A l'occasion de la 17e édition du festival fantastique de Gérardmer, retour sur quelques films de genre qui ont marqué cette manifestation.

Par - publié le 26 janvier 2010 à 18h11
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A l'occasion de la 17e édition du festival fantastique de Gérardmer, retour sur quelques films de genre qui ont marqué cette manifestation.
 
1994
Jiang Hu, the bride with white hair
Premier grand prix dans l'histoire du festival, Jiang Hu est de fait une véritable perle du cinéma fantastique. Wu xia-pian unique en son genre, quintessence de ce que peut produire l'industrie artisanale de la péninsule, à la fois excessif et flamboyant, Jiang Hu a marqué d'une pierre blanche le cinéma hongkongais, et révélé un cinéaste, Ronny Yu, qui ne connaîtra malheureusement jamais pareille réussite. NL.
 
L'écureuil rouge
Julio Medem raconte une histoire d'amour avec de la psychanalyse, de l'identité morcelée, du romantisme échevelé, du symbolisme, annonçant Les Amants du cercle polaire (1998) et de Lucia y el sexo (2001). Devenu l'un des films de chevet de Stanley Kubrick - qui en tomba littéralement amoureux, cet objet fétichiste séduit par son mélange de mélodrame sensuel et de polar labyrinthique et sa capacité à surprendre à chaque plan. RLV.  

  

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1995
Créatures Célestes
Après un triptyque génial bardé de sang et de mauvais goût (Bad Taste, Les Feebles et Braindead), qui pouvait croire que la sensibilité de Peter Jackson l'emmènerait sur les rivages édéniques de Créatures Célestes ? Edéniques peut-être mais le film n'en reste pas moins sauvage, comme ses deux héroïnes et leur amitié autodestructrice au pays de Neverland. NS.
 
Dellamorte Dellamore
Michele Soavi offre au dandy Rupert Everett le rôle culte d'un gardien de cimetière qui voit les morts sortir régulièrement de leurs tombes comme touchés par une épidémie de vie. Humour noir, romantisme mélancolique et érotisme se mêlent jusqu'à ce que le spectateur ait le film dans la peau. NS.
 
1996
Témoin muet
Un brillant exercice de style avec Moscou pour décor et une mise en abîme habile du septième art où une maquilleuse muette assiste au tournage d'un snuff movie. Aucun temps mort et jolie actrice qui ne sera jamais une Scream Queen. Le réalisateur Anthony Waller a eu beaucoup de mal a s'imposer par la suite. NS.
 
Le jour de la bête
Un prêtre spécialisé dans les écrits sur l'Apocalypse découvre que l'Antéchrist va naître à Madrid le jour de Noël. Alex de la Iglesia a conservé de bons restes de son éducation religieuse. Avec ce second long métrage hilarant, le réalisateur d'Action Mutante (1993) construit une comédie à la fois potache et horrifique fonctionnant sur l'absurde et les ruptures de ton. Quand on le revoit aujourd'hui, c'est toujours aussi efficace. RLV
 
1997
Scream
Le film a qui a relancé tout un pan du genre horrifique avant de décliner sévèrement dans des suites moribondes. Plaisir générationnel ou classique instantané ? Il n'en reste pas moins que Wes Craven prend un malin plaisir à transcender les codes du genre et impose des moments d'angoisse saisissants. NS. 

 

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1998
Bienvenue à Gattaca
Andrew Niccol a fait preuve de génie sur ce film. Entre le cynisme d'un Jude Law génétiquement parfait mais mentalement désillusionné, et la rage d'un Ethan Hawke malade cardiaque mais à la volonté de fer, le contraste est de taille et l'injustice ressentie n'en est que plus puissante. Michael Bay aurait bien fait de regarder avec attention ce film avant de réaliser son The Island. A.-L. E.
 
1999
Cube
Premier film du cinéaste canadien Vicenzo Natali, Cube nous avait impressionné par son concept, des salles cubiques reliées les unes aux autres, et le rythme hypnotique de l'ensemble. Grand prix en 1999, Natali a depuis signé les enthousiasmants Cypher et Splice qui sera présenté cette année hors-compétition. VM.
 
La sagesse des crocodiles
Le titre français du film fait référence à un vers de Francis Bacon et caractérise le personnage principal incarné par Jude Law : un crocodile féru de sciences humaines. Dans cette variation ultra-romantique du vampire, le réalisateur Po-Chih Leong s'appuie sur une description hallucinée de Londres et se distingue également par un art consommé de l'ellipse où l'essentiel n'est jamais dit. RLV.
 
2000
Hypnose
Il y a avant tout Kevin Bacon qui bouffe l'écran et le scénariste de Spider-man 2, La Guerre des mondes et Indiana Jones 4 derrière la caméra. Inspiré d'un roman de Richard Matheson, le film pâtit de l'ombre de Sixième sens, sorti un an avant, mais développe des enjeux dramaturgiques intenses et un twist final convaincant. NS.
 
La Secte sans Nom
Jaume Balaguero obtient un succès indéniable avec La Secte sans nom, adaptation réussie d'un roman de Ramsey Campbell. Une sombre histoire d'enlèvement d'enfants sur fond de mouvement sectaire, qui rappelle autant l'univers de Shining que celui de Rosemary's Baby. Le public n'a jamais quitté le cinéaste, en témoignent ses derniers succès que sont REC et sa suite. VM. 

 


2001
Insomnies
Tourné en 24 jours, Insomnies plonge Jeff Daniels dans un univers mental et poisseux. Sans jamais sortir d'un lieu unique (la maison du personnage principal), le réalisateur Michael Walker, sous la double influence de David Lynch et de Roman Polanski, réussit par la seule force de sa mise en scène à créer une atmosphère oppressante. Prix du jury au festival de Gérardmer. RLV
 
2002
L'échine du diable
Bien avant Le Labyrinthe de Pan, Del Toro explorait déjà les tourments de l'enfance durant la guerre franquiste. Cette belle oeuvre poétique avait su trouver les faveurs du jury en 2002. Que de chemin accompli pour le cinéaste mexicain qui réalisera les deux films Bilbo le Hobbit, produits par Peter Jackson. VM.
 
Fausto 5.0
Curieux premier film sur un médecin harcelé par un suppôt de Satan, jouant sur un illogisme Kafkaïen (tout ce qui est bizarre semble normal), une tendance à la déviance sexuelle et une esthétique trash-chic. Même si, en dépit de cette stylisation outrancière, le scénario reste dans les parages du fantastique des années 80-90 (Bad Influence, de Curtis Hanson et Angel Heart, de Alan Parker). RLV
 
2003
Dark Water
Utilisant une seconde fois le système de peur par infiltration après Ring (1997), également adapté d'un roman de Koji Suzuki, Hideo Nakata signe son meilleur film avec Dark Water (2002). Au-delà de l'histoire (une mère divorcée déploie des efforts surhumains pour s'occuper de sa fille), chaque plan est habité par une entité qui se manifeste dans les reflets, les ombres ou la périphérie du cadre. Cette présence est si palpable qu'il suffit à Nakata d'utiliser des effets infimes voire subliminaux pour provoquer la terreur. RLV
 
Maléfique
Maléfique, premier long-métrage d'Eric Valette, tenait à la fois de Lovecraft, du film de prison (Le trou, de Jean Becker) et de Clive Barker. Il demeure encore aujourd'hui comme l'une des rares réussites récentes de cinéma de genre en France. Depuis, Valette est parti aux Etats-Unis tourner un remake de La mort en ligne, de Takashi Miike, avant de revenir pour signer un fantasme d'ado : un thriller à la Yves Boisset (Une affaire d'Etat, 2009). RLV 

 

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2004
Deux soeurs
Réalisé par Kim Jee-woon (Le Bon, la brute et le cinglé), Deux soeurs a vulgairement été rangé à sa sortie dans la catégorie des drames fantastiques post-Ringu et opportunistes. Si Hideo Nakata demeure une influence évidente, l'inspiration de KJW provient plus des thrillers schizoïdes et mentaux des années 70 comme L'autre, de Robert Mulligan, où le spectateur plonge dans la tête d'un personnage schizophrène et doit reconstruire le puzzle tout seul. Ce qui réclame un peu d'attention. Depuis, on a eu droit à un remake US (Les Intrus, des frères Guard). RLV
 
2005
Saw
Immense success-story pour le premier film de James Wan qui vaut bien mieux que ses oubliables suites. Ce petit polar nerveux et poisseux surprend autant par son intrigue diabolique, deux hommes attachés, l'un devra mourir dans moins de huit heures, que par ses étonnantes trouvailles visuelles (montage très cut, couleurs saturées) souvent imitées, rarement égalées. VM
 
Calvaire
Fabrice du Welz orchestre un survival éprouvant, oscillant vers le fantastique, qui libère une aura malsaine et désespérée. Tout comme dans Vinyan, la construction sonore démentielle du film et le plan séquence final entaillent durablement les mirettes et les oreilles du spectateur. Un film insoutenable autant pour la souffrance physique et morale endurée par Laurent Lucas que pour la misère affective de ces braves gens. NS.
 
2006
Isolation
On s'attendait à une déclinaison de The Thing à la sauce vache folle, et franchement, le film fait mieux que répondre à nos attentes. Ferme isolée, froideur des outils agricoles, peur de la contamination, revanche de la Nature sur l'Homme, tout est réuni pour faire de ce Isolation un métrage anxiogène et terriblement effrayant. LT.
 
Fragile
Avec pas moins de quatre prix à Gérardmer, le troisième long-métrage de Jaume Balaguero a subi l'incompréhensible : une sortie direct-to-video ! Fragile est pourtant une magnifique ghost-story, superbement mise en scène et à l'interprétation impeccable, avec dans le rôle principal une impeccable Calista « Ally McBeal » Flockhart. Cette œuvre aussi flippante qu'émouvante aurait donc mérité mieux que la frilosité habituelle des distributeurs à l'égard du cinéma de genre... Qui plus est quand celui-ci est de qualité. JB.  

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2007
Norway of Life
Racontant la survie d'un Candide Kafkaïen aux yeux exorbités paumé dans le bonheur artificiel des sociétés occidentales, Norway of Life, premier long métrage de Jens Lien, emprunte à la fois à la comédie existentialiste absurde, à la cocasserie grinçante, au drame conjugal, au vaudeville échevelé, au brûlot politique, à la satire antibourgeoise et à l'horreur pure avec deux scènes purement graphiques. Pas aussi puissant que Svankmajer et Roy Andersson, mais brillant. RLV
 
2008
[REC]
Sans doute le plus efficace des films utilisant la mode du docu-fiction présents cette année là au festival (Cloverfield, Diary of the dead) le métrage de Jaume Balaguero et Paco Plaza réussissait à faire flipper une salle entière grâce à des ficelles vieilles comme le cinéma mais parfaitement agencées. Le plan final à lui seul est un pur moment de terreur. On en redemande. LT.
 
L'orphelinat
La vague ibérique continue d'illuminer le fantastique européen, en témoigne L'orphelinat, petit film fantastique étrangement produit par... Guillermo Del Toro. La relève semble assurée avec cette histoire de fantômes et d'enfants qui aura enthousiasmé public et critiques en 2008. VM.
 
2009
Morse
Reprendre la figure du vampire, en respecter la légende tout en offrant une vision novatrice de cette créature, c'est un exploit. Morse en est un. Le film parle d'amitié salvatrice, d'acceptation de l'autre et de soi, de soi comme un miroir de l'autre, de la dualité de chaque être. Ensorcelant, entêtant et éblouissant, l'ensemble est aussi hypnotique que le regard perdu d'Eli. A.-L. E. 
 


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