ou la DS incarnent tour à tour le véhicule privilégié des truands, la voiture du peuple, l'objet de luxe synonyme de réussite et l'image d'un prestige (crispé !) à la française.

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Quand la voiture devient personnage


Bien vite, la voiture prend de plus en plus de place sur les écrans. En témoigne le nombre de films situant leurs actions au cœur de l'univers automobile, et mettant en vedette la voiture elle-même : la Porsche 917 de Steve McQueen dans Le Mans (Lee H. Katzin, 1971), la Tucker Sedan de 1948 dans Tucker (F. F. Coppola, 1988), la Chevrolet Lumina NASCAR dans Jour de tonnerre (Tony Scott, 1990), et bien-sûr les multiples modèles, dont la Dodge Charger de 1970, de la saga Fast and Furious, seront autant de déclarations d'amour à la mécanique et à la vitesse, autant d'odes à la « bagnole ». De là à faire de la voiture un personnage à part entière de l'histoire, il n'y a qu'un pas. De fait, de très nombreux films prêtent à la voiture un enjeu dramatique. Dans Rain Man (Barry Levinson, 1989) la Buick Roadmaster Convertible offre aux personnages campés par Tom Cruise et Dustin Hoffman un souvenir commun et indice évident de leur lien, le second rappelant sans cesse que « papa le laissait conduire dans l'allée ». La DeLorean DMC-12 de Retour vers le futur (Robert Zemeckis, 1985), culte parmi les cultes, a été choisie entre autres arguments, et selon les dires de Doc' lui-même, parce que « sa carrosserie en acier inoxydable empêche la dispersion des flux... ». Et tandis que Tarantino choisit dans Boulevard de la mort la voiture elle-même pour objet létal (la Chevrolet Nova d'abord, et la Dodge Charger ensuite), Cronenberg, avec Crash, pousse le vice encore plus loin en faisant du trio sexe-voiture-violence le centre pervers de son récit.

Boulevard de la mort de Quentin Tarantino 

Ce concept de voiture-personnage trouvera même une illustration paroxystique et une incarnation littérale dans plusieurs films dont les plus illustres restent peut-être Un amour de coccinelle (Robert Stevenson, 1968), Christine (John Carpenter, 1984) ou, plus proche de nous, la série des Cars. Cet anthropomorphisme ne révèle rien de moins que le rapport fusionnel entre l'Homme moderne et l'automobile et renvoie, entre autres, à un manichéisme d'ordinaire exclusivement humain, en répandant sur la toile un siècle de considérations philosophico-morales liées à l'automobile.

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La voiture icône


A partir de là, le cinéma passe la seconde et élève au rang de véritables stars, certains engins. Quelques-uns d'entre eux joueront même un rôle définitif dans la notoriété des films. Véritables référents iconographiques, il est par conséquent impossible aujourd'hui de nommer Retour vers le futur, Mad Max, SOS Fantômes ou Starsky et Hutch sans évoquer la DeLorean, la Ford Falcon XB Coupé, la Cadillac ambulance de 1959 et la Ford Gran Torino. L'importance culturelle de ces véhicules est telle qu'ils font maintenant partie intégrante de l'imagerie populaire. Et de fait, que serait Batman sans sa Batmobile ? Le driver sans son taxi ? James Bond sans ses partenaires cylindriques, l'Aston Martin DB5 bien-sûr, mais aussi toutes les autres : la Toyota 2000 GT, la Ford Mustang, la Lotus Esprit, ... Rutilantes pour l'éternité grâce à la pellicule, toutes ces voitures sont devenues des symboles, à jamais affiliées à une époque, une imagerie et des personnages dont elles sont l'incarnation, le prolongement motorisé. Clint Eastwood, à propos de la relation entre son personnage de Walt et de sa Gran Torino, dans le film du même nom, explique qu'« elle représente une part de Walt » ; mieux, qu'« il est une Gran Torino ». Le film a d'ailleurs réussit à capter et retranscrire comme rarement, la force symbolique de l'automobile. À elle seule, la Gran Torino prend en charge toute l'imagerie liée à un genre, un pays, une culture.

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De Bullit à Gran Torino : les bagnoles de l'Oncle Sam...


Car plus qu'ailleurs, c'est sur les terres de l'Oncle Sam que les liens entre la voiture et le cinéma seront les plus ténus, devenant avec le temps une figure indissociable de son paysage cinématographique et, plus largement, de son paysage culturel lui-même. Devenue objet mythifiant, l'automobile se fétichise. Mieux, elle devient légende. Elle sert les légendes. Instrument phallique magnifiant une virilité triomphante, elle est l'outil parfait pour domestiquer la nature et défier les territoires hostiles. En cela, elle incarne une certaine idée de l'Amérique, naïvement sublimée dans Grease et American Graffiti où s'exprime la nostalgie d'un âge d'or, fantasmé ou non, et peu importe d'ailleurs; la gomme laissée sur l'asphalte, elle est réelle. En tout cas, c'est ce que l'on retient après des décennies de road movies et de courses poursuites, et même si l'histoire est un prétexte, comme parfois (La Grande Casse, L'or se barre et leurs remakes), car ce qui reste c'est bien cette « chaude sensation qui vous faisait vibrer les tripes » (Alex, dans Orange Mécanique).

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De la Ford Mustang Fastback de Bullit, véritable patriarche du genre quasi déifié, à la Gran Torino de Clint, en passant par les monstres sacrés de L'Équipée du Cannonball, toutes ces voitures répondent à un même dénominateur commun, toutes paraissent possédées par ce besoin de liberté dionysiaque, par ce plaisir viscéral, cette jouissance adolescente où, phares éteints et les tripes sur le capot, chacun peut défier les lois, soi-même, la vie, la mort elle-même.

 

Fast & Furious 5, sur les écrans mercredi 4 mai.


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