Par Mathilde Lorit - publié le 05 novembre 2007 à 18h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h25 - 4 commentaire(s)
Dans la compétition qui fait rage entre festivals internationaux, Berlin confirme cette année encore qu'il mérite largement sa deuxième place derrière Cannes - en partie grâce à son marché, devenu incontournable. La sélection 2007 est riche, excitante, et particulièrement équilibrée.

L'ouverture a tenu toutes ses promesses lacrymales avec La Môme d'Olivier Dahan, tandis que le romanesque Angel se chargera de saluer en beauté la fin des agapes. Cocorico pour la France, donc, qui assure une bonne partie du spectacle et dont on peut déjà pronostiquer la présence au palmarès (si si !). Outre le Prix d'interprétation qui semble tendre les bras à Marion Cotillard, on compte beaucoup sur les aînés, Rivette et Téchiné, pour rafler la mise. Ce dernier livre avec Les Témoins l'un de ses plus beaux films, tandis que Rivette nous offre une superbe variation autour de l'adaptation littéraire avec Ne touchez pas à la hache, dans la veine de la démarche entamée par Patrice Chéreau avec Gabrielle et François Ozon dans son court métrage Le Lever de rideau.


Rivette, loin de se contenter du plaisir du verbe (gigantesque), apporte de la chair à la nouvelle de Balzac – La Duchesse de Langeais – dont il illustre à merveille les plus subtiles variations. En s'attardant sur une poitrine palpitante ou un regard perdu, il souligne ce que la passion enlève à l'orgueil, ce que la souffrance ôte à l'humain. Incarné avec intensité par Guillaume Depardieu et Jeanne Balibar, le film emprunte beaucoup aux règles du théâtre sans jamais perdre en modernité. Un vrai tour de force.


On retrouve une même qualité d'interprétation, un même talent pour la direction d'acteurs dans Les Témoins, qui offre à Sami Bouajila le plus beau rôle de sa carrière. On sait déjà qu'il y en aura beaucoup d'autres … On salue le courage et la pudeur de Téchiné, qui situe son film dans les premières années du SIDA en France. À nous qui avons grandi avec la peur de la maladie mais déjà les moyens de s'en prévenir, il montre la violence des premiers cas, la bêtise humaine et les rumeurs alarmistes : on ne peut qu'être bouleversé du rappel de ces heures sombres, et de leur impact sur notre vie amoureuse, notre rapport à la sexualité et à l'insouciance. Nuancé, juste, mais surtout porteur d'espoir et de lumière, son film est une superbe dédicace à la force de vie et à la lumineuse Emmanuelle Béart, solaire de bout en bout.


Les légendes du cinéma allemand et américain ne sont pas oubliées : outre la présentation événementielle d'une version restaurée du Berlin Alexanderplatz de Fassbinder – quinze heures trente de projection tout de même ! – on se prépare évidemment à applaudir l'arrivée sur le tapis rouge de Robert De Niro, qui viendra dévoiler son nouveau film : The Good Shepherd. L'occasion de retrouver un vieux complice et président du festival, Paul Schrader, qui montrera lui aussi son film, The Walker. L'homme est, faut-il le rappeler, l'une des légendes du Nouvel Hollywood, scénariste entre autres de Taxi Driver et Raging Bull.


Côté glamour, le désistement d'Angelina Jolie (au casting du De Niro) et de George Clooney (dans le Soderbergh), devraient laisser une bonne place sous les projecteurs à la radieuse Cate Blanchett, vue dans The Good German et Chronique d'un scandale, puis à la pulpeuse Jennifer Lopez, qui défendra Bordertown. Ce dernier film ne manquera pas de bouleverser les consciences militantes : soutenu par Amnesty International, il se penche sur la disparition, dans l'indifférence générale, de plusieurs centaines d'ouvrières mexicaines, embauchées à la frontière américaine. Côté spectaculaire cette fois, c'est encore sur les Américains qu'il faudra compter, avec la présentation en avant-première du très attendu 300. On espère beaucoup de Zach Snyder, qui pourrait être le vrai sauveur du péplum au cinéma.


Enfin, en bon fan de cinéma asiatique, on bondit déjà sur place à l'idée de découvrir le nouveau Park Chan-wook, I'm a cyborg but that's OK, mais aussi Eye in the Sky : présenté au Forum, le film est signé Yau Nai Hoi, scénariste des meilleurs Johnnie To (notamment The Mission et PTU) et compte à son casting les fidèles du polar made in Hong Kong : Tony Leung (Ka Fai) et Simon Yam. Miam miam…

Promis, après cette mise en bouche, on ne manquera pas de vous tenir au courant de nos émerveillements, nos déceptions, nos coups de cœur ou coups de massue. À suivre, donc …
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