Par Mathilde Lorit - publié le 27 novembre 2006 à 04h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h18 - 0 commentaire(s)
En ces temps de concurrence acharnée entre festivals, on se demandait quelles pépites le festival nantais, connu pour son œil prémonitoire autant que sa curiosité acharnée, allait nous offrir. Rappelons que Philippe et Alain Jalladeau, en 28 ans de festival, ont notamment révélé Abbas Kiarostami, organisé la toute première rétrospective consacrée à Im KwonTaek, et attiré l’attention du public sur un talent devenu une signature incontournable de la cinématographie asiatique : Wong Kar Wai, dont Les Années sauvages avaient à l’époque étrangement échappé à la vigilance du jury…
En trois jours - séjour d’ailleurs trop bref pour apprécier à sa juste valeur la richesse de la programmation 2006, on fera mieux l’année prochaine ! – on a vite été fixé sur l’incroyable vivier de plaisirs que recèlent encore les trois continents célébrés à Nantes, notamment Asie et Amérique Latine.


Mourir un peu

Côté pépite, saluons la découverte de Mourir un peu, documentaire présenté dans le cadre du focus chilien. Tourné en 1966, le film, d’une époustouflante modernité, mériterait d’être projeté dans toutes les écoles de cinéma.
Suivant les déambulations d’un homme dans Santiago, Alvaro J. Covacevich livre une démonstration visuelle d’une rare intelligence : sans dialogues mais à coup de juxtapositions, de montages parallèles, d’images se faisant incessamment écho, de jeu sur les motifs, la couleur et le noir et blanc – mais aussi par le travail de la continuité sonore - il souligne les contrastes d’un pays en proie à l’oppression rampante.
Des rues du centre-ville jusqu’aux bidonvilles des faubourgs en passant par une station balnéaire, c’est toute la géographie sociale de Santiago qui se dessine, soulignant le peu d’espace laissé à la liberté de l’homme. Seuls un acte (symbolique) de rébellion - une pancarte abattue d’un coup de pied – et la superbe innocence de l’enfance semblent à même de briser l’étouffement du peuple chilien pour lui permettre, tel l’arbre fièrement dressé vers le ciel, de cesser de ployer sous l’oppression. Sans conteste LA révélation du festival.


La Mère porteuse

Autre merveille, tirée cette fois du patrimoine coréen : La Mère porteuse (Sibaji), qui valut à son interprète, Kang Soo-yeon, le Prix d’interprétation féminine au festival de Venise en 1986. La fraîcheur sauvageonne de la jeune actrice est en effet pour beaucoup dans la fascination qu’exerce encore sur le public ce chef d’œuvre d’une indémodable simplicité. Im Kwon-taek ne se lasse pas de filmer en gros plan le visage de cette Sibaji livrée trop jeune à l’avidité d’une famille de sang noble, prête à tout pour assurer la lignée en faisant naître un fils d’une femme réduite à son rôle de matrice : dans ce contexte, nulle place pour l’amour qui naîtra pourtant de l’union forcée de deux corps.


Particulièrement sensuelle, la caméra d’Im Kwon-taek (connu en France pour le superbe Ivre de femmes et de peinture) capte la moindre trace que laissent sur un corps les sentiments violents. A ce titre, l’accent mis sur la sueur perlant à la naissance des fronts est particulièrement significatif, riche d’une ironie cruelle : sueur froide pour l’épouse légitime qui assiste en silence à la première étreinte unissant son mari à la sibaji ; perles de plaisir pour la jeune vierge initiée aux plaisirs de la chair ; stigmates de douleur, enfin, qui accompagnent l’enfantement, aussi violent que meurtrier pour la mère amputée de son premier né. On ne s’est toujours pas remis de la violence brute du plan final…

Du côté de la compétition, la journée de vendredi aura marqué le succès public de Falafel, fiction libanaise réalisée par Michel Karmoun, qui dédie son film à un frère perdu trop tôt. Touchant, ce premier long-métrage lorgne du côté de la comédie italienne des années 70, dont il essaye de retrouver la finesse à se balader sur le fil, entre comédie et drame, rires et émotion. Si Michel Karmoun ne réussit qu’à moitié cet exercice difficile, il parvient toutefois à gagner le cœur du public, manifestement sensible au charme naturel de son comédien principal.


Falefel

À coup de plans un peu scolaires, le réalisateur filme la nuit de Beyrouth, théâtre des balades de Toufic entre son boulot, l’appartement qu’il partage avec sa mère et son petit frère, et le quartier où l’attend une soirée typique des fins de semaine. Une vie d’étudiant lambda, à l’âge où le défi de l’existence semble se résumer à la conquête de la fille désirée. Mais en cours de route, un incident viendra rappeler avec quelle rapidité le quotidien de ce jeune Libanais est susceptible de basculer dans une spirale de violence banalisée par le contexte international auquel son pays semble inexorablement lié.

Moins étoffée, moins fantaisiste aussi, la deuxième partie de Falafel échoue à faire partager la tension ambiante. En dépit d’une belle conclusion, le message de Michel Karmoun, trop appuyé, peine à convaincre. On retient toutefois la jolie métaphore qui donne son titre au film : à l’image - plus poétique qu’il n’y paraît à première vue - de la boulette qui refuse de flotter sur l’huile en cours de cuisson, soyons le « morceau fuyant », autrement dit le falafel qui défie les lois de la nature pour sortir du chemin tout tracé…

To be continued …
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